Live Japon : 1er "Sommet de la nouvelle économie"

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Le 20 avril 2013
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« Le sommet de la nouvelle économie », premier du genre, s'est tenu cette semaine à Tokyo, à l'initiative de Hiroshi Mikitani, le patron de Rakuten qui avait invité une partie du gotha américain du Net. But de cette réunion censée se répéter tous les ans : « devenir le Davos de la nouvelle économie ». Leçon de la première édition: « arrêtons d'enfoncer les clous qui dépassent, encourageons-les ».

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Vice-président de Google, cofondateur de Twitter, créateur de Skype ou père de Pinterest, une brochette de patrons étrangers d'entreprises florissantes d'Internet étaient réunis mardi 16 avril à Tokyo à l'initiative du PDG de la galerie marchande Rakuten qui entend ainsi donner l'exemple aux jeunes nippons. « Je veux que les pionniers de l'Internet nous parlent de l'innovation dans le monde et que le contenu de leur propos soit rapporté au gouvernement japonais de Shinzo Abe », a expliqué Hiroshi Mikitani lors de l'ouverture du « Sommet 2013 de la nouvelle économie ».

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Plusieurs sessions de présentations et discussions étaient prévues pour permettre à tous de raconter comment est née leur invention et comment elle a mûri. « Je voudrais qu'il en ressorte des propositions pour donner davantage l'esprit d'entreprise aux Japonais et abolir les barrières réglementaires qui entravent l'innovation », a ajouté M. Mikitani.

Après avoir créé et fait fructifier Rakuten au Japon, il est en train de lui donner une envergure internationale, mais il regrette que son pays n'aligne pas autant que les Etats-Unis des jeunes entrepreneurs capables de bouleverser l'utilisation d'Internet ou de créer une révolution dans un autre secteur, comme le faisaient dans le passé les géants japonais de l'électronique. Face aux anciens jugés indécrottables et arc-boutés sur leurs acquis au sein de la fédération patronale Keidanren, M. Mikitani se pose en meneur des nouveaux entrepreneurs dans un monde plus ouvert à travers une nouvelle organisation, le Shinkeiren (Shin keizai renmei - Association de la nouvelle économie ou, en anglais, Japan association of new economy, Jane).

Plusieurs nouvelles sociétés nippones (Line, Gree, Rakuten...) parviennent certes à faire des percées hors du Japon, mais pas de l'ampleur des Google, Twitter ou Skype, déplorent souvent le gouvernement et les médias nippons.

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Pour plusieurs des intervenants, ce n'est pas que les Japonais n'aient pas les facultés d'innover, mais ils n'osent pas assez et le mode d'éducation tend à tuer leur créativité.

« A la maternelle, on laisse les enfants faire un peu comme ils veulent, à leur façon, mais ensuite, dès l'école primaire, il faut appliquer tous les mêmes méthodes », regrette Joichi Ito, directeur au MIT Media Lab, où ses étudiants ont une très grande liberté dans leurs travaux et organisation. « Il ne s'agit pas de demander que tout le monde change et devienne créatif, mais il faut encourager ceux qui sont vus comme marginaux et qui en ce sens on des facultés différentes du reste de la société ».

« Les Japonais aiment beaucoup les plans à long terme et le respect de ces derniers, mais par définition ce n'est pas ainsi que l'on peut innover », souligne encore M.Ito. « Avant, ceux qui innovaient, étaient des grands groupes avec de gigantesques centres de recherches et d'énormes moyens, aidés pas l'Etat. Mais depuis la création d'Internet, les règles ont changé, en fait il n'y a pas de règles et cela pose un problème pour le Japon qui aime bien les structures et cadres bien établis, pas le monde actuel dans lequel n'importe qui peu entrer sans permission, avec peu de moyen, et réussir », ajoute ce Japonais qui vit aux Etats-Unis.

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« Lorsqu'on crée quelque chose aujourd'hui, il faut aujourd'hui être en mesure de répondre très vite aux envies et besoins des clients, de s'adapter très rapidement. La vitesse est essentielle », estime pour sa part Ryo Morikawa, PDG de Line, entreprise qui a conçu l'application éponyme pour smartphone, une sorte de « Skype + Twitter + Facebook + Instagram ». « Il ne faut pas trop se prendre la tête à réfléchir sans cesse, il vaut mieux essayer et voir ce que cela donne et en déduire la direction dans laquelle il est préférable d'aller ».

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« Le coût de l'échec est désormais très faible, alors il faut se lancer et créer en avançant », confirme Masatoshi Kumagai, créateur d'un groupe de multiples services en ligne, GMO, qui compte plus de 3 000 salariés. Pour cela, « il faut que la société accorde davantage d'importance aux créateurs et aux ingénieurs », insiste M. Kumagai.« Il faut une société qui encourage plus le rêve et la prise de risque de chacun et l'aide », conclut pour sa part un éditorialiste du Nikkei Shibun.

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Ce sommet de la nouvelle économie est voué à devenir annuel et à accueillir des personnalités de tous les secteurs, selon Hiroshi Mikitani qui est aussi membre d'un panel de membres de la société civile consultés par le Premier ministre Abe pour élaborer sa « stratégie de croissance », avec pour ambition de redresser durablement l'économie du pays en poussant le travail des femmes d'une part et l'innovation d'autre part.

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M. Mikitani ne s'en cache pas: il emprunte volontiers au célèbre économiste australien Schumpeter, selon qui le progrès technique est au cœur même de l'économie, via le comportement d'entrepreneurs-innovateurs rompant avec la routine de la production. Pour Schumpeter, les innovations apparaissent de manière groupée (dans l'espace et dans le temps), car une fois qu'un entrepreneur a ouvert la voie de l'innovation, les autres hésitent moins à s'y aventurer aussi. Or, cela crée un effet de masse qui entraîne des cycles dans l'activité économique, cycles dus au progrès technique qui engendre un processus de destruction créatrice. S'enchainent ainsi une phase de croissance de l'activité économique, grâce aux innovations qui permettent une relance de l'activité, et une phase de dépression quand, au bout d'un certain temps, les innovations chassent les entreprises peu performantes dépassées, avant que n'apparaissent d'autres innovations.

Or, le Japon est peut-être actuellement au milieu du gué: il ne créé pas assez d'innovations pour provoquer un effet de masse, et subit parallèlement les effets destructeurs des innovations étrangères qui ringardisent ses propres entreprises. Ce n'est pas irrémédiable, mais cela appelle de profonds changements.

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« Du fait de l'accélération technologique, il est de plus en plus difficile, pour soutenir la compétition internationale actuelle, de continuer à penser et oeuvrer de la même façon que par le passé », reconnaît M. Mikitani.

Face à ce grave problème, les intervenants ont délivré 7 importants messages et conseils aux Japonais:

1- Il est nécessaire de créer un environnement social où les entrepreneurs qui prennent des risques pour proposer des changements sont respectés et soutenus, par des aides financières, des prix, etc.

2- Il est nécessaire de prendre des dispositions nationales pour aider les entrepreneurs, en créant par exemple une « Silicom Valley » japonaise où seraient regroupés dans des conditions avantageuses des sites de formation et des entreprises venant de toute l'Asie. Parallèlement, on pourrait organiser des événements avec des entrepreneurs du monde entier, manifestations auxquelles participeraient les étudiants, et qui seraient largement relayées sur Internet.

3- Il faut faire fructifier les atouts dont dispose déjà le Japon: une main-d'œuvre travailleuse et méticuleuse, des infrastructures solides, un respect de la technologie, etc. Parallèlement, il faut rendre les élèves plus autonomes et inventifs dans la façon de résoudre par eux-mêmes un problème (le système actuel d'enseignement et de contrôle des connaissances repose souvent sur des questionnaires à choix multiples où il faut pointer la bonne réponse parmi 4 prédéfinies. Or dans la vie professionnelle, on est souvent confronté à des situations pour lesquelles il n'existe pas de solution préexistante à sélectionner: il faut la trouver soi-même, ndla).

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4- Les institutions comme les entreprises privées doivent davantage s'internationaliser. Le renforcement de l'enseignement de l'anglais est aussi considéré comme crucial, de même que l'allègement des procédures administratives et fiscales pour inciter davantage d'étrangers de valeur à venir développer leur talent sur le territoire japonais.

5- Il est nécessaire de faire venir des enseignants et d'imminents spécialistes du monde entier pour former les jeunes à qui revient l'innovation de demain. Mieux enseigner et plus tôt non seulement les technologies informatiques, mais aussi les modèles économiques et financiers, les méthodes de gestion, promotion et vente.

6- Il faut prendre des dispositions fiscales et autres qui, comme à l'étranger, aident les jeunes pousses. Par exemple en réduisant les impôts pour les surnommés « business angel », ceux qui prennent des risques en investissant pour la création et le développement de jeunes entreprises porteuses d'un projet novateur. Favoriser les « spin-off » par des mesures fiscales incitatives et abaisser l'impôt sur les sociétés à un niveau semblable à ce qu'il est à l'étranger.

7- S'impose une réforme profonde des régulations et normes draconiennes qui entravent l'innovation, par la simplification de toutes les procédures entourant la création d'une entreprise, sa gestion, le développement et l'enregistrement de ses produits, etc.

Tout ou partie de ces conseils, communiqués au ministre japonais de la Revitalisation économique, Akira Amari, sont censés être reflétés dans la « stratégie de croissance » et les décisions concrètes du gouvernement dans les prochains mois.
Modifié le 01/06/2018 à 15h36

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