Avec 254 satellites, OneWeb couvre entièrement le nord (et attire les fonds)

Eric Bottlaender
Spécialiste espace
02 juillet 2021 à 10h38
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Oneweb.jpg © Oneweb satellites
Vue d'artiste d'un satellite OneWeb avec son moteur allumé. © OneWeb

Quel rebond ! Moins d'un an après l'annonce du rachat de OneWeb, alors en faillite, l'entreprise vient de réussir, grâce à son partenariat avec Arianespace, cinq lancements consécutifs. Avec 254 satellites, son réseau couvre toutes les zones au nord du 50e degré de latitude. Et cette fois, les fonds affluent.

Prochaine étape, l'hémisphère Sud ?

36 de plus, donc 254

14 h 48 (Paris), au crépuscule de ce 1er juillet sur le site de lancement de Vostotchnyi : les moteurs de Soyouz 2.1b rugissent avant que le lanceur ne s'élance au-dessus des conifères dans une clarté orangée. Le décollage est un classique russe maîtrisé. Une dizaine de minutes plus tard, c'est l'étage supérieur Fregat qui se charge de transporter les 36 satellites sur l'exacte orbite visée, puis d'éjecter les satellites par paire ou quatuor. La séquence dure quatre heures, mais les Russes n'en sont plus à leur coup d'essai. Depuis décembre dernier, c'est le cinquième lancement d'affilée depuis le site de Vostotchnyi, isolé dans l'Est russe près de la frontière chinoise… Et les décollages OneWeb y sont devenus la routine.

Avec les 6 satellites prototypes envoyés en 2019, puis les 68 satellites qui ont décollé début 2020, la constellation atteint à présent les 254 unités en orbite polaire. Un petit exploit un an après la faillite, avec une chaîne de production qui tourne à un rythme de croisière dépassant un satellite (150 kg) produit chaque jour sur le site accolé au Centre Spatial Kennedy, sur la Space Coast . Il faudra tenir : en tout, il devrait rester 10 lancements.

Le maillage, c'est chronophage

Il faudra du temps pour que les 254 satellites soient tous en place au sein du maillage orbital de la constellation OneWeb. Car c'est un véritable réseau qu'il faut construire, en espaçant précisément les satellites, en les positionnant, en s'assurant qu'il est possible de les redéployer en cas de panne. Sans oublier de gérer les débris.

Et puis, tout simplement, il leur faut rejoindre leur altitude opérationnelle. L'éjection des « grappes » de 36 satellites est menée à environ 550 km du sol terrestre… Mais la constellation opère à 1 200 km d'altitude ! Pour rejoindre les autres satellites, il faut donc que les unités allument leurs petits moteurs ioniques-électriques durant plusieurs mois.

OneWeb décollage n°9 © Roscosmos
"Hello North Pole" est-il écrit sur la coiffe. Vostotchnyi supporte très bien ce nouveau rythme d'un tir par mois ! © Roscosmos

Par conséquent, même si le pari de OneWeb, qui a baptisé l'opération « 5 to 50 » est déjà réussi, la couverture « effective » de toutes les zones au-delà du 50e degré de latitude nord ne démarre qu'à l'automne… Et le service payant de OneWeb avec ! Rappelons que ce dernier n'est pas directement en prise avec le client comme Starlink, mais s'appuie sur les opérateurs locaux qui fournissent l'infrastructure au sol, OneWeb les connectant au réseau mondial via ses satellites.

Qui veut 500 millions ?

La bonne santé et les prospects importants de la constellation attirent les investisseurs. Rappelons que les deux « propriétaires » de OneWeb, là pour sortir l'entreprise de la faillite, sont le gouvernement anglais et l'opérateur mobile indien Bharti Global (environ 500 millions chacun). À la fin du printemps, le géant des télécom français Eutelsat avait à son tour placé 550 millions pour obtenir des parts de l'entreprise… Une surprise, étant donné qu'Eutelsat prônait jusqu'ici un modèle fondé sur de grandes unités en orbite géostationnaire. Mais ce n'est pas terminé, d'autant que l'on sait que pour préparer une constellation géante de ce genre, il faut injecter milliards sur milliards.

Résultat, le 29 juin, Bharti Global a exercé une option et a de nouveau investi 500 millions supplémentaires, pour bénéficier à présent de 38,6 % de l'entreprise. Assez pour façonner un géant de la connectivité en orbite basse ? Reste à savoir si le groupe survivra à la concurrence, si son modèle commercial est effectivement viable et si les astronomes (qui restent pénalisés par Starlink, mais aussi par OneWeb) auront un jour leur voix entendues internationalement.

Source : SpaceNews

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Fodger
Quel rebond ! Quelle connerie oui ! La périphérie est de plus en plus surchargée, en plus de sur polluer notre notre mère à tous, on pollue aussi l’espace.<br /> L’homme décidément est dans l’autodescrution.
clockover
Et les prophètes de l’apocalyse <br /> Il y a en a toujours eu un peu comme le plus vieux métier du monde…
Fodger
Non résonnement simpliste.
calude_vincent
ils devraient envoyer plutôt des grappes de satellites avec filets pour dégager le ciel et laisser le droit à la nature de contempler le ciel vierge. une fois la mission terminée, ils pourraient se diriger vers le soleil pour y être détruits tout en continuant d’apporter des informations inédites de notre étoile.
clockover
L’avis totalement WTF niveau ingénierie.
Pck
@ Eric Bottlaender<br /> Comparé à Starlink:<br /> Orbite plus élevée pour OneWeb=&gt; Beaucoup moins de satellites que Starlink: ça, c’est un gros plus (vis à vis du syndrome de Kessler…) mais qui se paie : Plus de temps à «&nbsp;mailler&nbsp;» , plus d’énergie pour monter (puis à terme, redescendre) et latence plus grande,non?<br /> Par contre orbite polaire pour OneWeb (d’où les 50° de lat nord avec 250 sats) vs inclinaison 53° pour Starlink, là, j’ai pas d’idée de comparaison…(Mise à part que plus on est à l’équateur pour OneWeb , plus il faut plus de satellites…)<br /> Je n’ai pas trop d’idée non plus sur un comparatif quantitatif des stations terrestres nécessaires…<br /> Peut être pas les mêmes cibles commerciales : IOT (OneWeb) vs Internet (humain) (Starlink) ???<br /> Bref, un comparatif entre les deux constellations rivales serait sympa
ebottlaender
En réalité, même si elles «&nbsp;font&nbsp;» la même chose au final (c’est à dire envoyer des satellites de connectivité) les deux boites ont des objectifs et des techniques qui sont si différentes que les comparer a de moins en moins d’intérêt. On peut le voir comme ça, OneWeb utilise des satellites pour faire de l’infrastructure Web (relativement proche du client, mais via un opérateur au sol) quand Starlink est opérateur. Quasiment tout est différent, orbites, approche des possibles pertes, impact pour les astronomes, maillage, liaisons, approche commerciale, etc.<br /> J’avais fait un article sur Starlink qui revenait à l’origine des deux constellations rivales, et c’est vrai que c’est à ce moment là qu’on les a beaucoup opposées, mais depuis l’année dernière ce sont deux chemins vraiment différents.
Martin_Penwald
Ça n’est pas fondamentalement idiot. Il me semble que la NASA travaille sur l’idée d’utiliser un cratère lunaire comme base pour un [radio?] télescope géant.<br /> Par contre, ça demande d’établir une base permanente dotée d’un minimum d’autonomie tant au niveau de la bouffe que des capacités industrielles (pour la maintenance, voire une partie de la construction).<br /> Ah ben tiens, le v’là :<br /> NASA<br /> Lunar Crater Radio Telescope (LCRT) on the Far-Side of the Moon<br /> Lunar Crater Radio Telescope (LCRT) on the Far-Side of the Moon<br />
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