Accusé d'être bâti sur un mensonge, le constructeur Nikola est dans la tourmente

14 septembre 2020 à 08h15
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Deux jours après avoir vu la valeur de ses actions bondir de 40% grâce à l'annonce d'un partenariat avec General Motors, le constructeur Nikola subit de plein fouet un dossier embarrassant sur son bien-fondé.

Hindenburg Research accuse la marque de pick-ups et camions électriques et à hydrogène de s'être construite autour des mensonges de son fondateur, Trevor Milton.

Le passé de Trevor Milton mis en cause

Le rapport de Hindenburg Research s'ouvre sur un rappel du passé de Trevor Milton, et le lancement de sa première entreprise nommée dHybrid Inc., et déjà destinée à fabriquer des pick-ups et camions électriques. La marque a connu d'excellents débuts, marqués par un contrat avec Swift Transportation pour un test de conversion de 10 camions, qui devait se transformer en accord sur 800 camions si l'essai fonctionnait.

Deux ans et demi plus tard, cependant, Swift Transportation lance un procès contre dHybrid, au motif que ce dernier n'a fourni que cinq camions sur les dix prévus. Swift indique également avoir remarqué que le système dHybrid n'était pas aussi efficient que prévu, et a subi des pannes sur les modèles acquis. Ayant investi 2 millions de dollars pour acquérir 9% des parts de la société, Swift choisit alors d'attaquer Milton et sa société dHybrid.

Face à ces premiers démêlés avec la justice, Trevor Milton aurait cherché d'autres investisseurs pour pouvoir notamment payer les frais liés à la plainte de Swift. Hindenburg a trouvé des e-mails montrant que dans ses démarches, Milton donnait des chiffres erronés pour rassurer au sujet de son entreprise et gonfler le contrat existant avec Swift.

Milton aurait alors décidé de vendre dHybrid Inc., et aurait trouvé un acheteur potentiel avec l'entreprise Sustainable Power Group LLC (sPower). A peine un mois après l'ouverture des discussions, sPower se serait retiré des négociations, jugeant que les promesses techniques effectuées par dHybrid n'étaient pas représentatives de la vérité, tant sur la capacité des systèmes que sur l'avancement du projet, en particulier autour de son homologation.

Une entreprise bâtie sur des coups de bluff ?

Après ses déboires avec sa société personnelle, Milton aurait relancé avec son père une autre entreprise nommée dHybrid Systems. Celle-ci a finalement été vendue en 2014 à Worthington Industries, un géant de la manufacture industrielle. Profitant de la date de création de dHybrid Inc., fondée plusieurs années avant dHybrid Systems, Milton a cédé son entreprise au-dessus de sa valeur réelle, à près de 20 millions de dollars.

Et si les doutes s'accumulent aujourd'hui autour de Nikola, c'est parce que tous ces procédés frauduleux — ou à la limite de l'illégalité — ont directement mené à la création de la nouvelle marque de Trevor Milton. Une fois lancée, d'abord sous le nom de Bluegentech, elle a promis des technologies qui n'ont jamais été mises au point ; mais Milton a continué à assurer qu'il allait « transformer l'industrie du transport » avec un poids lourd à hydrogène.

L'annonce du Nikola One était officielle et rendez-vous était pris le 1er décembre 2016 pour découvrir le camion révolutionnaire, aux côtés d'un buggy électrique nommé Zéro. Au fil des mois, Nikola Motor Company a teasé l'arrivée du One et répondait même aux questionnements des internautes, assurant qu'il s'agirait bien d'un prototype fonctionnel qui permettrait de découvrir le premier produit de la marque en fonctionnement.

Un coup de poker révélé par Bloomberg, et admis par Milton

Face aux incroyables performances annoncées par la marque, la présentation officielle de l'engin a enthousiasmé autant qu'elle a soulevé des questions. Mais l'insistance de Trevor Milton sur son produit, couplée au fait qu'il interdisait aux personnes présentes de monter dans le camion sans autorisation, n'a fait que renforcer les spéculations quant au manque de sérieux du projet.

Finalement, Bloomberg a confirmé cette année que le Nikola One présenté en 2016 n'était qu'une coquille vide, et que le prototype n'était aucunement fonctionnel. Milton l'a lui-même avoué auprès du journaliste Ed Ludlow, assurant cependant qu'il n'avait jamais dit que le prototype était entièrement prêt.

Le prototype en question était en réalité branché électriquement via un câble au sol pour que les écrans d'info-divertissement s'allument, mais n'avait aucune capacité à être mis en route de manière autonome. Pire, Bloomberg assure que les écrans étaient remplis de pages internet préchargées dans l'affichage pour pouvoir présenter le système aux journalistes présents.

Les fausses annonces autour de Nikola et du camion One ont continué jusqu'en 2019

En 2018, Nikola Motor Company a diffusé une pub montrant le Nikola One sur une route de l'Utah. On y voit le camion et sa remorque en train de parcourir une longue ligne droite, qui était en réalité une descente. Hindenburg Research a envoyé un de ses enquêteurs à l'endroit où a été tournée le spot commercial. Ce dernier a pu y faire rouler une voiture à près de 90 km/h au point mort grâce à l'inclinaison, ce qui renforce la piste du coup de bluff.

En avril 2019, Trevor Milton a voulu se montrer rassurant sur l'évolution de Nikola et a expliqué que les infrastructures de la marque, situées en Arizona, ne dépendaient plus du réseau électrique grâce à « 3,5 mégawatts d'énergie solaire sur le toit, produisant 18 mégawatts d'énergie par jour dans notre quartier général ». Mais en juin 2019 le média BizJournals révélait qu'aucun panneau photovoltaïque n'était présent dans l'usine. En vérifiant sur Google Earth la localisation de l'usine, l'équipe de Hindenburg a confirmé ce fait.

Nikola se défend pour limiter l'effondrement boursier

Accusé d'utiliser les mêmes ficelles pour promouvoir sa marque et son tout nouveau pick-up électrique Badger après être entré en bourse avec Nikola en juin, Trevor Milton se défend corps et âme. Il a menacé Bloomberg de procès et s'en prend régulièrement aux vendeurs à découvert, qu'il accuse de mentir au sujet de Nikola pour spéculer sur son effondrement.

Un effondrement qui, de révélation en révélation, est sur le point de devenir réalité et se rapproche à chaque nouveau mensonge. Il a assuré que cinq exemplaires du Tre, son nouveau poids lourd, allaient sortir des lignes de production, mais Bosch, qui convertit ce camion sur la base d'Iveco S-Way, a assuré n'avoir aucun modèle à convertir.

Autant de mensonges et de fausses déclarations qui poussent aujourd'hui les investisseurs à douter du sérieux du projet, mais surtout de son avenir. Et la signature d'un partenariat avec General Motors pour la fabrication du Badger ne devrait pas y changer grand chose, surtout après la publication de Hindenburg Research.

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