Sur la face cachée de la Lune, un duo sino-hollandais écoute l’écho du Big Bang

Eric Bottlaender
Spécialiste espace
02 décembre 2019 à 17h34
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Chang'E 4
L'atterrisseur Chang'E 4 va faire fonctionner son instrument en même temps que celui de la sonde

La sonde chinoise Queqiao, positionnée au-dessus de la face cachée de la Lune, a déployé un spectromètre radio à basse fréquence en coopération avec une équipe néerlandaise.

L'instrument sera capable de capter des signaux émis juste après le Big Bang.

De relais à sonde scientifique

Jusqu'ici, le rôle de la sonde Queqiao, envoyée sur une orbite très particulière qui la fait rester en permanence du côté de la face cachée de la Lune (un « halo » autour du point de Lagrange L2 Terre-Lune), était celui d'un satellite relais. En effet, la mission Chang'E 4, qui s'est posée sur la face cachée de la Lune le 3 janvier 2019 avec son petit rover Yutu-2, avait besoin de faire transiter ses signaux par Queqiao pour les envoyer vers la Terre. Mais depuis plusieurs semaines, les équipes déploient progressivement trois antennes de presque cinq mètres de long. Il s'agit du NCLE (pour Netherlands-China Low frequency Explorer), une expérience de spectromètre à basse fréquence, menée en collaboration par les scientifiques chinois et hollandais de l'Université Radboud.

Face visible, face cachée

Calibré pour chercher la « raie à 21 cm » (longueur d'onde de l'hydrogène issu du Big Bang), le NCLE est situé à plus de 450 000 km de la surface terrestre, à un point idéal pour ne pas être trop perturbé par les signaux radio terrestres (dont une grande partie est stoppée par l'ionosphère terrestre) tout en gardant notre planète en ligne de vue.

Alors, comment faire fi du « bruit » dans ces gammes de fréquence ? Eh bien en utilisant les trois autres antennes, positionnées sur la face cachée de la Lune, sur l'atterrisseur chinois Chang'E 4. L'expérience est identique (bien que cette fois nommée FLRS) et fonctionne depuis bientôt un an, par intervalles de deux semaines, en fonction des jours lunaires. Mais surtout, ces antennes sont protégées des signaux terrestres par la Lune : comparer les mesures des deux instruments permettra donc d'éliminer les perturbations avec une précision encore jamais atteinte et d'obtenir de meilleures mesures.

Ça coince un peu

Pour l'instant, l'étude des signaux issus du Big Bang doit un peu attendre : après 18 mois passés en orbite, repliées, les antennes ont eu un peu de mal à se déployer correctement jusqu'au bout. Par sécurité, elles n'ont pour l'instant pas tout à fait leur bonne longueur (ce qui est capital pour effectuer ces mesures). Cependant, les responsables de l'instrument sont confiants, et pensent pouvoir capter des signaux vieux de « seulement » 12,7 milliards d'années.

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