Live Japon: qui connaît le N°1 un mondial des écrans de smartphones ?

le 22 mars 2014
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La période est plutôt propice et la santé de l'entreprise loin d'être mauvaise, mais le numéro 1 mondial des écrans de smarphones et un des plus gros fournisseurs du géant Apple a quand même du mal à faire saliver les boursicoteurs. Au fait, connaissez-vous son nom ? On parierait que la réponse est "non" pour beaucoup de lecteurs, et c'est peut-être cela le drame de cette entreprise.

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Son sigle est JDI, son nom: Japan Display. Cette société est déjà le champion du monde des écrans de smartphones, un marché a priori porteur s'il en est, mais elle n'a en réalité que moins de deux ans. Japan Display n'est cependant pas partie de rien. Cette société est née en 2012 de la fusion des activités de petits et moyens écrans de Sony, Toshiba et Hitachi sous l'égide du fonds public Innovation Network Corporation of Japan (INCJ) qui a poussé et facilité ce rapprochement en injectant 200 milliards de yens (1,5 milliard d'euros) afin de garantir un avenir à la fabrication d'écrans au Japon, sans quoi elle risquait de disparaître. Les Japonais ont en tête l'exemple des DRAM: ils en étaient les plus gros fabricants du monde il y a une trentaine d'années, il ne reste aujourd'hui plus une seule société japonaise appartenant à des Japonais dans ce domaine. Pour le ministère nippon de l'Industrie, il était impensable qu'il en soit de même pour les écrans à cristaux liquides (LCD) dont le Japon revendique à juste titre la paternité: c'est en effet Sharp, qui n'est d'ailleurs pas en très grande forme, qui a le premier mis au point et industrialisé le procédé d'affichage LCD dans les années 1970.

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Du coup, en 2012, après deux ans de négociations, Japan Display, un nom emblématique de cette fierté nationale, a fini par voir le jour. L'ambition initiale était d'ailleurs d'y associer aussi Sharp en plus de Sony, Hitachi et Toshiba, mais le pionnier a dit-on refusé l'offre. La création de Japan Display a été et reste critiquée au Japon, d'aucuns affirmant que cette firme est vouée à l'échec. Cela n'a pas empêché Japan Display de se féliciter d'avoir fait mercredi 20 mars son entrée à la Bourse de Tokyo. Cette firme a mis sur le marché 214 millions de titres provenant de ses quatre principaux actionnaires et a émis 140 millions de nouvelles actions, avec une offre supplémentaire prévue de 18 millions, soit plus de la moitié de son capital. 
Le prix unitaire d'introduction proposé était de 900 yens, soit une valeur totale de 335 milliards de yens (2,4 milliards d'euros). Mais il s'agissait là de l'option basse de la fourchette initialement envisagée. C'est que dès le départ, dès avant l'introduction sur le marché, les investisseurs ont fait la moue. Toutefois, même en choisissant 900 yens pour les inciter à acheter, cela n'a pas suffi. Dès l'ouverture du marché à la date fatidique, le titre s'est négocié bien plus bas, à 769 yens, et n'a pas dépassé 780 yens durant la séance. Au contraire, il est même ponctuellement tombé à 706 yens, soit 21,6% de moins que le tarif initial, pour finir sa première journée à 763 yens.

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Désormais, Japan Display entend bien rester numéro un en dopant ses capacités et c'est en partie à cela que doit servir l'argent récolté lors de la mise en Bourse. Après cette opération, la part du fonds public INCJ est finalement ramenée à 35,58% contre 86,7% auparavant et celle de chacun des trois autres actionnaires originels (Sony, Hitachi, Toshiba) à 1,7% contre 4,3%. De ce fait, l'INCJ est censée avoir récupéré grosso modo sa mise de départ de 200 milliards de yens, et c'était peut-être avant tout cela le but de cette opération.

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Selon le quotidien économique Nikkei de mercredi, Japan Display, qui possède déjà 6 usines tournant à plein dans l'archipel, s'apprête à investir 100 milliards de yens (700 millions d'euros) pour en équiper une septième afin d'y façonner des dalles LCD destinées aux smartphones.Japan Display étudierait aussi l'option d'utiliser l'espace libre d'un site de Panasonic. La création de Japan Display a résulté du constat des trois groupes fondateurs que la solution pour résister à la concurrence asiatique et se distinguer par des produits très haut de gamme passait par le regroupement de leurs activités de petits et moyens écrans avec l'aide des pouvoirs publics. Sans cela, aucun n'aurait été vraiment capable d'investir à la hauteur des enjeux et de monter suffisamment en puissance pour faire la course en tête, compte tenu des moyens colossaux en permanence requis pour façonner des écrans LCD toujours plus performants.
Pour l'exercice en cours, Japan Display, qui table sur une augmentation de la demande notamment en Chine, prévoit un chiffre d'affaires de 623 milliards de yens et un bénéfice net de 37 milliards.

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Reste que la bonne santé actuelle n'est pas assortie d'une garantie à vie, loin s'en faut, car le marché des composants électroniques, dont les écrans, est tout sauf stable. Les avancées technologiques soudaines des uns bouleversent la donne pour tous, de même que les choix de fournisseurs de la part des gros clients comme Apple, Samsung ou les fabricants chinois de mobiles. La crainte principale est que les bénéfices ne puissent être durables et que Japan Display subisse la pression de concurrents asiatiques (taïwanais et chinois notamment) qui tirent les prix vers le bas. 

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Si bien que certains analystes, tel Seiichi Suzuki, de Tokai Tokyo Securities cité par l'Agence France-Presse (AFP), vont jusqu'à penser que "l'entrée en Bourse de cette société est un non-sens". 
Il n'empêche, Japan Display est pour le gouvernement japonais la preuve que l'union de trois divisions mal en point de sociétés aussi emblématiques que Sony, Hitachi et Toshiba n'est pas nécessairement le regroupement bancal de canards boiteux, mais bien plutôt l'exemple à suivre pour d'autres activités dont les Japonais ont perdu l'apanage. Il songe notamment aux batteries lithium-ion.

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Il y a un peu plus d'un an, les médias japonais indiquaient que Sony et son compatriote de l'informatique et des télécoms NEC ainsi que le constructeur d'automobiles auquel ce dernier est associé, Nissan, étudiaient un rapprochement de leurs activités de batteries lithium-ion avec l'aide le même INCJ. Initialement, au début des années 1990, Nissan avait déjà travaillé avec Sony sur les batteries lithium-ion avant de se rapprocher de NEC.
NEC et Nissan ont déjà une coentreprise dans ce domaine, Automotive Energy Supply, qui produit des batteries pour des voitures électriques, Leaf de Nissan en premier lieu. De son côté, Sony fabrique des batteries lithium-ion pour divers appareils électroniques via sa filiale Sony Energy Device. Selon un schéma prétendument à l'étude, la société conjointe de NEC et Nissan prendrait la majorité des parts de la filiale de Sony dans ce domaine avant une injection de fonds de la part de l'INCJ. Rien ne dit que cette option soit toujours sur la table, mais il est au moins certain qu'elle a un jour existé. Entre-temps, il y a eu pas mal de changements chez Sony qui pourraient cependant avoir tout remis en cause.
Le but de ce possible rapprochement serait en tout cas de maintenir la puissance des Japonais dans ce domaine industriel pour lequel existe un important marché mais qui requiert des techniques de pointe et des investissements importants pour suivre les évolutions. Les acteurs japonais du secteur, dont Sony, NEC, Panasonic-Sanyo ou GS Yuasa ont mené nombre d'avancées, mais le groupe sud-coréen Samsung Electronics les a individuellement supplantés en termes de parts de marché. Exactement comme pour les écrans LCD de petites et moyennes dimensions. Il existe toutefois avec les batteries des risques plus importants comme l'ont montré les rappels de millions de batteries il y a quelques années, ou les pépins survenus avec les accumulateurs lithium-ion des avions Boeing 787.
Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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