L'Écosse, nouvel eldorado des lancements spatiaux européens ?

Eric Bottlaender
Spécialiste espace
11 mars 2022 à 17h15
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SaxaVord spaceport Ecosse © SaxaVord/Shetland Flyer Aerial Media
Vue d'artiste d'un décollage de Venture Orbital Space depuis SaxaVord © SaxaVord / Shetland Flyer Aerial Media

Après plusieurs années d'annonces, 2022 marquerait-elle le tournant des spatioports écossais ? SaxaVord vient de recevoir le feu vert des autorités et pourrait à terme accueillir au moins trois fusées différentes, y compris celle des Français de Venture Orbital ! Mais d'autres sites sont aussi en préparation.

Direction ? Plein nord…

Des fusées en Écosse

La péninsule de Lamba Ness, nichée dans les îles Shetland, ne fait pas régulièrement l'objet d'articles de presse. Le site est pittoresque avec sa côte découpée, ses grandes prairies et son site historique abritant un vieux radar de la Royal Air Force (RAF Skaw), désactivé peu après la Seconde Guerre mondiale. Mais tout ceci devrait rapidement changer, car le site sera bientôt connu en tant que centre spatial SaxaVord.

Initiative privée (bien que soutenue par les pouvoirs publics), SaxaVord a reçu il y a quelques jours le feu vert des autorités locales : à moins que le Parlement écossais ne s'oppose explicitement au projet avant début avril, le « spatioport » devrait voir le jour. Les soutiens de SaxaVord misent en particulier sur les retombées économiques, avec une injection de 100 millions de livres sur 5 ans, environ 170 emplois locaux… et trois zones de lancement. Évidemment, étant donné l'inclinaison du site par rapport à l'Équateur, les décollages seront orientés vers le nord, pour des orbites polaires.

Et une, et deux, et trois…

Ce sont en effet trois entreprises du secteur du NewSpace mondial qui souhaitent exploiter leurs lanceurs depuis les Shetland, et ce, malgré leur inexpérience relative.

La première, et la plus locale, est Skyrora et sa fusée Skyrora-XL. Cette dernière devrait être capable d'embarquer des satellites de 315 kg jusqu'à l'orbite basse, et l'entreprise annonce pour l'instant viser la fin de l'année 2022 pour son lancement inaugural. La deuxième est ABL Space, entreprise américaine constituée par des vétérans de SpaceX et de Blue Origin, qui annonce depuis déjà quelques trimestres le décollage « imminent » de sa fusée RS-1 depuis les États-Unis. Un tir est d'ores et déjà listé depuis le site de SaxaVord pour ABL, avec six petits satellites fournis par Lockheed Martin.

Enfin, le 1er mars, c'est la start-up française VOS (Venture Orbital Space, située à Reims) qui a annoncé son partenariat avec les Écossais. L'entreprise vise des décollages de sa fusée Zéphyr sur place dès 2024, avec un rythme de lancement régulier.

Quels projets vont se concrétiser ?

L'Écosse, un paradis pour l'orbite ? On peut se poser la question. Le centre spatial du Sutherland (Sutherland Spaceport) a pour sa part déjà reçu l'an dernier le sésame pour la construction de ses installations, y compris un premier pas de tir au service de l'entreprise anglaise Orbex et de sa fusée Prime… qui attend également d'avoir les autorisations de lancement pour fin 2022.

Enfin, on peut souligner que ça ne s'arrête pas au nord : Virgin Orbit a d'ores et déjà annoncé l'arrivée de son avion 747, porteur de la fusée LauncherOne, à l'été 2022 au Centre Spatial des Cornouailles (Spaceport Cornwall), situé au Pays de Galles, pour un premier lancement « largué » hors des États-Unis.

Source : NASA

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serged
Pas un problème de latitude ?<br /> Si des sites de lancement sont en Guyane au Cap Canaveral etc. Ce n’est pas pour rien :<br /> La vitesse de rotation de la Terre « aide » à la satellisation des engins près de l’équateur.<br /> Or l’Écosse est très au Nord. Ça va pas aider…
tfpsly
Ce n’est pas pour rien :<br /> La vitesse de rotation de la Terre « aide » à la satellisation des engins près de l’équateur.<br /> Ce n’est que l’une des deux raisons. L’autre, probablement plus importante, est que les satellites géostationnaires doivent être au dessus de l’équateur.<br /> Pour tout autre type d’orbite (orbite héliosynchrone, de Molnia etc.) un lanceur depuis l’équateur n’est pas indispensable.
iodir
Et le fait qu’il y ait beaucoup de vent en Écosse, ça ne gêne pas ?
ivico
J’ajouterais également que la gravité est plus faible à l’équateur qu’au pole et même si pour madame, la balance n’affichera pas de différence visible, quand on doit arracher une fusée de l’attraction terrestre (vitesse de libération 11,2km/s!) on préfère avoir une gravité faible pour maximiser la charge utile.<br /> Tres étrange ce projet.
Baxter_X
Projet étrange en effet, mais ils ont du bien faire leurs calculs pour arriver à la conclusion que ça sera viable.
ebottlaender
La Guyane est terriblement pratique pour plusieurs raisons, mais l’aide de la rotation de la Terre n’est utile que pour les lancements utilisant cet effet de fronde, donc principalement ceux vers l’orbite géostationnaire.<br /> Ici, on le mentionne dans l’article, les orbites visées seront polaire ou quasi-polaires. Il ne leur est donc pas utile de rester proche de l’équateur. On trouve d’ailleurs d’autres sites de lancements à des latitudes élevées, comme Plesetsk, Wallops ou même Kodiak, en Alaska.
carinae
D’ailleurs c’est quoi le but? Utiliser de petits lanceurs ou il est envisagé de gros lanceurs ?
Yannick2k
et aussi en Guyane le ciel souvent dégagé
Peggy10Huitres
Bientôt en Ecosse on aura le même temps qu’en Guyanne, donc Feu Vert !
pemmore
Qui sait s’il n’esperaient pas disposer des grosses rustiques et fiables Soyouz pas bien chères ? Et proches!<br /> Dans ce cas, c’est un peu raté.
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