Pourquoi le rover Perseverance dépose-t-il une partie de ses échantillons sur la surface de Mars ?

Eric Bottlaender
Par Eric Bottlaender, Spécialiste espace.
Publié le 02 janvier 2023 à 15h15
Une minute, vous avez déposé quelque chose ! Crédits NASA/JPL-Caltech/Thomas Appere
Une minute, vous avez déposé quelque chose ! Crédits NASA/JPL-Caltech/Thomas Appere

Depuis la mi-décembre, le rover Perseverance s'est arrêté plusieurs fois pour déposer au sol des tubes remplis des échantillons forés et collectés durant ses deux ans de mission sur Mars. Il s'agit en réalité d'une assurance, avec dix tubes disposés au cas où le robot souffrirait d'une panne majeure dans la décennie.

Et la façon de les récupérer sera spectaculaire !

Je vous dépose ?

Depuis deux semaines, le grand rover Perseverance suit un étrange parcours. Dans une zone particulièrement plane et déserte, le voici qui suit un grand schéma avec de longs arrêts… Mais lorsqu'il en repart, il laisse derrière lui ce qui ressemble furieusement à de petits sabres laser. C'est pourtant bien le cratère Jezero sur Mars et pas la planète Tatooine de Star Wars : le robot de pratiquement une tonne dépose actuellement dix tubes scellés. À l'intérieur, le résultat de ses forages sur le fond de cette ancienne zone lacustre, des berges de son delta et des échantillons de poussière pris à la surface. Une collection à la valeur scientifique inestimable pour comprendre le passé de Mars… Mais alors, pourquoi les déposer ?

Luke, je suis ton tube d'échantillons martiens. Crédits NASA/JPL-Caltech
Luke, je suis ton tube d'échantillons martiens. Crédits NASA/JPL-Caltech

Ramener les bouts de Mars sur Terre

Perseverance a déjà collecté 18 échantillons, et pour comprendre pourquoi il en dépose plusieurs, il faut revenir à l'objectif de long terme de la mission, le MSR (Mars Sample Return). Le contenu de ces tubes scellés doit en effet être ramené sur Terre, objectif commun de la NASA associée à l'ESA. Et il reste naturellement de nombreuses étapes pour y parvenir : un véhicule décollera pour se poser dans le cratère Jezero, avec sur son dos une petite fusée capable d'envoyer les échantillons en orbite de Mars. Puis l'orbiteur européen ERO capturera la petite capsule pour la ramener sur Terre. Mais un élément crucial est bien de disposer des échantillons collectés par Perseverance. Un temps, les agences avaient prévu un rover chargé uniquement de chercher les tubes sur des « points de collecte », mais l'option a été jugée plus complexe que prévu. C'est donc Perseverance (qui se porte comme un charme) qui ramènera ses propres tubes à la plateforme. Mais si jamais ce dernier, pour une raison ou une autre, venait à tomber en panne ? Les dix échantillons déposés actuellement jouent alors le rôle d'une assurance.

Les très sérieux hélicoptères martiens

Car la plateforme équipée d'une fusée pour renvoyer les tubes collectés en orbite sera équipée avec ce qui paraissait il y a encore deux ans comme l'innovation la plus ambitieuse des missions martiennes : un ou deux hélicoptères multirotors. Les 36 vols du démonstrateur Ingenuity ont en effet donné beaucoup d'espoir aux équipes pour de futures fonctions, et parmi elles, on retrouve la collecte de tubes déposés par Perseverance. La NASA est suffisamment confiante dans la technologie pour confier le retour vers la plateforme à ces hélicoptères robotisés !

Le petit hélicoptère Ingenuity continue de faire beaucoup de bruit. Crédits NASA/JPL-Caltech/Supercam

Enfin, vous vous demandez peut-être si d'ici une décennie, les échantillons ne seront pas difficiles à retrouver sous une épaisse couche de sable martien et de poussière ? Pas de panique. D'abord parce qu'il s'agit d'une image mentale issue de clichés hollywoodiens (comme dans le film Seul sur Mars…) et que le vent martien ne transporte finalement que très peu de poussière : quelques millimètres au grand maximum sur l'échelle de temps qui intéresse les agences pour retrouver les tubes. Ensuite, parce que leur emplacement est précisément documenté. Et enfin, parce que l'appareil multirotor qui partira les rechercher sera équipé avec des capteurs optiques embarqués suffisamment performants pour bien les repérer. Mais tout ça, c'est encore le futur. Pour l'instant, Perseverance dépose ses précieux tubes, avant de reprendre les forages !

Par Eric Bottlaender
Spécialiste espace

Je suis un "space writer" ! Ingénieur et spécialisé espace, j'écris et je partage ma passion de l'exploration spatiale depuis 2014 (articles, presse papier, CNES, bouquins). N'hésitez pas à me poser vos questions !

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Commentaires (8)
SPH

Ha, je me demande comment cela va finir.
J’espère que les scientifiques pourront rapporter ces échantillons sur terre. Et, zut alors, comble de malchance, il n’y a pas de vie évoluée sur Mars !!
Qu’en conclure…?! :roll_eyes:

obbiclubic

Heuuu … parce que le Top Case est plein ? :smiley:

Marc_Lupin

La grosse commission ça n’attend pas :confounded::joy:

PaowZ

Qu’appele-t-on « petite fusée » ? Parce que malgré tout, faut atteindre la vitesse de libération de Mars (5km/s), même si c’est la moitié de celle de la Terre, ça doit faire de jolies rockets, au final :slight_smile:

Edit: Je vois qu’il existe le concept de vitesse de satellisation minimale pour mettre en orbite circulaire… valeur moins élevée que celle de libération.

Tolabd

Découvrir l’univers avant d’avoir fait le tour de notre chère planète TERRE , me paraît une aberration, en effet la pauvreté, la faim , l’analphabetisme , les maladies et etc
Sont des priorités indéniables.
Edt-ce que les différentes mafias , surtout celles en col blanc , accepterons d’être sevrées ???

mcbenny

Ce qui est terrible c’est que si l/les mission(s) de récupération ne fonctionne(nt) pas, il est tout à fait plausible que des astronautes arrivent sur Mars et puissent eux-mêmes faire des forages et retourner leurs échantillons avant.
Cette collecte n’aura alors plus d’intérêt pour ce qui est de l’analyse des forages mais en aura toujours eu en ce qui concerne les efforts technologiques.

Un peu comme envoyer un vaisseau spatial en direction de l’étoile la plus proche aujourd’hui, avec les technologies d’aujourd’hui, ou attendre 100 ans pour en envoyer un autre, 100 fois plus rapide, qui quoi qu’il arrive, doublerai le vaisseau envoyé « à l’ancienne » :wink:
Quel dilemme…

ebottlaender

« Traverser les océans avant d’avoir réglé les problèmes de notre continent EUROPEEN me paraît une aberration, en effet la peste, la faim, la guerre de religion, la royauté et etc
Sont des priorités indéniables.
Edt-ce que les différentes mafias , surtout celles à cols fraisés , accepterons d’être sevrées ??? »

ultrabill

Tu prends tes 3 repas par jour alors que des gens meurent de faim. Hypocrite !