Pourquoi OVH est condamnée à verser 100 000 euros à un client dont le serveur a brûlé lors de l’incendie de Strasbourg ?

Alexandre Boero
Par Alexandre Boero, Journaliste-reporter, responsable de l'actu.
Publié le 06 février 2023 à 17h45
© OVHCloud
© OVHCloud

Deux ans après les faits, le tribunal de commerce de Lille Métropole a rendu son verdict dans l'affaire opposant OVHCloud à l'un de ses clients de l'époque, Bati Courtage, qui avait définitivement perdu de nombreuses données.

Dans la nuit du 9 au 10 mars 2021, le centre de données SGB2 OVHCloud de Strasbourg partait en fumée. Le sinistre, qui n'avait fort heureusement fait aucun blessé, avait cependant causé la perte de nombreux serveurs, soulevant certaines lacunes en matière de sécurité incendie et mettant au centre de la table la question des responsabilités. Bati Courtage, l'une des sociétés ayant perdu un grand nombre de données dans l'incendie, s'était retournée contre OVHCloud. Il y a quelques jours, le tribunal de commerce de Lille Métropole a donné raison à l'entreprise requérante, condamnant l'hébergeur à lui verser plus de 100 000 euros.

Des sauvegardes stockées dans le bâtiment qui a brûlé

Bati Courtage a perdu gros dans cet incendie. Auprès de la juridiction lilloise, l'entreprise spécialisée dans le courtage en travaux immobiliers, qui pilote un réseau d'entrepreneurs indépendants, avait vu ses sites internet tomber, perturbant ainsi les activités de ses clients directs, mais aussi de ses franchisés. En mars 2021, il avait fallu reconstituer dans l'urgence les sites, tout cela grâce à des données antérieures que la société avait fort heureusement conservées.

Mais qu'en est-il des données détenues chez OVHCloud, alors ? Bati Courtage les avait bien réclamées, comme le prévoyait son option de sauvegarde, souscrite auprès de l'hébergeur. Sauf que la firme créée par Octave Klaba avait… perdu toutes les données, définitivement.

Comme l'indique le jugement consulté par nos confrères du Monde Informatique, « les sauvegardes étaient stockées dans le même bâtiment que celui où se trouvait le serveur principal intégralement détruit par l'incendie ».

Le tribunal reproche à OVHCloud de ne pas avoir mentionné le fait que la sauvegarde serait locale

À l'origine, Bati Courtage réclamait quelque 6,5 millions d'euros à OVHCloud, ses avocats estimant que cette somme, plutôt colossale, suffirait à compenser les préjudices subis. Notons qu'en 2018 (dernière année où cette donnée a été rendue publique), l'entreprise avait dégagé près de 2 millions d'euros de chiffre d'affaires.

Bati Courtage a fini par remporter son combat sur le terrain judiciaire. Le tribunal, au terme de 8 renvois, puis du délibéré tant attendu, indique avoir pris en compte la fameuse option de sauvegarde automatique souscrite par le plaignant. En revanche, la juridiction n'a pas retenu la faute lourde ni les graves manquements à la sécurité anti-incendie du centre de données strasbourgeois soulevés par le demandeur.

OVHCloud a notamment été pointée du doigt pour ne pas avoir indiqué dans son offre commerciale que la prestation comportait une sauvegarde « locale ». La société a été condamnée à verser 38 530 euros à Bati Courtage, au titre de l'indemnisation du préjudice financier subi pour l'année 2021, puis 26 472 euros pour perte d'un actif incorporel. À cela, il convient aussi d'ajouter 20 000 euros pour atteinte à l'image et d'autres indemnisations, pour un total atteignant les 100 000 euros. On ignore encore si OVHCloud, également sous le coup d'une procédure collective liée à l'incident, fera appel ou pas de cette décision de première instance.

Alexandre Boero
Par Alexandre Boero
Journaliste-reporter, responsable de l'actu

Journaliste, responsable de l'actualité de Clubic. En soutien direct du rédacteur en chef, je suis aussi le reporter et le vidéaste de la bande. Journaliste de formation, j'ai fait mes gammes à l'EJCAM, école reconnue par la profession, où j'ai bouclé mon Master avec une mention « Bien » et un mémoire sur les médias en poche.

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StephaneGotcha

Ils avaient 2 bitcoins dessus ? :slight_smile:

Nmut

Le titre m’a fait tiqué, il FAUT avoir un backup et un recovery plan.
Sauf que là, chez OVH ils ont bien merdé, les sauvegardes dans le même bâtiment! WTF?!? C’est possible ça? Déjà que sur un même site, c’est limite…

@StephaneGotcha Pourquoi pas! :stuck_out_tongue:
Mais ça peut aller super vite, les 100000€, c’est même vraiment faible je trouve.
Dans mon cas, pour 5 devs, on avait « juste » le repo du code => création nouveau serveur + restauration du backup de la veille, un serveur de licence => utilisateurs bloqués, base d’incidents techniques (spammée dès le retour online :-P). On a perdu pas mal de temps dans la recherche d’un fournisseur alternatif (c’était la ruée partout), la restauration, le support aux utilisateurs, et la perte de prod sur 2 jours. J’imagine qu’une grosse boite qui perd des ventes, voir des clients, et en plus n’a pas de backup disponible, ça doit piquer sévèrement.

merotic

Et dire que les prix gonflent fortement chez OVH et on ne sent plus vraiment en sécurité.

Le service est à revoir.

Je fais des sauvegardes entre continents en plus de local mais si tout OVH plante surtout en Cloud, alors là, on tombe des nues .

Laurent_Marandet

J’ai quitté le housing d’OVH à Paris 19 (DC1) au bout de 10 ans, quand j’ai vu qu’ils ne changeaient même plus les ampoules grillées dans les toilettes et qu’une porte sécurisée s’ouvrait sans badge (ventouse électromagnétique en panne) et n’était pas réparée trois mois après. Au moins à Paris, il y avait des extincteurs automatiques à gaz, ce qui n’était pas le cas dans le datacenter bricolé de Strasbourg.

Ayant passé trois mois à travailler dans un container équipé par Siemens pour le broadcast pendant la coupe du monde 2002 en Corée du Sud, je peux dire qu’un container ce n’est vraiment pas très bien adapté à héberger des équipements informatiques ou vidéo broadcast !

Maintenant, je suis depuis 2 ans chez Jaguar Network à Marseille, c’est l’hôtel 4 étoiles vs Le Formule 1. C’est plus cher, mais c’est plus rassurant, en espérant que le rachat par Free ne va pas tout gâcher par la suite.

Pour ce qui est des 100 000 euros que doit payer OVH, je trouve cela très insuffisant en regard du préjudice.

pocketalex

vécu : une employée difficile, dont à un moment vous vous séparez (avec un dossier sérieux) et qui décide de vous trainer aux prud’hommes et demande … 70 000€ !!!
(elle a perdu, mais comme aux prud’hommes un salarié gagne toujours, même si il/elle a tort, elle a récolté un peu quand même)

C’était dans une petite PME de 15 personnes, juste le cas d’un employé qui réclame un peu de ronds.

Alors là, 100 000€ pour avoir paumé toute les datas d’une grosse boite, mais c’est RIEN DU TOUT

Ils auraient du recevoir des millions

DrCarter95

Ici Japon avait perdu pas mal de chiffre d’affaires aussi il me semble avec pas mal de commandes Candy San perdues :open_mouth:

k43l

Ça veut dire quoi elle a perdu mais gagner quand même ?
À moins d’avoir une faute lourde c’est juste ses indemnités.

Contrairement à la pensée populaire, une perte ça se justifie et pas au pifomètre.
Demander 3 fois le CA c’est osé.
Et surtout ça se calcul…
Par rapport à l’année n-1, n jusqu’à l’incident et n post incident les effets et les pertes direct et indirect.
Leur chance était d’avoir une sauvegarde même si on sait pas de quelle année. Leur malchance et était d’avoir été vigilants sur ce point et se rétablir plutôt bien.
Même en ayant fait couler la boîte il n’aurait pas eu plus que le CA et peut-être une partie de l’année n+1.
Principe de réparation intégrale.

jvachez

L’éternel problème de la justice individuelle ! Dans ce genre de situation il faudrait prévoir un dédommagement automatique de tous ceux qui avaient un serveur chez OVH.
La justice individuelle va même à l’encontre des principes de la France, elle est où l’égalité si seule une victime est dédommagée ?

pocketalex

c’était un exemple pour démontrer le ridicule du montant de l’indemnité au regard des différentes sommes qu’une boite est amenée à entrer et sortir, de son volume de CA (ici bien plus important que 100 000€)

Et oui concernant notre ex-salariée, elle a perdu. Mais les prud’homme ont trouvé quand même un os à ronger en oscultant le contrat de travail et en trouvant une ligne mal écrite, donc un moyen de gratter des thunes, ce qui lui a permit de partir avec une petite somme quand même… mais loin des 70 000€ demandés

Et heureusement, tu imagines si chaque salarié pouvait foutre la m… dans une petite PME puis l’attaquer pour demander 5 ans de bénéfices à chaque fois ?