Critique | Morbius : Sony traine le vampire Marvel dans le sang et la boue

31 mars 2022 à 12h00
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Morbius © © Sony Pictures

Sony Pictures n'en a pas fini avec l'univers Spider-Man et présente ainsi Morbius, un spin-off mettant en scène l'un des méchants iconiques du Tisseur de toiles.

Morbius
  • Vous aimez beaucoup trop l'univers Marvel
  • Les abdos de Jared Leto vous font naitre des gazouillis dans le ventre
  • Vous appréciez les films sombres (littéralement)
  • Vous avez détesté Venom et sa suite
  • Vous attendiez un vrai film d'horreur
  • Vous avez du goût

Fiche technique Morbius

Informations

Date de sortie
26 janvier 2022
Durée du film
1H45
Réalisateur
Daniel Espinosa
Société(s) de production
Columbia Pictures, Marvel Entertainment
Genre cinématographique
Fantastique, Comics, Horreur
Classification
Public averti

Bat Drame

Michael Morbius est un scientifique atteint d'une maladie rare du sang. Déterminé à trouver un traitement pour lui et toutes les personnes atteintes de cette pathologie, il s'injecte un produit expérimental qui le transforme en vampire.

Voilà enfin Morbius ! Comme d'autres, le film a subi de plein fouet la pandémie de COVID-19 et la fermeture des salles : il s'est ainsi vu reporté un nombre incalculable de fois depuis 2020, à tel point que l'on a cru à un moment que Sony Pictures allait abandonner son long-métrage à une plateforme de streaming. C'était bien mal connaître le studio qui souhaite surfer le plus possible sur le succès gigantesque de Spider-Man : No Way Home… sans trop se fatiguer.

On aurait pu aussi penser que la production allait profiter de ces multiples retards pour peaufiner un film dont les différentes bandes-annonces faisaient peur à voir. La première séquence se charge de prouver le contraire. Filmée sur fond vert avec une incrustation qui agresse la rétine sans attendre, cette première scène mettant en scène Michael Morbius donne le ton du reste de la séance.

Morbius © © Sony Pictures
© Sony Pictures

Vampire en pire

Morbius ne cherche jamais à être un beau film, ni à impressionner le spectateur par quelques séquences à la technique solide. Les décors sont génériques au possible, alternant entre des laboratoires gris, des prisons grises et des ruelles grises. Morbius se rêve peut-être en grand film horrifique, marchant dans les pas des Dracula d'antan, mais sa photographie se contente d'osciller entre des teintes de bleu, gris (encore) et marron, à tel point qu'il est bien difficile de distinguer quoique ce soit dans les scènes d'action.

Le réalisateur Daniel Espinosa semble ne jamais vouloir s'embêter à donner un quelconque cachet à son métrage et ressort même du formol l'effet bullet-time de Matrix pour des ralentis ringards et hideux qui ne font que mettre en lumière la pauvreté pitoyable des effets visuels.

Morbius © © Sony Pictures

Il n'y absolument rien à sauver dans Morbius sur le plan visuel, même pas dans les scènes plus calmes, dont les cadres sont totalement génériques quand ils ne sont pas ratés, avec une profondeur de champ inexistante et un montage qui peine à cacher les stigmates d'un film charcuté en post-production. Et si vous ne nous croyez pas, nous vous conseillons vivement de visionner, après le film, les bandes-annonces qui montrent une grande quantité de plans et de séquences finalement abandonnés en cours de route.

Navet à la crème d'ail

Morbius partage donc beaucoup de choses avec Venom et sa suite tout aussi laide. Mais ce nouveau film du Spider-Verse de Sony Pictures réussit l'exploit de sacrément réhabiliter les deux métrages consacrés au symbiote. En effet, même si les Venom restent de bien mauvais films, ils avaient au moins le bon goût d'être drôles, au 36e degré, ne serait-ce que pour la prestation hallucinée d'un Tom Hardy en roue libre. Morbius, non.

On attendait beaucoup de Jared Leto, qui nous a déjà régalés ce mois-ci dans WeCrashed, la série Apple TV+ consacrée au fondateur de la start-up WeWork, après avoir outrepassé les limites du bon goût avec son interprétation désastreuse du Joker dans Suicide Squad et Zack Snyder's Justice League.

Morbius © © Sony Pictures
© Sony Pictures

Malheureusement, l'acteur doit avoir pris le rôle du vampire au pied de la lettre et semble mort à l'intérieur, éteint d'un bout à l'autre du film. Son seul mince moment de gloire reste cette scène, d'une bêtise sans nom, où Morbius, après avoir vidé de leur sang une demi-douzaine de marins, ôte sa chemise sans aucune autre raison apparente que celle de nous dévoiler longuement sa musculature parfaitement dessinée. Le reste du temps, le pauvre Jared subit un maquillage qui le fait ressembler davantage à un Michael Jackson en fin de carrière qu'à une créature terrifiante.

« Il n'y a rien à sauver dans Morbius, qui se montre d'un cynisme absolu envers les fans de comics »

Tout le reste du casting semble d'ailleurs s'ennuyer poliment et attendre son cachet, à l'exception de Matt Smith (The Crown) dans le rôle de l'antagoniste de notre anti-héros. Face à la pauvreté de son personnage, il multiplie les grimaces et les postures grotesques, pour le plaisir coupable des spectateurs.

On passera rapidement, enfin, sur le scénario du film, presque inexistant. Morbius ne cherche jamais à créer des enjeux ou une dramaturgie et expédie son récit à un rythme effréné, ne prenant jamais le temps de s'arrêter sur la psychologie de son vampire de héros.

Morbius © © Sony Pictures
© Sony Pictures

Michael Morbius découvre ses pouvoirs en deux minutes chrono et nous les explique en voix-off pour pouvoir passer à autre chose. L'embryon de romance avec sa collègue Martine est plus froid qu'une feuille d'impôts. Le fameux troisième acte est quant à lui réduit à peau de chagrin avec un combat final expédié d'un coup de balais et coupé brutalement. C'est terminé, générique, vous pouvez rentrer chez vous.

Ah non, évidemment, Marvel oblige, Morbius nous propose deux scènes post-génériques qui vont probablement rendre fous les exégètes du MCU. Nous ne rentrerons évidemment pas dans le détail mais sachez juste que si Morbius est mauvais, ces deux mini-séquences sont tout simplement honteuses, montrent les vraies intentions de Sony et sa vision des fans, davantage considérés comme des abrutis prêts à avaler n'importe quel caméo que comme des spectateurs doués d'un minimum de matière grise pour réfléchir plus de quinze secondes aux connexions entre les différents films et à leur logique.

Morbius © © Sony Pictures
© Sony Pictures

On peut légitimement se plaindre de la formule Marvel Studios, déclinée à l'infini depuis bientôt 15 ans. Il n'empêche, après avoir vu ce Morbius, on ne peut que saluer l'expérience des équipes de Disney qui réussissent à chaque projet à faire palpiter le coeur des fans grâce à quelques séquences d'action sorties tout droit d'un comic-book, des surprises toujours pertinentes pour la construction du MCU et des personnages attachants, qui ont le mérite d'exister à l'écran.

Sony Pictures ne cherche jamais à faire plaisir à ses spectateurs, seulement à capitaliser sur les quelques marques qui lui reste et sur des vagues promesses d'univers partagés, pour mieux les dépouiller année après année.

On souhaite vivement que les fans de comics prennent conscience du cynisme absolu qui sous-tend cet univers Marvel alternatif et boudent Morbius en masse. Ils méritent mieux que ça, vous méritez mieux que ça.

Morbius

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Morbius est tout aussi nul, bête et irrespectueux pour son public que ne l'étaient les deux Venom en leur temps, la folie de Tom Hardy en moins. Après cet énième étron signé Sony Pictures, on espère maintenant que Spider-Man reste dans sa nouvelle maison et n'approche plus jamais cet univers cinématographique faisandé.

Cette œuvre est pour vous si

  • Vous aimez beaucoup trop l'univers Marvel
  • Les abdos de Jared Leto vous font naitre des gazouillis dans le ventre
  • Vous appréciez les films sombres (littéralement)

Cette œuvre n'est pas pour vous si

  • Vous avez détesté Venom et sa suite
  • Vous attendiez un vrai film d'horreur
  • Vous avez du goût

Morbius est dans les salles de cinéma depuis le mercredi 30 mars 2022.

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Augusto
Ah oui, quand même !<br /> Bon, j’avais pas l’intention de payer pour le voir, mais la du coup je vais direct y aller en « camsd » sur un site de streaming slave douteux ! Et prendre une pizza surgelée dans la foulée.<br /> Non parce que 2/10, là, faut absolument que je le voie. Et dans 5 ans j’achète la collector chez easy cash à 75cts. Comme pour The Meg.<br /> Les mecs c’est mal de donner envie comme ça. Vous poussez à la consommation hein !
pecore
C’est vrai que les bandes annonces faisaient peur, mais pas dans le bon sang… pardon, pas dans le bon sens.
ar-s
Les bandes annoncent étaient effectivement déjà vraiment dégueulasses. Pas étonné de voir cette note au final.
jobinseb
Nous ne voyons pas d’autre possibilité…<br /> Effectivement, les bandes annonces m’avaient convaincu que ça serait une bouse innommable, mais j’avoue que la note jamais vue de 2 m’a conduit à lire avec attention cette critique. Je pense que comme vous la curiosité va me conduire à regarder (peut être pas en entier par contre, stop la cruauté) l’ovni ici présenté… peut être que si je suis vraiment dans un bon jour je me forcerai à enchainer avec Venom 2 (un petit côté masochiste il faut avouer), mais il faudra que ce soit un jour exceptionnel, à base de licornes dans les cieux et d’arcs en ciel de tous côtés.
CallMeLeDuc
Je veux pas dire mais ça fait déjà un moment que Marvel fait de la daube et prend ses « fans » pour des veaux…<br /> Même si je suis d’accord sur la critique du film, j’avoue toujours être surpris par la propension des « Fans » de marvel à se prendre pour des cinéphiles avertis en voulant chercher des ramifications, intrigues et pseudo cohérences dans ce qui n’est qu’en fait qu’un joyeux bordel ou ils usent toutes les plus grosses ficelles pour trouver une raison de faire un comeback avec de nouveaux heros dans un nouveau film.<br /> Alors que il faut être réaliste, les films de « super-héros » c’est tjrs le même pitch et toujours les mêmes protagonistes qui se cherchent toujours les mêmes raison débiles pour se tataner.<br /> L’immense majorité des scénarios des films Marvels sont débiles à manger du foin…<br /> Ce qui donne du plaisir à regarder un Marvel c’est simplement en se disant qu’on va ranger son cerveau au placard pendant 2h et se laisser envouter par la CGI et la réalisation souvent de qualité.
pecore
Je ne suis pas d’accord avec ton avis sur les scenarii des films Marvel et contrairement à ce que tu sembles croire, on ne peut pas donner n’importe quoi à un fan et s’attendre à ce qu’il applaudisse bêtement. Le fan peut être aussi indulgent qu’il peut être cinglant dès lors qu’il se sent insulté ou trahi par ce qu’il voit ou ce qu’il lit. Et comme il connait la franchise, avec ce qu’elle a de meilleur mais aussi de pire, il est aussi difficile de lui faire prendre des vessies pour des lanternes. Ceci vaut pour toutes les franchises à succès d’ailleurs.<br /> L’article qui précède et la note subséquente est, je pense, une assez bonne illustration de ce raisonnement.
CallMeLeDuc
Je me doutais bien que mon commentaire ne serait pas populaire <br /> Je ne dis pas que les fans sont « bêtes » moi même je passe un bon moment à regarder certains Marvel.<br /> Je dis juste qu’il faut remettre un peu l’église au milieu du village, et ne pas surévaluer la qualité des Marvel comme si c’était le summum du 7ième art.<br /> Je pense de manière très objective que les Marvel doivent être pris pour ce qu’ils sont, du « divertissement » sans grande profondeur scénaristique ni attachement à un scenar hyper bien ficellé où tout est réaliste et parfaitement cohérent.<br /> La Recette Marvel depuis toujours c’est beaucoup de marketing et de très gros moyens financiers pour se payer des acteurs « bankable » et pour avoir une réalisation qui en met plein les yeux à base de CGi et de fond vert pour le gros du travail.<br /> Pour être précis quand j’ai vu la hype pour Infinity wars je me suis attendu au pire.<br /> Comme dans tous les Marvel le chemin tourne dans tous les sens pour arriver systématiquement au même endroit…<br /> On pourrait résumer les 2 Infinity par "Le Méchant veut donner une leçon à l’humanité, mais comme il est trop puissant (tlm est choqué) les superhéros sont obligés de s’unir pour lui foutre la tané, manque de pot ils se font battre (wow effroi ! que va-t-on faire?!)<br /> Fin du 1 début du film 2, consternation, apathie des Gentils qui sont tourmentés et pas content, (moment de tristesse) double salto Twist scénaristique! on trouve (encore une fois) la solution de voyage dans le temps subquantique machin pour Reset tout ce jolie monde et faire revivre les Gentils. (oué parceque c’est Disney faut pas déconner)<br /> hop fin de l’histoire le Méchant qui était très très méchant est mort et les Gentils sont tous copaings.<br /> Comme je disais, moi aussi j’aime me divertir en regardant un Marvel mais je n’attends rien de plus que du Divertissement.<br /> A partir du moment ou les scénaristes n’attachent pas d’importance aux lois de la physique ou de la réalité il ne faut pas s’attendre à la moindre cohérence scénaristique…<br /> Donc voila désolé de ne pas trouver que les films et séries Marvel sont des « chef d’oeuvre » mais du simple divertissement.<br /> Mais libre à chacun de penser le contraire bien sur
keyplus
j ai horreur des scenes dans le noire ou l on voit rien du tout<br /> vivement les vampires sous le soleil
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