Musées virtuels : les technologies au service de l’art

Jérôme Cartegini
Spécialiste sécurité informatique
30 janvier 2015 à 11h51
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La convergence entre le monde de la culture et des nouvelles technologies commence à porter ses fruits. Des initiatives visant à diffuser et partager les trésors du patrimoine culturel sur Internet se multiplient. Les plus remarquables nous proposent de porter un nouveau regard sur l'art, l'histoire ou encore la science.

Peu à peu, les plus prestigieuses institutions culturelles de la planète mettent à disposition leurs chefs d'œuvre sur Internet. Sites archéologiques, monuments, tableaux de maîtres, sculptures, etc. sont numérisés en haute définition pour être exposés via des sites Web ou des applications culturelles. Confortablement installés derrière leur écran, les internautes peuvent partir à la découverte du patrimoine culturel mondial à travers des galeries photos, des visites virtuelles ou des reconstitutions 3D, et passer en quelques clics du musée MoMa de New York, au Palais Garnier de Paris, ou au plateau de Gizeh en Égypte.

Si rien ne remplace une visite en chair et en os, les expositions virtuelles ne manquent pas d'attraits. En plus d'offrir un accès à la culture au plus grand nombre, elles permettent de montrer des lieux habituellement inaccessibles au public, d'immortaliser des œuvres éphémères des artistes de rue, ou encore de découvrir des détails imperceptibles à l'œil nu. Différentes méthodes et technologies sont utilisées pour créer des visites virtuelles : modélisation 3D, photos panoramiques à 360°, numérisation au format gigapixel (Google), vidéos, réalité augmentée, etc. Voici quelques exemples de sites et d'applications culturelles.

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Google Art Project : le musée universel du futur ?

Comme les livres, les rues, les chemins, Google s'emploie depuis quelques années à numériser le patrimoine culturel mondial pour le rendre accessible à tous gratuitement sur son site Google Art Project. Depuis son lancement en 2011, la firme s'est associée à des centaines d'institutions culturelles (musées, monuments, opéras, bibliothèques, galeries d'art...) d'une quarantaine de pays. À ce jour, le site héberge les chefs d'œuvres de 430 institutions, dont 26 françaises : Musée de l'Orangerie, Château de Chantilly, Institut du Monde Arabe, Chambord...

Avec les moyens financiers et techniques considérables dont la firme dispose, le service est devenu en l'espace de quatre ans le plus grand musée virtuel du monde. Il totalise plus de 40 000 images d'œuvres en haute définition, tombées pour la plupart dans le domaine public. Certaines sont mondialement connues comme La chambre de Van Gogh à Arles, La naissance de Vénus de Sandro Botticelli, ou La tahitienne avec une fleur de Paul Gauguin.

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Au mois de mars 2014, l'Institut Culturel de Google et l'Opéra National de Paris dévoilaient leur partenariat visant à valoriser l'histoire et le patrimoine du Palais Garnier. Du mystérieux lac sous-terrain du palais, aux loges, en passant par les salles de répétition, ou même les toits, cette visite virtuelle permet de découvrir des endroits du palais généralement inaccessibles au public. On y découvre entre autres les fabuleuses prises de vue du plafond de l'opéra peint par Marc Chagall à 20 mètres de hauteur !


Exploration virtuelle

Pour certains lieux culturels, Google propose des visites virtuelles créées notamment à l'aide de la technologie Street View et de la modélisation 3D. Lorsque l'icône Pegman (le petit bonhomme jaune comme dans Maps) apparaît à côté du nom d'une institution, il suffit de cliquer dessus pour démarrer la visite dans les photos panoramiques à 380° comme si on y était. Sur la gauche de l'écran, un plan permet de se rendre en un clic dans les différentes parties de l'enceinte, les étages, les jardins, etc. Pour des questions de droits d'auteur, certaines œuvres d'art sont parfois floutées.

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Au-delà des visites virtuelles, le site permet de découvrir des milliers d'images d'œuvres d'art en haute définition : huiles sur toile, sculptures, mobilier, etc. Certaines peintures (généralement une par musée) sont disponibles au format gigapixel : une précision numérique de 7 milliards de pixels par image offrant la possibilité de zoomer au point d'obtenir un niveau de détail impressionnant. Un logo « Gigapixel » signale toutes les images disponibles dans ce format. Comme dans un vrai musée, chacune des œuvres se voit accompagnée d'une fiche descriptive accessible via l'onglet Détails. Ces informations techniques proviennent des institutions culturelles, mais aussi de partenaires comme l'UNESCO ou encore de Wikipédia.

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Avec ses technologies maison novatrices, Google offre la possibilité de scruter une peinture jusqu'à la trame du pinceau comme sur ce tableau « Le cri d'Edvard Munch » au format gigapixel appartenant au Munch Museum d'Oslo.

Il est possible d'effectuer des recherches par mots-clés ou via les différentes catégories : Collections, Artistes, Oeuvres d'art, et Galeries d'utilisateurs. Des filtres permettent également d'affiner les recherches en indiquant le nom d'un artiste, d'un courant artistique, ou d'un musée. À condition de posséder un compte Google ou d'en ouvrir un gratuitement, chacun peut disposer d'un espace personnel afin de créer des galeries dans la partie Galeries d'utilisateurs pour y exposer ses œuvres et ses monuments préférés, par exemple. À noter que l'utilisation du service sollicite énormément les ressources de l'ordinateur et a la fâcheuse tendance à faire planter les navigateurs : Chrome, Firefox... Une raison qui explique sans doute l'absence à ce jour d'applications mobiles pour Google Art Project.

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Le service représente une manne d'informations précieuse pour les étudiants, les professeurs, les professionnels et amateurs d'art, mais il est toutefois impossible d'imprimer ou d'enregistrer ses contenus en dehors de son espace personnel à moins de faire des captures d'écran. Les images demeurent la propriété exclusive des institutions culturelles.

Vitrine de l'art de rue

Au mois de juin 2014, l'Institut Culturel de Google a lancé une autre plateforme entièrement dédiée au mouvement artistique street art. Baptisée Street Art Project, elle héberge déjà plus de 5000 images en haute résolution de travaux de grapheurs à travers le monde ainsi que de nombreuses expositions de collectifs de l'art urbain. On peut y admirer le travail d'artistes de rue célèbres comme JR ou Banksy, mai saussi de remarquables expositions comme celles du 5 Pointz à New York, ou de la Tour Paris 13 aujourd'hui détruite. Une initiative qui a pour but de pérenniser les œuvres de cet art éphémère de plus en plus populaire.

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Dassault Systèmes : immersions stéréoscopiques

Spécialisée dans les logiciels d'édition 3D, la société française Dassault Systèmes met son savoir-faire au service de la culture par le biais de son Institut Passion for Innovation. En collaboration avec institutions culturelles et scientifiques, ses équipes ont réalisé des reconstitutions 3D de sites historiques et archéologiques majeurs en France et en Égypte. Disponibles sur Internet ou via des applications mobiles, elles nous plongent dans l'histoire du patrimoine mondial de façon ludique et originale.

Giza3D

Ce projet d'envergure, lancé en 2012 et toujours en cours de développement, permet d'explorer le plateau de Gizeh en Égypte, la tombe de Meresankh, la pyramide de Khefren, la vallée de Khefren, ou encore, le célèbre Sphinx et son temple par le biais d'un navigateur Web. Pour reconstituer la nécropole, les équipes de Dassault ont collaboré avec l'université d'Harvard et le MFA de Boston (musée des Beaux-Arts) qui détient plus d'un siècle d'archives sur les recherches archéologiques : photos, carnets personnels, dessins et documents de la région de Gizeh.

Avant de commencer la visite sur le site Internet dédié, il faut télécharger et installer le petit plugin « 3Dvia ». À noter que le service est compatible avec les moniteurs et TV 3D avec lunettes, les casques immersifs ou les dispositifs spécifiques aux musées comme les tables tactiles. Destinés aux étudiants, aux chercheurs, mais aussi au grand public, il dispose de plusieurs niveaux d'informations des plus accessibles aux plus techniques à travers quatre rubriques : Découvrir, Apprendre, Explorer et Approfondir. Il est possible de naviguer librement dans les reconstitutions 3D ou de suivre les visites guidées commentées par Peter der Manuelian, un éminent égyptologue de Harvard. Giza3D s'enrichit chaque année de nouveaux monuments. Un outil pédagogique remarquable pour découvrir l'ancienne Égypte et le travail des archéologues.

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Paris 3D saga

Admirer Notre-Dame, le Louvre, la Bastille, la Tour Eiffel et leurs environs à différentes époques de leur histoire, voici le but de l'application et du site Paris 3D Saga. Réalisé en collaboration avec des historiens et des archéologues spécialisés dans l'histoire de la capitale française, le projet s'appuie sur des archives dont certaines remontent au Moyen-Âge. À travers un mélange de reconstitutions 3D, de commentaires audio, d'incrustations de vidéos et de photos panoramiques, les utilisateurs peuvent remonter le temps jusqu'à l'antiquité lorsque certains endroits de Paris n'étaient encore que des champs et des forêts...

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En cliquant sur un monument, on accède directement à sa reconstitution 3D de l'époque (indiquée en haut à droite). Des petits picots brillants signalent la présence de contenus : Apprenez en plus sur le parvis de Notre-Dame, Découvrez les bâtiments de Napoléon à Paris, par exemple. Sur l'application mobile (iOS ou Windows 8 uniquement), une fonction « gomme » compare les reconstitutions d'époque de certains monuments avec des photos d'aujourd'hui, comme dans la capture ci-dessous. L'Institut ne compte pas s'arrêter en si bon chemin et vient d'ajouter une reconstitution 3D du Collège des Bernardins de Sainte Chapelle au XIV siècle. En dehors de Paris, il propose notamment une fascinante reconstitution 3D du Phare de Cordouan à différentes époques.

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Les apps culturelles

Les applications culturelles transforment les smartphones et autres tablettes en véritables guides de poche interactifs. Géolocalisation d'œuvres d'art, commentaires audio, informations pratiques (horaires, tarifs, événements...), parcours thématiques, visites virtuelles, fiches techniques en réalité augmentée, etc., elles fourmillent de fonctions intéressantes. En voici quelques-unes...

MyParisStreetArt

Les murs de Paris regorgent de superbes graffitis, mais il n'est pas évident de savoir où ils se trouvent. Grâce à une initiative commune de la ville de Paris et de l'association Lartefact, il y a maintenant une application qui fait le bonheur des amateurs du genre : My Paris Street Art. Celle-ci permet notamment de géolocaliser ces œuvres éphémères et de se faire guider jusqu'à elles dans tous les quartiers de la capitale et les communes limitrophes : Évry, Montreuil, Vitry, etc. Après avoir créé gratuitement un compte, chacun peut enrichir l'application en prenant des photos de graffitis et en les partageant avec la communauté. Disponible gratuitement sur Android et iOS.



CultureClic

Très complète, l'application CultureClic référence 1350 musées français, 850 œuvres d'art et une multitude d'informations pratiques : adresses, horaires, tarifs... Une sorte de guide interactif permettant de géolocaliser des tableaux dans les musées et de visualiser leurs fiches descriptives en réalité augmentée. À l'occasion de prochaines mises à jour, elle devrait s'enrichir de nouveaux contenus littéraires issus notamment de la BnF (Bibliothèque nationale de France) et offrir la possibilité de partager des informations culturelles via les réseaux sociaux. Disponible gratuitement sur iOS et bientôt sur Android.

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Museo Thyssen

Pour son application, le musée Thyssen de Madrid a fait le choix de la simplicité, et autant dire que le résultat est assez bluffant. Son interface se présente comme une bibliothèque avec des livres représentant les différentes rubriques : Éducation, Expositions, Exhibitions, Restaurations, etc. En cliquant sur l'une d'entre elles, on accède à différents contenus que l'on peut consulter en les feuilletant comme les pages d'un magazine : œuvres, fiches descriptives, visites virtuelles... Ses images en très haute définition combinées à de nombreux contenus pédagogiques (en anglais et espagnol uniquement) en font l'une des références du genre. Disponible gratuitement sur Android et iOS.

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Inédit : l'art dans l'œil des robots !

Quelques internautes ont eu la chance de vivre une expérience inédite : visiter les galeries du musée londonien Tate Britain en... pleine nuit. Baptisé After Dark, ce projet hors norme imaginé par trois artistes a pour but de faire découvrir l'art dans les musées sous un autre angle, en l'occurrence la nuit quand il n'y a plus personne. Pour cela, ils ont fait fabriquer des petits robots équipés de caméras, de détecteurs d'obstacles et de lampes à LED. Par le biais d'un site Web dédié, les internautes pouvaient ainsi prendre le contrôle à distance des robots et se balader dans les galeries pour observer les œuvres d'art en les éclairant dans la pénombre.

Las, seuls quelques chanceux sélectionnés au hasard parmi les inscrits ont pu vivre cette expérience étonnante organisée durant seulement quelques jours, du 13 au 17 aout 2014. Reste à savoir si ces visites nocturnes temporaires se verront un jour proposées de façon régulière. Aucune autre date n'a été avancée pour le moment, mais les concepteurs espèrent bien pouvoir réitérer l'expérience et réussir à convaincre d'autres musées d'accueillir leurs guides bioniques.

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Une culture numérique pleine de promesses

Un vent nouveau souffle dans le domaine de la culture grâce aux nouvelles technologies. Les initiatives de Google et de Dassault Systèmes permettent non seulement de pérenniser le patrimoine, mais également d'ouvrir la voie à de nouveaux modes de partage et de diffusion de la la culture à travers les supports numériques. Reste à trouver le bon équilibre pour que ces projets ne se fassent pas d'une part au détriment des droits d'auteurs, et d'autre part au dépens des visites « réelles » dans les institutions et les musées.

Quant aux applications mobiles non exhaustives passées en revue, elles montrent une vraie volonté de la part des institutions de se moderniser et de s'adapter au public d'aujourd'hui. Elles se présentent comme de formidables outils pour promouvoir la culture et la découvrir de façon originale notamment grâce aux fonctions de géolocalisation et de réalité augmentée. L'expérience After Dark du Tate Britain nous laisse rêveurs quant à toutes les innovations technologiques qui nous attendent sans doute encore dans les années à venir dans le domaine de l'art.
Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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