La plus vieille information génétique au monde a été extraite d'une dent de rhinocéros

Benoît Théry Contributeur
12 septembre 2019 à 20h54
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Dent rhinocéros
Cette dent provient d'un rhinocéros ayant vécu il y a 1,7 million d'années. Crédit Musée d'histoire naturelle du Danemark

1,77 million d'années après sa mort, ce rhinocéros s'apprête à nous en apprendre beaucoup. Des scientifiques sont parvenus à extraire des informations génétiques à partir de la dent d'un animal ayant vécu durant le Pléistocène.

Il s'agit de la plus vieille information génétique jamais découverte et elle a été extraite à l'aide d'un procédé très prometteur.

ADN contre protéines

L'extraction a été réalisée par des chercheurs des universités de Copenhague et de Cambridge. Les scientifiques sont parvenus à identifier un « ensemble presque complet » de protéines dans l'émail dentaire d'un Stephanorhinus, un animal vivant en Géorgie actuelle (dans le sud du Caucase) pendant le Pléistocène.

Pour récupérer ces informations, les chercheurs ont utilisé une spectrométrie de masse en tandem. Les protéines, qui sont au centre de la découverte, sont des chaînes de blocs constitués d'acides aminés. La spectrométrie de masse autorise une reconstruction de la séquence de ces acides aminés, permettant de mieux comprendre les informations génétiques essentielles d'un organisme.


Ces protéines sont intéressantes parce qu'elles se conservent beaucoup plus longtemps. À moins de profiter du permafrost, l'ADN disparaît au bout de 500 000 ans environ, tandis que les protéines peuvent se conserver durant plusieurs millions d'années.

Un changement important pour l'étude de l'évolution

Pour les scientifiques, l'utilisation de cette spectrométrie de masse est un changement important, car elle pourrait permettre de séquencer des protéines et de lire des informations génétiques qui ne pouvaient pas être obtenues jusque-là par des tests ADN. Dans une publication parue dans Nature, les chercheurs résument ce que cette méthode pourrait apporter : « Nos recherches révèlent qu'une étude protéomique d'un ancien émail dentaire - qui est le tissu le plus dur chez les vertébrés, et est très abondant dans les fossiles - pourrait pousser plus loin la reconstruction de l'évolution moléculaire à l'époque du Pléisocène, au-delà des limites connues de la préservation de l'ADN ».

Le professeur de l'Université de Copenhague, Enrico Cappellini, partage aussi son enthousiasme : « Durant 20 ans, l'ancien ADN a été utilisé pour tenter de répondre à des questions au sujet de l'évolution d'espèces éteintes, de l'adaptation et la migration humaine, mais cela a ses limites. À présent, pour la première fois, nous avons retrouvé des informations génétiques anciennes qui nous permettent de reconstruire l'évolution moléculaire. Cette nouvelle analyse d'anciennes protéines issues d'émail dentaire ouvre un nouveau chapitre excitant dans l'étude de cette évolution ».


Jusque-là, le plus ancien ADN séquencé provenait d'un cheval ayant vécu il y a 700 000 ans. Les données concernant les humains remontent jusqu'à 400 000 ans, mais des découvertes comme celles-ci pourraient aider à comprendre la séparation entre les humains modernes et les chimpanzés, survenue il y a 6 à 7 millions d'années.

Source : The Independent
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