Indiescovery #9 | Feudal Alloy... tape dans le dur

Kevin Gainche
Spécialiste gaming
01 février 2019 à 18h31
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Indiescovery 9

Indiescovery, c'est votre rendez-vous avec le jeu vidéo indépendant. Une chronique libre rédigée avec passion après 2h12 de jeu exactement. Si on vous en parle, c'est qu'on a aimé. Bonne découverte !

Avant propos

Où l'on parle d'apprentissage...

Si l'on remonte « quelques » années en arrière, à la première moitié de l'existence du jeu vidéo, impossible de ne pas se souvenir de la difficulté des jeux de l'époque. En partie héritée de l'arcade - ou la difficulté du jeu était quand même là pour nous faire dépenser nos piécettes les unes après les autres - elle était également dictée par les canons du jeu vidéo de l'époque.

En outre, on se rappelle de la pléthore de titres à la complexité mal ajustée, aux commandes bancales, au gameplay sommaire ou aux mécaniques de jeux profondément injustes - Oui, injustes - qui nous ont fait jeter la manette de rage, abandonner des parties en criant... ou tout autre comportement haut en couleur prompt à accoucher de vidéos savoureuses sur les internets.

« L'apparition de la sauvegarde manuelle, puis la sauvegarde automatique, la visée assistée, ou encore l'auto-régénération de la vie dans les FPS »


Au fil des années toutefois, cette difficulté s'est amoindrie. Dans l'ensemble, les jeux sont devenus plus simples car plus aboutis mais aussi pour rendre l'acheteur plus heureux - marketing oblige. L'apparition de la sauvegarde manuelle, puis la sauvegarde automatique, la visée assistée, ou encore l'auto-régénération de la vie dans les FPS ont permis de simplifier la vie des joueurs. À tel point que l'on se met maintenant, moi le premier, à râler devant la moindre anicroche qui contrarie une partie bien huilée.

La dernière fois que j'ai lancé Morrowind - fabuleux jeu sur lequel j'ai passé des dizaines et des dizaines d'heures usant et abusant de F5 et F9 pour corriger mes erreurs (TMTC) - j'avais encore en tête comment, devenu chef de la maison Hlaalu et de toutes les guildes de la contrée, j'étais capable de naviguer, à l'aise, parmi des milliards de braillards des falaises extrêmement belliqueux. Or, quelle ne fut pas ma consternation, quand, à peine arrivé à Seyda Nihyn (la ville de départ donc), je me suis fait décabaner par un simple crabe de vases.... aka l'ennemi le plus pathétique du jeu.

Indiescovery 9
Feudal Alloy possède un style graphique dessiné à la main plus que charmant

La raison ? Depuis Morrowind, j'avais passé une bonne centaine d'heures sur Oblivion, puis sur Skyrim, épisodes plus récents de la saga des Elder Scrolls. Des épisodes qui ont tous à leur manière, et sans être mauvais, édulcoré la formule de Morrowind. En rendant le jeu et ses mécaniques plus simples, en m'installant dans une sorte de routine confortable, j'avais perdu une bonne partie des réflexes acquis à l'époque, une sorte de « savoir-faire » nécessaire pour survivre dans l'environnement hostile de ces vieux titres qui ne laissaient rien au hasard, et pardonnaient beaucoup moins de choses que leurs équivalents modernes.

Pendant un temps, il faut se le dire, les jeux sont devenus plus simples, un bien de consommation courante que l'on dégomme en quelques heures sans presque y réfléchir, que l'on traverse d'une traite, presque automatiquement. La difficulté, celle qui nous pousse dans nos derniers retranchements, qui nous fait progresser, qui nous apprend la résilience, était presque morte.

« Et c'est là qu'est apparue une nouvelle génération de développeurs, bien décidés à redonner ses lettres de noblesse à la difficulté. »


Et c'est là qu'est apparue une nouvelle génération de développeurs, bien décidés à redonner ses lettres de noblesse à la difficulté. Difficile de ne pas évoquer Hidetaka Miyazaki, le père de la série des Dark Souls qui a dès le début du projet mis la rudesse au centre de son jeu. Gameplay aride, qui ne laisse que peu de place à l'erreur. Monde tentaculaire, qui ne se livre pas facilement au joueur. Combats de boss techniques à l'extrême qui demanderont de nombreux essais et une étude soigneuse des déplacements et motifs d'attaques. Autant d'éléments qui poussent le joueur à devoir se réinvestir complètement dans le jeu.

Mais il n'est pas le seul à avoir adopté cette démarche. Chez nos amis les indépendants, la Team Meat et son Super Meat Boy, plateformer au rythme effréné qui demandera des dizaines et des dizaines d'essais à chaque niveau est de la même trempe. Des titres tels que Trial et sa physique à s'arracher les cheveux, Mushihimesama et ses boulettes par milliers, encore l'extrême I Wanna be the Guy et tant d'autres participent à ce renouveau de la difficulté. Néanmoins, et c'est extrêmement important, ils ne sont pas difficiles juste pour être difficiles.

Chacun de ces titres a pour lui d'être parfaitement pensé, ajusté au millimètre près, afin de proposer une expérience de jeu qui repose sur l'apprentissage. Chacun des titres évoqués mettra vos capacités à rude épreuve, vous forçant à progresser pour les vaincre. Chaque minute passée au sein de l'un de ces titres vous permettra de vous améliorer, d'appréhender en profondeur les règles qui le régissent. Vos réflexes s'aiguiseront (merci la mémoire musculaire), et vous deviendrez meilleurs, plus efficaces. À tel point que lorsque vous irez refaire un niveau sur lequel vous aviez galéré quelques heures auparavant, vous vous surprendrez à le démolir sans même y réfléchir.

Il n'y a rien de mal avec la difficulté, au contraire même. Il faut toutefois qu'elle soit bien dosée, et constructive, qu'elle vous accompagne pour vous faire progresser, et vous rendre meilleur.

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Le marchand, votre nouveau meilleur ami si vous souhaitez survivre

Ce renouveau de la difficulté est particulièrement visible ces dernières années, en particulier chez les développeurs indépendants. L'émergence des Rogue Like, Metroidvania et autres Plateformers hardcore en sont un signe plus qu'apparent. Hollow Knight, The Binding of Isaac Rebirth, Celeste, Fury, Hyper Light Drifter, Rogue Legacy, Dead Cells, VVVVVV, FTL, Spelunky et autres Slay the Spire ou Darkest Dungeon sont autant d'exemples de cette nouvelle génération de titres qui vous en feront voir de toutes les couleurs, mais que vous prendrez plaisir à découvrir, car ils ne sont pas injustes. Chaque session de jeu, sera l'occasion de progresser, de vous améliorer et de prendre plaisir à voir que vos devenez meilleur au fil du temps. Et pour ne rien gâcher, chacun des titres cités ci-dessus est un petit bijou dans son genre, donc si vous ne savez pas quoi faire ce weekend, voilà une liste de titres que je (et toute personne de bon gout) vous conseille de découvrir sans plus attendre.

Feudal Alloy

par Attu Games (2019)

Mais aujourd'hui, c'est de Feudal Alloy que nous avons décidé de vous parler, un Metroidvania créé par les deux Tchèques d'Attu Games.

Le terme barbare de Metroidvania, contraction de Metroid et Castlevania, désigne globalement les titres qui adoptent le mode de progression défini par ces deux jeux. En l'occurrence, il s'agit de mondes interconnectés que vous pourrez visiter à l'envi. Au départ, certaines sections dudit monde seront toutefois inaccessibles, et vous devrez posséder des capacités particulières (double-saut, munition spéciale, capacité à nager ou tout autre élément voulu par les développeurs) afin de pouvoir les rejoindre. Au fur et à mesure de l'exploration, et de la progression de votre avatar, vous pourrez ainsi découvrir de plus en plus de parties du monde, jusqu'à pouvoir accéder à la fin. Un titre comme Hollow Knight, que nous avons évoqué un peu plus haut en est la parfaite illustration (et par pitié, jouez-y, ce jeu est un chef d'œuvre. Vraiment).

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l'inventaire, un peu brouillon, mais rien que pour voir son robot médiéval, cela vaut le coup

Feudal Alloy donc, adopte la forme d'un Metroidvania pur jus, avec son monde qui se dévoile et se débloque petit à petit, au fil de vos découvertes et de votre exploration. Et quel monde ! Les deux compères d'Attu Games nous dépeignent en effet un univers à cheval entre le moyen-âge et le steampunk, peuplé de robots-chevaliers, dont la tête est constituée d'un aquarium. Ont-ils une conscience propre ? Les poissons sont-ils un ornement ? Ou au contraire, sont-ils les pilotes de ces corps robotiques ? Nous ne le saurons sans doute jamais, et ce n'est au final pas si grave. Pour ne rien gâcher, la direction artistique (qui rappelle fortement le style des gravures médiévales) ainsi que la musique, du même acabit, constituent un véritable régal pour les yeux et les oreilles.

« Et les premières heures vont vous en faire voir de toutes les couleurs. »


C'est dans la peau d'Attu, un robot qui passe ses journées à s'occuper d'une sorte de maison de retraite pour robots vieillissants, que vous commencerez l'aventure. Suite au vol des souvenirs des résidents (et de l'huile nécessaire à leur entretien) par une bande de malandrins, notre vaillant héros se mettra à leur poursuite. L'occasion pour vous de partir explorer un monde sauvage, peuplé d'ennemis en tous genres, de donjons à explorer et de trésors à découvrir. Un Metroidvania tout ce qu'il y a de plus classique on vous dit. Enfin presque, parce que le premier contact avec Feudal Alloy est particulièrement rude. Et les premières heures vont vous en faire voir de toutes les couleurs.

Car Attu n'est pas un guerrier, loin de là. Au départ, il est tout juste bon à sauter et balancer des coups d'épée. Enfin pas trop, parce que la jauge de surchauffe vous indiquera rapidement que vous ne pouvez pas balancer votre lame à tort et à travers sous peine de vous retrouver dans l'incapacité de lever les bras. Un fait qui, vous en conviendrez, s'avère particulièrement dangereux lorsque vous êtes face à des adversaires belliqueux.

Histoire d'en rajouter une couche, le bougre s'avère incapable de parer les coups adverses, ou de réaliser la moindre esquive, ce qui vous forcera à pratiquer la célèbre technique du « courage fuyons » sous peine de vite périr sous les coups des adversaires qui, en plus d'être belliqueux au possible, sont pour certains capable de vous infliger de gros dégâts sans prévenir. Et s'il existe des potions capables de vous redonner de la santé, ou de geler temporairement votre jauge de surchauffe (qui agit comme la première barre de stamina venue), ces dernières sont bien rares, et vous devrez bien souvent aller dépenser vos deniers chez le marchand du coin sous peine de décéder promptement au milieu de nulle part.

Indiescovery 9
Le premier combat de boss vous fera sans doute rager. Mais c'est normal. Et vous allez aimer ça.

Histoire d'en rajouter une couche, le monde est labyrinthique, avec de nombreux culs-de-sac que vous ne pourrez pas déboucher avant d'avoir obtenu le pouvoir ou la clef ad hoc.

Comme je l'ai dit, le premier contact est rude, frustrant même, et à même occasionné chez moi quelques crises de rages incontrôlées qui m'ont poussé à copieusement insulter mon écran. Pourtant, en s'armant de patience, et prenant le temps de comprendre le fonctionnement du jeu, il se dévoile petit à petit pour laisser place à un jeu aux mécaniques bien huilées et très satisfaisantes.

Il faut du temps pour que Feudal Alloy se révèle, et la tentation de l'abandonner au vu des premiers pics de difficulté peut être forte, habitués que nous sommes à des titres qui nous facilitent la tâche par des débuts tous cuits, qui nous donnent toutes les clefs pour avancer. Feudal Alloy se mérite, et comme tous les jeux de sa trempe, c'est en insistant un peu qu'il s'apprécie.

« laissez-vous emporter par cette difficulté qui peut paraître moins incitative au premier abord »


Morale de l'histoire ? Prenez le temps et laissez-vous emporter par cette difficulté qui peut paraître moins incitative, au premier abord. Bien souvent, vous y trouverez votre compte, et sortirez satisfait au terme d'une session de jeu particulièrement éprouvante. Jouez à des jeux difficiles, frottez-vous à des gameplay âpres, mais parfaitement exécutés, car « à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire », ou, en tout cas, avec moins de plaisir.

On vous laisse avec ce trailer du jeu (déjà disponible sur Steam) :
Modifié le 26/02/2019 à 17h40
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