Test de The Suicide of Rachel Foster : une aventure effrayante et poignante

Virgile Rasera
Spécialiste Gaming
24 février 2020 à 12h01
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La note de la rédac
Avec sa vue first person, son inquiétant hôtel à explorer et son synopsis laissant augurer des pires frayeurs, The Suicide of Rachel Foster pouvait laisser penser à un énième Survival-Horror. Mais les développeurs de ONEOONE Games avaient autre chose en tête et nous proposent en réalité de vivre une sorte de thriller interactif, une expérience immersive oscillant d'un bout à l'autre du jeu entre maestria et frustration.

Attention : The Suicide of Rachel Foster évoque la pédophilie dans son intrigue et peut être choquant.

Jusqu'ici ONEOONE Games ne s'était pas vraiment distingué sur le registre du jeu d'épouvante. Le petit studio espagnol a en effet fait ses premières armes sur des titres plutôt orientés arcade, tels Fury Roads Survivor, très inspiré par Mad Max, ou encore un titre de ping-pong en VR. Très loin donc de ce que nous propose The Suicide of Rachel Foster, un titre résolument adulte, réaliste et plutôt effrayant.


Joyeux Noël, hohoho !

L'histoire prend place aux États-Unis, dans l'État du Montana, à quelques jours de Noël en 1993. Nous incarnons Nicole, en route pour l'hôtel familial où elle a grandi jusqu'à l'adolescence avant qu'une tragédie ne détruise sa famille et conduise sa mère à quitter les lieux, laissant Leonard, le père de Nicole, derrière elles. Ce dernier a en effet noué une relation amoureuse avec une jeune fille de 16 ans et l'idylle secrète a évidemment fini par être révélée au grand jour. Le scandale plongea la jeune fille dans le désespoir et elle finit par se suicider, alors qu'elle était enceinte.

Alors qu'elle avait enterré cette histoire tragique dans les tréfonds de sa mémoire après la mort de son père, Nicole découvre une lettre écrite par sa mère peu de temps avant son trépas dans laquelle celle-ci l'abjure de vendre l'hôtel et de reverser l'essentiel de cet héritage à la famille de Rachel pour enfin mettre un terme à cette douloureuse histoire. Elle se lance donc sur les routes sinueuses du Montana au volant de sa Dodge de 1986, en pleine tempête, pour y faire l'inventaire des objets qu'elle souhaiterait conserver et réaliser un état des lieux avant la mise en vente. Malheureusement pour elle, la tempête gagne en intensité et finit par la coincer entre ces murs dont elle pensait s'être définitivement échappée.

Dans son malheur, Nicole trouvera le soutien de Irving, un agent de la FEMA (Federal Emergency Management Agency), qui prendra rapidement contact avec elle via une liaison par téléphone cellulaire. Commence alors une exploration de l'hôtel et ses secrets, mais aussi, à travers lui, des événements tragiques qui firent imploser les familles de Nicole et Rachel.

« Les développeurs de ONEOONE Games nous proposent d'explorer un décor criant de vérité et recelant de nombreux et sordides secrets »



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L'hôtel Timberline, un décor remarquable aux multiples secrets

Dès nos premiers pas dans l'immensité de l'hôtel Timberline, notre conviction fut faite : la première réussite de ONEOONE Games est d'avoir conçu un cadre de jeu d'exception, une bâtisse dont on éprouve la tragique histoire au fil de son exploration. Le travail d'orfèvre apporté à l'architecture du lieu comme à sa décoration d'intérieur en font un univers à part entière avec sa propre cohérence interne. Les développeurs ont d'ailleurs eu la bonne idée de nous fournir un plan général des lieux, sans que celui-ci ne nous indique à tout moment où nous nous trouvons. Dès lors, on apprendra à faire connaissance avec l'hôtel en s'y perdant, du moins dans un premier temps.

Un parti pris bénéfique pour l'immersion tant il est devenu rare de pouvoir se familiariser empiriquement avec un lieu sans que toutes les clefs nous soient données par avance. D'autant que l'ambiance qui règne entre ses murs participe à rendre nos déambulations particulièrement angoissantes. À mi-chemin entre le manoir de Resident Evil et l'hôtel gigantesque de Shining, le Timberline est criant de vérité.

The Suicide of Rachel Foster
L'architecture de l'hôtel fait se succéder corridors étroits et salles gigantesques, une réussite à tout point de vue

Ses trois niveaux présentent chacun une atmosphère singulière sans que cela nuise à la cohérence de l'ensemble. Entre les petites pièces de service dépouillées du sous-sol plongées dans une demi-obscurité, les boiseries baroques des immenses salles du rez-de-chaussée, les longs corridors à la décoration d'un goût daté des étages des chambres, ou encore les sinistres passages cachés permettant de se faufiler derrière les murs ou sous les fondations de la bâtisse, le Timberline se révèle être un édifice aux multiples visages.

Un environnement unique qui prend vie non seulement grâce à son architecture remarquable, mais aussi par une réalisation très soignée. Graphiquement le titre est irréprochable et a de plus la bonne idée de jouer sur des effets de focale du plus bel effet. Mais nous avons surtout été bluffés par le soin tout particulier apporté par 101Games à l'environnement sonore de son titre. Celui-ci propose en effet un son en binaural offrant une spatialisation d'une grande précision mise au service d'un univers sonore très riche. Le Timberline est bien entendu malmené par la tempête qui fait rage à l'extérieur, mais on découvrira au fil de notre exploration qu'il est aussi animé par une présence se manifestant par toute une gamme de bruits à vous glacer le sang.

Des contractions du bois de sa charpente aux grincements du parquet en passant par des bruits plus inquiétants encore comme des grondements sourds venant des combles ou des murmures qui vous sembleront émaner d'une présence juste à côté de vous, il faut avoir le coeur bien accroché. Pour notre part, nous avons très souvent sursauté voire même poussé des cris d'effroi ! Une nouvelle réussite à mettre au crédit du studio, et cela sans avoir trop souvent recours aux excellentes compositions musicales tantôt mélancoliques tantôt inquiétantes qui ponctuent généralement les moments clefs de l'aventure.

« On aurait tant aimé avoir les coudées un peu plus franches dans la résolution des énigmes de l'intrigue ! »



Une enquête qui se joue un peu malgré nous

L'exploration de fond en comble de l'hôtel Timberline constitue l'essentiel du gameplay proposé par The Suicide of Rachel Foster. Car, comme nous l'évoquions en introduction de cet article, le titre se veut avant tout un thriller narratif interactif et n'use à ce titre qu'assez peu de mécaniques sollicitant les méninges ou la dextérité du joueur. Trop peu diront certains et ça n'est pas loin d'être notre cas.

C'est notre premier reproche adressé au titre de ONEOONEGames : avec un décor aussi magistralement exécuté et une ambiance si terrifiante, on aurait apprécié d'être plus régulièrement mis à contribution. Le titre a trop tendance à nous prendre par la main et se refuse à nous lâcher la bride. On a souvent l'impression que l'enquête menée par Nicole et Irving nous défile sous les yeux, les indices récoltés étant le plus souvent rassemblés juste sous notre nez. Le jeu n'attend alors plus de nous que nous épuisions toutes les interactions possibles pour les collecter afin de continuer à dérouler son histoire.

The Suicide of Rachel Foster
Avec un décor aussi exceptionnel, on ne peut que regretter que l'aventure ne prenne pas plus son temps

On ne peut évidemment pas en demander autant à une petite production vendue moins de quinze euros qu'à un triple-A financé à coup de millions de dollars et commercialisé au prix fort. Mais il eût tout de même été possible de créer des situations dans lesquelles le joueur puisse investir un peu de ses neurones, sans forcément aller chercher très loin ou nuire à la densité de la narration. Au lieu de cela, le jeu détricote ses énigmes et nous en explique les rouages sans prendre la peine de nous donner l'illusion d'avoir eu un rôle à jouer. Un regret d'autant plus amer que le titre de ONEOONE Games se permet même une ellipse un peu brutale, dans son premier tiers, nous livrant sur un plateau nombre d'indices que nous aurions eu plaisir à découvrir par nous même.

Dans le même ordre d'idée, certaines pièces de l'hôtel ou certains items ne nous sont accessibles que si la progression l'exige. Le polaroid, par exemple, dont Nicole pourra se servir comme d'une lampe torche de fortune, ne peut rejoindre son inventaire que lorsque le jeu l'a décidé, alors même qu'il se trouve sous notre nez depuis les premiers instants de l'aventure. On ne pourra d'ailleurs même pas s'en saisir pour l'admirer sous toutes les coutures, comme c'est pourtant le cas pour un très grand nombre d'éléments de décor, avant d'en avoir l'utilité.

Pire, nous avons pu constater qu'un raccourci débloqué pour accéder à une pièce essentielle à la progression de l'histoire nous était soudainement refusé dès lors que nous n'avions plus rien à y faire.Tout cela relèvera peut-être du point de détail pour certains, mais, mis bout à bout, ces obstacles, arbitrairement opposés à notre curiosité pour nous contraindre à suivre le chemin dicté par les besoins du scénario, participent à l'impression tenace de n'être jamais tout à fait acteur des événements.

The Suicide of Rachel Foster
La découverte des lieux est un des grands plaisirs offerts par le titre, mais se trouve régulièrement contrainte par les besoins du scénario

« Les thématiques très adultes du jeu engagent émotionnellement le joueur grâce à une narration maîtrisée de bout en bout »



Une histoire poignante et fort bien racontée

Cela n'empêche heureusement pas The Suicide of Rachel Foster de nous faire vivre une expérience haletante et poignante jusqu'à sa conclusion. Sans rien vous divulguer des développements de l'intrigue, sachez simplement que sur ses trois petites heures de jeu, le titre de ONEOONE Games saura vous tenir en haleine sans jamais vous lâcher. Le dernier tiers de l'aventure est à ce titre passionnante et les révélations qui y sont faites distillent savamment le doute et remettent en question les convictions forgées au fil de notre enquête. Il faut saluer cette autre réussite de ONEOONE Games : faire peur tout en captivant son joueur en abordant des thématiques aussi difficiles, sans jamais tomber dans le manichéisme.

À ce titre il faut saluer la qualité de la narration. Celle-ci passe évidemment par les nombreux dialogues entre Nicole et Irving, joués avec conviction par les excellents comédiens de doublage. Mais aussi par une multitude de documents, livres, coupures de journaux et dessins jalonnant notre chemin jusqu'à la vérité. Ces derniers ne délivrent que rarement des informations cruciales, mais participent à affiner notre compréhension des personnalités et des motivations des principaux protagonistes de l'histoire.

The Suicide of Rachel Foster : l'avis de Clubic

Les amateurs de frissons seront bien avisés de donner sa chance à The Suicide of Rachel Foster. Certes, on se ne départit jamais vraiment du regret de n'être pas plus sollicité par le jeu dans la résolution des énigmes de son intrigue. Et l'on aurait vraiment apprécié que celle-ci se déploie sur un temps de jeu plus long et que le titre nous donne ainsi l'opportunité d'habiter plus intimement son formidable décor. Mais en dépit de ces regrets, le titre de ONEOONE Games se révèle être une aventure poignante et terrifiante, abordant des thématiques difficiles avec beaucoup de maturité et de finesse, et mettant en scène des personnages fort bien écrits et interprétés. Nous ne saurions donc trop vous conseiller de vous risquer à explorer l'hôtel Timberline et à faire toute la lumière sur le suicide de Rachel Foster.

The Suicide of Rachel Foster

Les plus
+ Un décor à la conception remarquable...
+ ... dont l'exploration vous glacera le sang
+ Une ambiance sonore très soignée
+ Une narration abordant des thématiques difficiles avec brio
Les moins
- On aurait aimé être beaucoup plus sollicité par le jeu
- Une aventure un poil trop directive
- A peine trois petites heures de jeu
3.5

Acheter The Suicide of Rachel Foster
Modifié le 25/02/2020 à 09h23
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