Une photo HD de votre satellite en orbite ? Maxar en a peut-être déjà une !

Eric Bottlaender
Spécialiste espace
05 avril 2023 à 09h15
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Le satellite d'observation de la Terre Landsat-8, photographié à presque 110 km de distance. Crédits Maxar
Le satellite d'observation de la Terre Landsat-8, photographié à presque 110 km de distance. Crédits Maxar

En publiant une impressionnante série de photographies du satellite d'observation Landsat-8 en orbite, Maxar est venu rappeler au public qu'une telle capacité est désormais possible pour un opérateur commercial. Les premiers clients seront militaires, mais l'outil en place ne servira pas qu'aux espions.

Techniquement, le résultat est bluffant.

Qui veut une petite photo ?

C'est une série de clichés qui démarre à plus d'une centaine de kilomètres de distance, avec une précision supérieure à 6 centimètres par pixel. Landsat-8 est là, panneau solaire déployé, et l'on distingue sans problème le panneau de protection contre les radiations solaires de l'instrument infrarouge TIRS. La photo est prise depuis l'orbite, à environ 614 kilomètres d'altitude, alors même que les vitesses relatives des deux satellites sont à quatre chiffres. Les détails, le focus, les couleurs : la photographie est superbe. Maxar dispose depuis l'année dernière de l'autorisation américaine de vendre commercialement des clichés d'autres véhicules en orbite, un service que l'opérateur veut mettre en avant. Car il ne s'agit pas que de belles photos de l'ISS, de Hubble ou de la station spatiale chinoise, les trois unités les plus connues actuellement en orbite basse. En montrant la qualité avec un satellite « classique » (bien qu'imposant) d'une agence publique, Maxar veut attirer l'attention des militaires et des opérateurs.

Les espions, oui, mais pas que

Car bien sûr, ce n'est pas la première fois qu'un satellite d'observation spécialisé prend en photo un de ses congénères en orbite. Cela requiert des capacités de suivi très évoluées, une optique capable de réglages très dynamiques et une sensibilité importante des capteurs (sans oublier une gestion du cache, le Soleil lui, ne pardonne pas la mauvaise manœuvre)… Mais c'est possible pour plusieurs grandes agences depuis les années 90. On se souviendra que les satellites espions américains exerçaient leurs capacités en prenant des clichés des navettes de la NASA. Pour autant, ces capacités sont aujourd'hui amplement réservées aux États et encore, un minuscule échantillon des puissances spatiales (la France en fait partie, il est possible que les satellites espions CSO disposent de cet outil). Avec Worldview-3, qui est l'un des satellites commerciaux d'observation de la Terre les plus performants au monde, mais aussi avec ses futures unités Worldview-Legion, Maxar veut proposer ce service « en orbite » à tous… Ou du moins, à tous ceux dont le partenariat est autorisé.

L'ISS, photographiée à plus de 250 km de distance par Worldview-3. Crédits Maxar
L'ISS, photographiée à plus de 250 km de distance par Worldview-3. Crédits Maxar

Space paparazzi

Car pour les opérateurs privés aussi, ce nouveau service a un avantage… Et pas que pour observer les unités de ses concurrents ! Non, il s'agit aussi de faire le bilan avec ses propres satellites. Une perte de contact suspecte ? Un capteur qui indique une fuite ? En les photographiant, c'est le meilleur moyen de savoir s'ils n'ont pas été victimes d'une collision. Sans oublier le marché futur (mais toujours grandissant) de la gestion des débris en orbite. Les radars informent sur la taille des pièces et leur rotation éventuelle… Mais l'image sera déterminante pour savoir dans quel état sont les morceaux que l'on viendra désorbiter. Avec une résolution de quelques centimètres seulement, l'identification sera plus aisée. Sans oublier les éventuels litiges en cas d'approche trop invasive d'un satellite « butineur ». Un télescope commercial à haute résolution en orbite est utile, et maintenant, la Terre n'est plus le seul marché.

Source : spacenews

Eric Bottlaender

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Je suis un "space writer" ! Ingénieur et spécialisé espace, j'écris et je partage ma passion de l'exploration spatiale depuis 2014 (articles, presse papier, CNES, bouquins). N'hésitez pas à me poser v...

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Je suis un "space writer" ! Ingénieur et spécialisé espace, j'écris et je partage ma passion de l'exploration spatiale depuis 2014 (articles, presse papier, CNES, bouquins). N'hésitez pas à me poser vos questions !

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Commentaires (5)

twist_oliver
Le libre accès à l’information est une bonne chose et le fait que ce type de clichés ne soient plus réservés à certaines agences d’état va dans le bon sens.
FlavienS
« alors même que les vitesses relatives des deux satellites sont à quatre chiffres »<br /> Du coup, la vitesse relative est supérieur à 1000km/h ? Ou 1000m/s ?
ebottlaender
Bah 1000 m/s ce n’est que 3600 km/h, l’ordre de grandeur est le même <br /> A priori tout de même c’est moins ici, même si j’ai eu la flemme de faire le calcul. La différence d’orbite entre les deux véhicules est relativement faible : 1 à 2 degrés d’inclinaison et entre 80 et 100 km d’altitude.
xryl
0.000 al/s, avec l’arrondi. Et c’est valable pour tout ce que construit l’humain.
Korgen
L’ordre de grandeur change à partir de 3000 m/s
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