Pornhub épinglé pour des contenus pornographiques mettant en scène des adolescents

07 décembre 2020 à 10h57
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Pornhub © charnsitr / Shutterstock.com
© charnsitr / Shutterstock.com

Le site de diffusion de contenus pour adultes hébergerait de nombreuses vidéos de viol, selon le New York Times. Si la plateforme nie, les témoignages la contredisant sont nombreux.

Dixième site web le plus visité au monde, avec 3,5 milliards de visites chaque mois (soit plus que Netflix ou Amazon), Pornhub est un incroyable succès et l'entreprise-mère qui se cache derrière elle, MindGeek, multiplie les opérations bienveillantes, comme le fait d'opérer des dons envers des organisations qui militent pour l'égalité raciale ou la livraison de chasse-neige pour débarrasser Boston de la poudreuse qui a envahi ses rues. Mais tout cela n'est que la partie visible de l'iceberg. Au terme d'une enquête poussée menée sur la plateforme, le New York Times en a dévoilé la partie immergée. Et celle-ci fait état, entre autres, d'agressions sexuelles sur mineurs, constatées dans de nombreuses vidéos.

Pornhub, qui échappe à la responsabilité, nie les allégations du New York Times

Le journal américain veut alerter l'opinion. Celui-ci déplore en effet que le site Pornhub regorge de vidéos pour adultes mettant en scène des abus sur des enfants. « Son site est infesté de vidéos de viol. Il monétise les viols d'enfants, la pornographie de vengeance, les vidéos d'espionnage de femmes prenant une douche, le contenu raciste et misogyne et les images de femmes asphyxiées dans des sacs en plastique », constate le New York Times, qui fournit plusieurs témoignages accablants dans son dossier.

Le constat est loin d'être reluisant. Et il n'est pas nouveau. À plusieurs reprises, des délinquants sexuels ont été arrêtés, outre-Atlantique notamment, pour avoir publié des vidéos d'agressions sexuelles de jeunes filles mineures. À chaque fois, Pornhub est parvenu à échapper à toute poursuite, alors même que certaines vidéos sont monétisées et que l'argent fleurit, outre le fait que les vidéos sont téléchargeables depuis la plateforme pornographique, ce qui facilite la diffusion de ces contenus.

Aucun dirigeant de Pornhub n'a souhaité s'exprimer au sortir de l'enquête, la plateforme préférant se contenter d'une courte déclaration dans laquelle elle affirme être « engagée dans la lutte contre le matériel d'abus sexuel d'enfants » et indique avoir « institué une politique globale de confiance et de sécurité de pointe pour identifier et éradiquer le contenu illégal de notre communauté ». Pour la plateforme Pornhub, qui avait été sommée par le Congrès américain de bannir certains mots de sa base de recherche, comme « viol » ou « pédophilie », l'allégation selon laquelle elle autoriserait l'exploitation de vidéos d'enfants sur son site est « irresponsable et manifestement fausse ». La société disposerait d'une équipe qui étudierait chaque téléchargement, équipe aidée de plusieurs algorithmes et dont les effectifs seraient bien plus faibles que les milliers de modérateurs de Facebook.

La mobilisation contre Pornhub se renforce

Cette enquête pourrait provoquer des dégâts chez Pornhub et sa maison-mère MindGeek. Au Québec, le Parti libéral pointe du doigt sa fiscalité (MindGeek est basée au Luxembourg) et se révolte de l'hébergement des contenus explicites mettant en scène des mineurs. Le mouvement souhaite faire jouer un article du rapport de la Commission spéciale sur l'exploitation sexuelle des mineurs, qui permet l'intervention d'un expert et peut aboutir à une sanction de la plateforme.

La célèbre entreprise américaine de paiement Mastercard a annoncé, dimanche, avoir ouvert une enquête après les révélations du journal new-yorkais. « Si les allégations sont fondées, nous prendrons des mesures immédiates », promet la firme à nos confrères de l'agence Reuters.

Dans la foulée, le milliardaire et philanthrope américain Bill Ackman, qui s'est un temps intéressé au rachat d'Airbnb , a appelé Mastercard mais aussi Visa à bloquer au moins temporairement les paiements effectués sur et depuis le site Pornhub. Les deux sociétés de paiement affirment en tout cas être prêtes à s'associer à toute enquête réalisée sur l'épineux sujet. « Si le site est identifié comme ne respectant pas les lois applicables ou les politiques d'utilisation et les normes de souscription des institutions financières, ils ne pourront plus accepter les paiements Visa », s'engage le concurrent de Mastercard.

Ce qu'il ressort également de l'enquête du New York Times, c'est que le problème ne s'arrête pas uniquement à Pornhub. Certains concurrents de la plateforme, comme XVideos, ont encore moins de scrupules, et peuvent « attirer plus de visiteurs », affirme le journal. Facebook, Twitter et Reddit hébergent aussi régulièrement des contenus faisant l'apologie de la maltraitance d'enfants et adolescents. Et si les suppressions s'enchaînent, il reste pour l'heure difficile de contenir la diffusion des contenus.

Sources : NY Times , Reuters

Modifié le 07/12/2020 à 11h10
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