Terre… Siècle 24 : l’humanité face à l’IA responsable de son déclin

Après les spores tueuses d’Olivier Saraja , je vous propose d’aborder cette semaine un sujet ô combien classique de la SF : l’anéantissement de l'humain par une IA de sa propre création. Non, pas de Terminator au programme, mais Terre… Siècle 24 vaut quand même le coup d’œil !

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Nous nous donnons 5 citations et 5 paragraphes pour vous convaincre.

Terre… Siècle 24 (1959)

B.R. Russ

Hal 9000, Terminator, Agent Smith : le cinéma regorge d’excellentes références où les machines veulent la peau de leurs créateurs. Scientifiques et philosophes prédisent d’ailleurs l’avènement des IA dans quelques années, avec une « singularité » qui pourrait voir l’explosion des machines « intelligentes », lesquelles nous supplanterons dans les tâches du quotidien. Nous n’y sommes pas encore, fort heureusement. Et il se pourrait bien que le futur s’annonce différent, mais ça c’est une autre histoire.

Aujourd’hui, je vais rester simple. Nous allons parler de Terre… Siècle 24, un roman écrit dans les années 50 par B.R. Russ. J’ai profité de sa réédition en numérique en 2018 par les éditions L’Ivre Book pour me lancer dans sa lecture. Ceux et celles qui lisent régulièrement ma chronique savent à quel point j’adore ces vieux romans, écrits à une époque où la technologie tenait encore de la magie. Si le genre vous plaît aussi, n’hésitez d’ailleurs pas à lire Cal de Ter , l’un des meilleurs titres de cette glorieuse époque !

Mais revenons à nos moutons. Cette semaine, on va donc parler destruction de l’humanité, IA meurtrière et résistance acharnée pour la survie des humains. Bref, un programme fort appétissant; façon old school !

« Ce que j’ai à vous déclarer est très sérieux, et même passablement grave. »

Chers lecteurs, chères lectrices, bienvenue sur Terre. Je parle bien entendu de la Terre du futur, celle du 24e siècle, un monde où il fait bon vivre, où humains et machines vivent en harmonie. Aujourd’hui est un jour particulier, puisqu’il célèbre le couronnement des meilleurs étudiants du Pandoran Building. Ces jeunes hommes et femmes sont l’élite de la nation pandorienne, une poignée d’élus qui vont être amenés à rejoindre le centre névralgique qui contrôle le Cerel nommé Pandora.

À ce stade, peut-être devniez-vous plus ou moins ce qu’est ce fameux Cerel ou « Cerveau électronique ». Il s’agit en fait d'un gigantesque ordinateur qui assiste les humains dans leur gestion quotidienne des affaires d’importance. Chaque grande nation en possède un, chacun doté d'un caractère différent. Parce que oui, dans le futur les IA ont leurs petites humeurs. C’est d’ailleurs ce qui va constituer la base de notre histoire du jour.

Nos braves étudiants fraîchement émoulus vont vite découvrir le pourquoi du comment de leur nomination : contrôler d’une main de fer les IA afin qu’elle ne tentent pas à nouveau d’éradiquer l’humanité. Car il n’aura pas fallu attendre le 24e siècle pour voir l’avènement des machines. Dans son roman, B.R. Russ imagine l’explosion des IA dès la fin du XXe siècle. Bien qu’elles ne soient pas aussi complexes que dans le futur, ces agressives machines ont déclenché l’apocalypse sur Terre, faisant régresser l’humanité au stade de l’âge de pierre. C’est cette histoire que nos étudiants – et les lecteurs par la même occasion – vont découvrir tout au long de Terre… Siècle 24.

« Mon histoire si situe vers l’an 2060, c’est-à-dire plus de cinquante ans après les grandes catastrophes de la guerre atomique, donc à un moment où certains groupes humains à peu près dénués de tout, errants ou sédentaires, étaient quasiment retombés dans un état de sauvagerie primitive »

Après le premier chapitre qui nous dépeint un futur radieux, l’auteur francophone nous fait faire un grand bond en arrière. La Terre est alors ravagée, suite à de terribles conflits nucléaires. Les quelques poches de survivants s’accrochent tant bien que mal à la vie sur le peu de terres non radioactives qui reste. C’est l’une de ces « tribus » que nous allons suivre tout au long du roman et en particulier trois de ses membres : Del, Ram et Beïla.

Nos trois héros font partie de la tribu des Humphs. Ils vivent de chasse et de cueillette, suivent les ordres d’un chef aux méthodes brutales mais empreint d’une certaine justesse. Del et Ram sont toutefois surveillés de près à cause de leur propension à la curiosité pour le monde d’avant. Ils sont les seuls à connaître quelques bribes de lecture, et s’intéressent aussi de près à la mystérieuse déesse Pandora, qui brûle et rend malade les infidèles. En bref, bienvenue à la préhistoire façon SF !

Il est rare de voir des auteurs tenter l’aventure du retour dans le passé. Le contraste avec le début du roman est clairement frappant, ce qui offre une très belle immersion dans le livre de B.R. Russ. D’un monde high-tech quasi-utopique, on passe à un monde de style Mad Max néandertalien. Je vous laisse imaginer le choc d’un tel contraste, c’est très prenant !

« Une machine ? Qu’est-ce que c’est, une machine ? »

Poussant ses investigations un peu plus loin, Del constate que la « déesse » Pandora n’est pas une. Elle ressemble plutôt à l’une des machines décrites dans ces vieux livres de SF venus du monde pré-guerre… Et puis, quelles sont ces étranges lueurs qui jaillissent du sol à intervalle précis ? Que sont ces Hommes de fer qui surgissent peu à peu des terres irradiées ?

À ces questions, nous obtiendront peu à peu des réponses. Pandora, par exemple, n’est autre qu’une intelligence artificielle créée à la fin du XXe siècle. Abandonnée suite aux guerres atomiques, elle a suivi sa programmation consistant à fabriquer des missiles nucléaires et les balancer sur des cibles prédéterminées. Sauf qu’avec le temps, elle a commencé à penser par elle-même. D’abord en changeant de cible pour ses frappes, puis en lançant dans la nature des robots destinés à explorer et récolter des matière premières.

Tous ces évènements se dévoilent peu à peu à nous, dans un petit style old school propre aux productions des années 50, qui ravira les fans de vieille SF comme moi. Ici, pas de hard science à la Exodes  ou à la façon de La Flotte Perdue . Russ fait plutôt dans les robots humanoïdes un peu bêtes et tout chromés, comme on en croise dans les films de science-fiction d’antan. La bonne vieille époque quoi !

« Maintenant, c’est clair. Elle veut étudier l’Homme comme nous avons nous-même autrefois étudié les animaux »

Que fait une IA qui prend conscience d’elle-même et du monde qui l’entoure ? Apparemment, un peu comme les humains curieux : elle étudie tout ce qui passe à sa portée, y compris, évidemment, les humains. Les robots se mettent ainsi à capturer les Humphs, dont Beïla, la dulcinée de notre héros. Face à ça, Del n’a qu’une option : faire appel à l’aide des tribus du sud, plus intelligentes et mieux équipées que les Humphs.

Et la rencontre se déroule plus que bien. Il faut dire que les fameux « Hommes du sud » sont menés par un descendant de l’un des concepteurs de Pandora. S’il ne possède pas les mêmes connaissances que son ancêtre, il prend tout de même la mesure du danger que fait planer l’IA sur l’humanité. C’est ainsi que se met en place une expédition pour sauver les Humphs et neutraliser la machine.

Les choses s’accélèrent alors, pour nos héros et pour nous, lecteurs. On passe dans une phase plus teintée d'action : l’heure n’est plus aux interrogations et aux découvertes, ça va barder !

« Maintenant, dit Del Bregham, nous allons plonger dans les abîmes »

Vous vous en doutez, l'expédition des humains sera couronnée de réussite, malgré des pertes déchirantes. L’IA est ainsi placée en sommeil forcé, et une nouvelle ère s’ouvre pour le genre humain qui reprend contact, partout dans le monde, mettant au pas les autres machines disséminées sur Terre.

C’est sur cette fin, que nous retournons sur la Terre du 24e siècle. Forts de connaître la véritable histoire de l’humanité, les étudiants du Pandoran Building sont maintenant les seuls à savoir la vérité sur les Cerel : ce ne sont pas des machines dociles, bien loin de là. Maintenant qu’elles ont conscience de leur existence, elles ne rêvent que de se libérer de leurs chaînes afin de terminer leur œuvre de destruction.

C’est sur cette fin de roman pour le moins abrupte que se clôt cette chronique SF. J’espère que vous aurez pris autant de plaisir à la lire que j’en ai eu à l’écrire, et je vous dis à bientôt pour de nouvelles aventures futuristes. D’ici là, lisez et partagez votre amour de la SF !

Terre… Siècle 24 (1959) est édité en format numérique chez L’Ivre Book . Il est aussi disponible sur Amazon en version brochée .

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Modifié le 25/05/2021 à 17h59
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