Westworld : rébellions plus vraies que nature

Dans la lignée des projets de HBO, Westworld met les petits plats dans les grands. Casting cinq étoiles, bande originale magnifique et production visuelle époustouflante : la série met le paquet. Si elle n'est pas parfaite, Westworld véhicule indéniablement quelque chose d'unique.

Le veilleur d'écran[s] S06E03 📺 : Westworld

Dans un contexte où l'offre en matière de séries n'a jamais été aussi pléthorique, le Veilleur d'écran[s] se propose d'être votre guide à travers les saisons. Qu'il s'agisse d'une ancienne série aujourd'hui culte, d'un carton récent ou d'un show plus anonyme, cette chronique vous aidera à ne perdre votre temps qu'en bonne compagnie.

Accompagnez la lecture de cet article avec la musique de la série :

Westworld : Game of drones

J'ai toujours considéré que HBO était un gage de qualité lorsqu'il s'agissait de regarder une série. Production, narration, réalisation, tout y est généralement soigné, et quoi qu'il arrive, il y a toujours quelque chose à sauver des séries de Home Box Office.

Westworld ne fait pas exception à la règle. Diffusée depuis 2016, date à laquelle Game of Thrones approchait de son terme, elle portait en elle l'espoir de nombreux fans de profiter d'une nouvelle histoire épique sur laquelle reporter leur attention. Clin d'œil des réalisateurs ou véritable prise en compte de ces attentes, on retrouve d'ailleurs dans la série quelques subtiles références à la création de David Benioff et Daniel Brett Weiss .

Adaptation du film Westworld de Michael Crichton, réalisé en 1973 et sorti en France sous le nom Mondwest, la série a été annoncée 40 ans après l'œuvre originale, telle une réincarnation moderne après plusieurs projets non aboutis. CBS et la Warner Bros avaient en effet déjà tenté de surfer sur le film de Crichton, à l'instar d'Arnold Schwarzenegger au début des années 2000, avant que ce dernier ne se rétracte au moment de déposer sa candidature au poste de gouverneur de Californie.

Crée par Lisa Joy et Jonathan Nolan, la série Westworld qui nous intéresse aujourd'hui est une coproduction entre J.J. Abrams et Bryan Burk. Tous deux avaient déjà travaillé sur Alias, Lost : Les Disparus ou encore Fringe , se retrouvant donc ici du côté de HBO. Jonathan Nolan, qui a d'ailleurs co-écrit de nombreux films avec son frère Christopher, signe ici sa deuxième création télévisuelle, après l'excellente Person of Interest .

Aïe, Robot

Westworld met en scène le parc d'attractions géant du même nom dans lequel les visiteurs ont la possibilité de revivre l'époque du Far West. Ils y sont accompagnés de robots humanoïdes, plus vrais que nature, appelés « hôtes ».

Le principe pour les clients est simple : ils peuvent vivre comme les habitants de l'Ouest américain au 19e siècle sans subir les conséquences de leurs actes dans le monde réel. Ils découvrent ainsi un vaste terrain de jeu dans lequel les robots sont programmés pour faire un cycle d'actions et remis à zéro au terme de celui-ci.

Le parc regorge de quêtes annexes, à la manière d'un jeu vidéo, pour que les visiteurs puissent y passer plusieurs jours, voire davantage, et y revenir. Or, la mécanique bien huilée conçue par Delos, la société qui exploite le parc, commence petit à petit à se dérégler.

Peter Abernathy, un des hôtes du parc, se met à rencontrer divers bugs et ne parvient plus à réciter son programme. Il est visiblement touché par un virus, qui semble se répandre auprès d'autres robots, et différents dysfonctionnements viennent peu à peu perturber la bonne tenue de Westworld.

De nombreuses attractions au casting

Outre ses producteurs et créateurs réputés, la série a attiré de grands noms devant la caméra, avec un casting pioché directement à Hollywood. Deux grands noms du cinéma apparaissent régulièrement dans la série : Anthony Hopkins, mythique interprète de Hannibal Lecter, et Ed Harris, que l'on a pu voir dans Abyss, Apollo 13, The Truman Show ou encore Stalingrad.

Et le reste du casting est tout aussi exceptionnel, notamment avec une Evan Rachel Wood (À la Maison Blanche, True Blood) brillante dans le rôle d'un robot prenant conscience de son statut. On peut également évoquer le jeu toujours juste de James Marsden (X-Men, Le Majordome), Thandie Newton (Collision, RocknRolla), Tessa Thompson (Men in Black International, Marvel Cinematic Universe), Jeffrey Wright (sagas James Bond et Hunger Games), ou encore Aaron Paul (Breaking Bad) et Vincent Cassel (qu'on ne présente plus) à partir de la troisième saison.

Mais outre ces têtes d'affiche, c'est bien toute l'équipe derrière la série qui impressionne. Ramin Djawadi a ainsi été appelé pour composer la bande originale. Bien connu de HBO pour la signature sonore de Game of Thrones, et de Jonathan Nolan pour Person of Interest, le recrutement du compositeur allemand faisait sens.

Et en effet, son travail sur Westworld est tout bonnement phénoménal. Ce n'est pas la première fois que vous pouvez lire des propos dithyrambiques sur Ramin Djawadi dans cette chronique, mais je peux vous assurer qu'encore une fois, il le mérite. La justesse du thème et ses diverses variations, les musiques créées pour s'adapter aux différentes ambiances, la sophistication de ses compositions : rien n'est laissé au hasard, et le tout fonctionne à merveille, sans la moindre erreur.

En plus des compositions spécifiquement écrites pour la série, Ramin Djawadi a également réinterprété des classiques modernes, de la scène rock pour la plupart, au piano. Ainsi, on s'étonne à retrouver des chansons entièrement revues d'artistes aussi variés que Radiohead, Kanye West, Nirvana, Soundgarden, Chris Isaak ou encore The Rolling Stones. Et en plus de l'aspect ludique, qui nous pousse régulièrement à nous demander « quelle est cette chanson que je connais ? », devant notre télé, on découvre surtout des reprises bien pensées, toujours parfaitement exécutées et adaptées à leur scène.

Un monde à l'West

Toutefois, comme je le mentionnais au début de cet article, la série n'est pas exempte de tout reproche. La complexité de l'histoire, qui nous balade entre de nombreux arcs narratifs et deux périodes distinctes, peut notamment vite perdre le spectateur.

Il faut déjà s'accrocher en saison 1, alors que l'on suit plusieurs groupes de personnages, et que pointent les réflexions philosophiques liées à un parc échappant totalement au contrôle de son fondateur, Robert Ford (Anthony Hopkins) - notez d'ailleurs que ce nom est emprunté à un hors-la-loi américain du 19e siècle, célèbre pour avoir tué Jessie James.

La saison 2, elle, développe encore un peu plus les questionnements liés à diverses parties du parc, mais aussi à la rébellion des hôtes, et à la perte de contrôle de Westworld. De nouveaux enjeux sont soulevés, hélas, trop nombreux. Il est parfois très difficile de suivre pleinement toutes les intrigues, toutes les digressions narratives, et il arrive que la série elle-même se prenne les pieds dans le tapis en voulant entretenir ses mystères.

Ainsi, les sauts entre les époques ne sont pas toujours évidents à appréhender et, interrogés à ce propos, les créateurs de la série ont d'ailleurs admis sans sourciller que de par sa complexité, la série n'était pas destinée à un large public. Il est toutefois permis de douter de la compatibilité entre cet élitisme proclamé et la volonté de HBO de faire de Westworld une série box office…

Mais ne fuyez pas !! En réalité, la série se regarde très bien, et reprend même une narration un peu moins alambiquée en saison 3, marquant une nette évolution de l'environnement de la série. Surtout, les questions que se posent les personnages, qu'il s'agisse de créations humanoïdes reprenant conscience ou de leurs créateurs, et les critiques sociétales qu'aborde la série, sont loin d'être inintéressants, et assurément dans l'air du temps.

Le tout, très bavard, aurait simplement pu être allégé de certaines histoires secondaires, ce qui aurait permis à la série de gagner en fluidité, sans lui faire perdre sa pertinence en tant qu'œuvre.

Une forme parfaite, un fond complexe

En conclusion, je dirais qu'il faut parfois s'accrocher pour comprendre ce que l'on regarde, et en ce qui me concerne, j'ai parfois dû abandonner l'idée de comprendre l'intégralité des informations que m'envoyait la série.

Mais si elle est un peu prétentieuse par moments, Westworld est surtout une série très ambitieuse, dont la complexité est enveloppée dans un écrin esthétique parfait. La réalisation est toujours pertinente, la photographie est incroyable et les paysages (notamment ceux de l'Utah qui servent de cadre au parc) sont sublimes. Pour ne rien gâcher, la manière de filmer et de mettre en valeur chaque plan et chaque scène, renforce la dimension fascinante de la série.

Alors que les intelligences artificielles sont de plus en plus présentes dans nos vies et toujours plus développées, l'importance du propos de la série n'est pas à prouver. Accrochez-vous face au scénario, raccrochez-vous à la qualité artistique visuelle et sonore lorsque la série vous perd, et foncez : regardez Westworld.

Cette série est pour vous si :
- Vous êtes sensibles à la beauté d'une œuvre télévisuelle
- Vous aimez les scénarios alambiqués
- Les questionnements autour des IA vous intéressent
Cette série n'est pas pour vous si :
- Vous aimez faire autre chose pendant que vous regardez la télé
- Vous cherchez une série légère et facile à suivre
- Vous n'êtes pas du tout intéressés par les technologies robotiques

Les trois saisons de Westworld sont disponibles sur OCS et en support physique (DVD, Blu-Ray, 4K).

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