"Ligue du LOL" : qu'est-ce que c'est et pourquoi l'affaire explose 10 ans après

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Le 11 février 2019
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Ces dernières heures, l'appellation "Ligue du LOL" a alimenté de nombreux témoignages et une déferlante de réactions sur Twitter. Inconnu jusqu'alors du grand public, ce groupe a pourtant eu un impact non négligeable sur la vie de plusieurs dizaines de personnes inscrites sur le réseau social. Si les faits remontent déjà à plusieurs années, la parole s'est libérée ce week-end et les révélations font froid dans le dos. Si bien que la classe politique a même dû réagir face à l'ampleur du "phénomène". Explications...

Les réseaux (sociaux) de la dérive

Si le merveilleux monde des réseaux sociaux est habitué aux trolls et autres railleries, cette affaire a quelque chose d'inédit. Là où la plupart des personnes malveillantes sur internet gardent l'anonymat bien à l'abri derrière leurs écrans, cette "Ligue du LOL" rassemble des noms bien connus de la sphère du web français. Pour revenir aux origines de cette véritable campagne de harcèlements ciblés, il faut remonter aux alentours de 2009, avant que Twitter ne devienne réellement populaire auprès du grand public en France.

À cette époque pas si lointaine, un groupe d'une trentaine d'utilisateurs influents passe son temps à faire des blagues en se moquant "de tout, et de tout le monde". Il s'agit d'une partie des propos tenus par Vincent Glad, le créateur de la "Ligue du LOL". Ce dernier ne vous est peut-être pas totalement inconnu puisqu'il est actuellement journaliste pour le journal Libération. En effet, il s'agit d'une autre particularité de ce groupuscule qui est composé majoritairement de journalistes et de publicitaires parisiens. Malgré les propos de Glad, qui mentionne le fait que "C'est d'un commun absolu, il n'y a jamais eu, à l'intérieur de ce groupe, d'obsession antiféministe...", les événements vont prendre une tournure saisissante.

Si l'affaire resurgit avec presque une décennie de retard, c'est parce que les faits étaient bien souvent méconnus voire inconnus du grand public. C'est, comme le précise Le Monde, le journaliste de Slate Thomas Messias qui a mis le feu aux poudres. Dans son tweet, et sans nommer la "Ligue du LOL", il évoque des "meutes de harceleurs de féministes" qui maintenant "jouent les exemples".

Photomontages entre autres humiliations

Si se moquer des gens en petit comité n'a rien de très joli-joli, la "Ligue du LOL" s'est vite emballée en poussant le vice beaucoup plus loin. Dans un article publié par Libération, plusieurs victimes ont témoigné comme la journaliste culinaire Nora Bouazzouni. Elle y dénonce notamment de fréquentes "insultes, photomontages, GIF animés et des trucs porno avec ma tête dessus et mails d'insultes anonymes". Il existe une multitude de témoignages de ce genre sur Twitter de personnes comme Florence Porcel (vidéaste scientifique), Lâm Hua (animateur sur JVTV) ou encore Matthias Jambon-Puillet (écrivain). Il est souvent question de femmes et d'homosexuels d'après les témoignages recueillis. Tous évoquent des mois voire des années de harcèlement avec des répercussions bien réelles sur leur vie privée respective.



Ce que ces déclarations ont aussi révélé, c'est le fait que la plupart des victimes connaissaient ou avaient déjà croisé leur(s) « agresseur(s) ».

Lorsqu'une personne était prise en grippe par un ou plusieurs membres de cette "Ligue du LOL", le calvaire commençait. Si aucune action en justice n'a été lancée à l'époque ou aujourd'hui, les langues se sont déliées et les personnes aujourd'hui mises en cause ont répondu à ces accusations. S'ils ne nient pas leur implication dans ces harcèlements, les excuses ont tout de même bien du mal à se faire entendre.

La classe politique s'insurge et encourage les victimes à parler

Ainsi, malgré le fait que des membres de la ligue en question ont effacé d'anciens tweets ou ont parfois carrément quitté le réseau social, d'autres ont décidé de prendre la parole comme le rédacteur en chef du magazine "Les inrocks" David Doucet. S'ils reconnaissent presque tous leur appartenance à ce groupe, ils mentionnent souvent le fait de ne pas avoir pris conscience de la gravité de leurs actes passés.

Quoi qu'il en soit, les principaux incriminés dans cette affaire n'auront sans doute pas de sanctions judiciaires puisque les faits sont prescrits. Nonobstant des sanctions professionnelles (mises à pied à titre conservatoire) à l'encontre d'Alexandre Hervaud et Vincent Glad ont été décidées un peu plus tôt ce matin par le journal Libération.



En plus de centaines de réactions d'anonymes ou de proches des victimes, la classe politique s'est également insurgée à ce sujet. Ainsi, le secrétaire d'État au Numérique Mounir Mahjoubi s'est exprimé sur le plateau de BFMTV en qualifiant les membres de la "Ligue du LOL" de "[...] loosers, de mecs entre eux qui ont cru qu'ils étaient les rois d'internet". Mounir Mahjoubi termine en encourageant les victimes à parler "afin de faire mûrir le web dans lequel nous vivons". Enfin, la secrétaire d'État en charge de l'égalité hommes-femmes et de la lutte contre les discriminations Marlene Schiappa a communiqué son "soutien et sa solidarité aux blogueuses et aux journalistes qui ont eu à subir le harcèlement sexiste de la Ligue du LOL".
Modifié le 11/02/2019 à 14h42
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