Mr. Robot : phénomène de société et piratage d'attention

Forte, notamment, de riches partis pris visuels et de méthodes narratives osées, qui lui permettent de raconter avec brio une histoire sociétale complexe et réaliste, Mr. Robot est assurément devenue l'une des séries majeures de ces dernières années. Aussi, comme toute grande série un peu atypique, elle a ses fans, mais aussi ses détracteurs. Et figurez-vous que je suis un peu dans les deux camps.

Le veilleur d'écran[s] S07E01 📺 : Mr. Robot

Dans un contexte où l'offre en matière de séries n'a jamais été aussi pléthorique, le Veilleur d'écran[s] se propose d'être votre guide à travers les saisons. Qu'il s'agisse d'une ancienne série aujourd'hui culte, d'un carton récent ou d'un show plus anonyme, cette chronique vous aidera à ne perdre votre temps qu'en bonne compagnie.

Accompagnez la lecture de cet article avec la musique de la série :

Mr. Robot comme un lavabot

Cette chronique dédiée aux séries TV approche doucement mais sûrement de ses deux ans d'existence (!). Vous pourriez donc être en droit de vous demander pourquoi j'ai pris autant de temps pour évoquer Mr. Robot, une série non seulement acclamée par la critique, mais aussi toute désignée pour le lectorat de Clubic de par ses thématiques informatiques et technologiques. L'explication est simple : j'ai beaucoup hésité.

À cause de sa popularité d'abord, la série n'attendant pas un nouveau coup de projecteur. Mais aussi et surtout parce que j'ai autant détesté qu'adoré Mr. Robot. J'ai subi cette série comme elle m'a émerveillé, entre passages incroyables et moments pénibles. Mr. Robot est une œuvre comme aucune autre, et c'est pour moi une qualité autant qu'un défaut.

Il faut cependant noter que j'ai regardé la série tout au long de sa diffusion à partir de 2015, ce qui explique - partiellement - pourquoi j'ai pu me perdre dans son histoire (et donc indirectement m'ennuyer). Si vous regardez aujourd'hui tous les épisodes à la suite, nul doute que vous devriez en profiter plus que moi.

You hear that, Mr Alderson ? That is the sound of inevitability

Dans Mr. Robot, le spectateur suit Elliot Alderson (incarné par l'incroyable et désormais reconnu Rami Malek), un ingénieur informatique spécialisé en sécurité travaillant pour Allsafe Security, une société new-yorkaise… Et il va être difficile d'en dire beaucoup plus sur la série de Sam Esmail sans trop rentrer dans la zone des spoilers.

Mr. Robot © USA Network

Dans les grandes lignes, notre héros, solitaire et dépressif, est également un « justicier » qui utilise ses talents de hacker pour aider celles et ceux qui en ont besoin. Il va ainsi rencontrer le mystérieux « Mr. Robot », qui va le recruter au sein du groupe FSociety (l'équivalent de nos Anonymous). Cette organisation souhaite rétablir l'équilibre dans la société en détruisant les entités les plus puissantes, à commencer par le conglomérat E Corp, dont fait partie Allsafe Security.

Hacking profite le crime ?

Au cours de ses quatre saisons, Mr. Robot explore de façon approfondie et réaliste tant de sujets qu'il faudrait presque lui consacrer deux chroniques pour être exhaustif. Aussi, nous nous attarderons en priorité sur les deux éléments qui composent le cœur de l'œuvre.

La série est avant tout une critique acerbe, et un brin déprimante, de la société contemporaine. Dominé par les banques et les grosses firmes, le monde dépeint par Mr. Robot est relativement identique au nôtre. Les personnes essayant de faire changer les choses côtoient celles qui s'y complaisent et les 1 %, cyniques et sans pitié, qui ont le pouvoir et comptent bien le garder.

« Mr. Robot jouit toujours de l'une, pour ne pas dire de LA meilleure réalisation vue sur le petit écran »

Pertinente et virulente sur ce sujet, la série n'oublie pas d'être rigoureusement réaliste lorsqu'elle traite des questions liées à l'informatique. Les plus pointilleux apprécieront sans nul doute l'effort des scénaristes et du casting lors des phases de hacking, pour une fois plausibles et recherchées ; les moins connaisseurs, eux, n'auront qu'à se laisser porter par l'intensité de ces scènes.

Au cœur de cette critique sociétale assez générale, Mr. Robot sait aussi se faire beaucoup plus intimiste. La plupart des personnages développés sont extrêmement complexes, voire torturés ou même affectés de troubles mentaux à différents niveaux. Ce dernier élément est d'ailleurs l'un des autres sujets de fond de la série, toujours traité avec justesse et finesse.

Mr. Robot © USA Network

C'est d'ailleurs le cas de Elliot, mais aussi de sa sœur Darlene (Carly Chaikin) ou encore de sa meilleure amie d'enfance Angela (Portia Doubleday). Les plus observateurs auront également relevé la présence du solide Christian Slater au casting, sur lequel je ne dirai volontairement rien. En plongeant au plus profond de la psyché de ses personnages, Mr. Robot jongle ainsi entre série dramatique techno-thriller à moyenne échelle et thriller psychologique complexe à petite échelle.

Mais c'est là que le bât peut blesser. La série en fait parfois un peu trop, quitte à perdre ses personnages et ses spectateurs en utilisant le montage et la réalisation pour déconstruire son récit avant de mieux le rebâtir (ou non). Plus d'une fois je me suis emmêlé dans le récit et les motivations des personnages, essayant de me faire une raison et de me laisser porter, mais restant bien souvent frustré.

We live in a FSociety

Enfin, impossible de ne pas saluer le principal aspect de la série, celui qui m'a convaincu d'aller jusqu'au bout et supporter ses passages les plus longs, ennuyeux et cryptiques (la saison 2 remportant la palme de la « masturbation intellectuelle », qui a bien failli me faire arrêter avant une saison 3 heureusement bien meilleure et digeste). Cette grande force, c'est son identité visuelle. C'est bien simple, Mr. Robot jouit toujours de l'une, pour ne pas dire de LA meilleure réalisation vue sur le petit écran.

Mr. Robot © USA Network

La mise en scène, la photo, le moindre détail de prise de vue ou angle de caméra… tout est d'une intelligence et d'une générosité rarement égalées dans le paysage télévisuel. J'ai perdu le compte du nombre de fois où je me suis redressé, attentif, témoin d'un passage ou d'un épisode unique tellement marquant que j'en venais presque à oublier que je ne comprenais plus grand chose à ce moment du scénario…

Aujourd'hui, avec du recul, je ne peux que vous recommander de tenter l'aventure Mr. Robot. Avec sa forte personnalité, la pertinence de son propos, son incroyable casting ou encore son réalisme réfléchi, la série de USA Network compense aisément quelques sorties de route, que les spectateurs les plus friands d'éléments atypiques pourraient même apprécier.

Et je peux désormais affirmer que même si je n'ai pas tout apprécié dans cette série, j'ai extrêmement hâte de voir ce que va proposer Sam Esmail avec la future série Battlestar Galactica .

Cette série est pour vous si :
- Vous aimez les séries qui jouent avec les perspectives et le spectateur
- Vous appréciez les œuvres avec une vraie patte visuelle
- Les thématiques de l'informatique, de la psychologie et de la révolte citoyenne vous parlent
Cette série n'est pas pour vous si :
- Vous préférez les séries claires au déroulé linéaire
- Les questions d'informatique ou de maladie mentale vous rebutent totalement
- Vous n'aimez pas les personnages torturés et complexes

Les quatre saisons de Mr. Robot sont actuellement disponibles sur Amazon Prime Video .

Modifié le 05/06/2021 à 19h14
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