Les robots font-ils l’amour ? Votre chronique SF explore le futur de l’humanité

Johan Gautreau
Expert objets connectés
03 juillet 2021 à 11h11
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Cette semaine, nous mettons de côté nos chers romans de SF et je vous propose de découvrir un ouvrage de réflexion, consacré au transhumanisme, Les robots font-ils l’amour ? de Jean-Michel Besnier et Laurent Alexandre. Après l’avoir lu, nul doute que vous ne verrez plus le futur de notre espèce du même œil ! 

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Nous nous donnons 5 citations et 5 paragraphes pour vous convaincre.

Les robots font-ils l’amour ? (2016)

Laurent Alexandre et Jean-Michel Besnier

Dernièrement, j’ai décidé de me pencher sur les sujets brulants du transhumanisme et du posthumanisme. Certes, ce n’est pas vraiment nouveau pour moi, puisque la plupart des romans de SF abordent ces thématiques d’une façon ou d’une autre. Même les jeux vidéo en font usage en toile de fond, à l'image de Cyberpunk 2077  ou du mythique Deus Ex. Ce dernier a d’ailleurs marqué mon adolescence avec son héros « augmenté » qui doit décider à la fin du jeu de l’avenir de l’humanité. Mais je digresse…

Je disais donc que j’ai commencé à m’intéresser plus en détails aux questions que soulèvent le transhumanisme. Pour ce faire, j’ai tout d’abord lu un essai de Jean-Michel Besnier, philosophe français et auteur de Demain, les posthumains. Si j’ai apprécié l’approche philosophique du sujet, je suis néanmoins resté sur ma fin, notamment du fait de la complexité de la réflexion abordée dans cet essai…

C’est alors au hasard de mes recherches que je suis tombé sur Les robots font-ils l’amour ? du même auteur. Ici, point d’essai philosophique. Ce livre est intelligemment tourné sous forme d’un dialogue entre ses deux auteurs – Jean-Michel Besnier et Laurent Alexandre - qui répondent chacun à douze questions sur le transhumanisme. Un philosophe et un scientifique, deux points de vue que tout oppose. Ou pas.

S’il n’y a pas encore de réponse fondamentale au transhumanisme, je vous recommande vivement de jeter un œil à ce sympathique ouvrage qui ne manquera pas de vous faire vous interroger sur le futur de notre humanité ! Voyez plutôt…

« Faut-il améliorer l’espèce humaine ? »

Impossible d’y couper : la technologie fait partie de notre quotidien, de nous-mêmes. Les vaccins qui traversent nos veines – mais ne captent pas encore la 5G, dommage ! – ou encore les implants oculaires destinés à éliminer la cataracte en sont des exemples basiques. Les intelligences artificielles se développent à un rythme exponentiel, la preuve avec l’IA AlphaGo de Google qui a écrasé le champion du monde de Go avec des techniques que même ses concepteurs n’avaient pas prévues. Et ainsi de suite…

Il est certain que le monde vivra – ou vit déjà – l’explosion des NBIC : nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives. Un large panel de technologies qui entrent déjà dans le spectre de nos vie. Faut-il pour autant se laisser envahir ? C’est là la première question de l’ouvrage de Jean-Michel Besnier et Laurent Alexandre. Probablement la plus importante d’ailleurs. Nos deux auteurs s’appuient sur des exemples concrets pour étayer leurs argumentations respectives. Laurent Alexandre fait ainsi référence à la trisomie 21, actuellement en passe de disparaître grâce à la reconnaissance précoce – via séquençage ADN - de fœtus porteurs du gène de ce handicap mental, permettant ainsi une interruption médicale de grossesse volontaire.

Qu’on le veuille ou non, la technologie nous améliore déjà. Reste à savoir quelles sont les limites à poser, ce qui entraîne un passionnant débat éthique, scientifique, politique et philosophique !

« Demain, tous cyborgs ? »

Les bases sont posées. Il semble bien que l’humanité n’échappera pas à son désir constant de s’améliorer elle-même. C’est peut-être d’ailleurs ce qui la définit le mieux. Car là où les animaux suivent des schémas instinctifs, l'humain ne cesse de repousser ses propres limites. Les auteurs sont d’ailleurs d’accord pour dire que nous sommes déjà sur la pente du transhumanisme, sans même que nous nous en rendions compte.

Le combat entre bioconservateurs et transhumanistes semble d’ailleurs faire rage et pourrait bien dessiner le futur de nos sociétés modernes. Il ne sera plus question de savoir si on vote à droite ou à gauche, mais si on accepte des améliorations technologiques ou pas sur notre corps.

Au-delà même de la réparation du corps humain, les NBIC sont à même de provoquer un dépassement de notre condition, un « enhancement » comme disent nos voisins anglophones. Jean-Michel Besnier nous parle notamment de ces outils cybernétiques, comme les nanorobots capables de réparer de l’ADN, et qui impliqueraient une fusion avec la machine. L’humain tel qu’on le conçoit aujourd’hui - « l’Homme 1.0 biologique »- sera-t-il le même dans dix ou vingt ans ?

Comme le signalent nos deux interlocuteurs, même les dirigeants de GAFA nous mettent en garde contre les IA. La cybernétique est vue comme une sorte de déshumanisation, le corps étant aux prises avec une technologie autonome. C’est cette perte du libre-arbitre qui inquiète scientifiques et philosophes. Et pourtant, la « cyborgisation » permettrait bel et bien d’aller au-delà des compétences naturelles de l'être humain.

« Est-il désirable de vivre mille ans ? »

Avec l’essor des NBIC, le mythe de l’immortalité n’a jamais été si vivace et proche de devenir réalité. Comme le rappelle Laurent Alexandre, la mortalité ne cesse de reculer depuis plusieurs siècles. L’espérance de vie en France, par exemple, croît d’environ trois mois par an. Les technologies centrées sur la biologie font des bonds en avant incroyables, et le contexte pandémique actuel a mis en lumière l’utilisation de l’ARN messager, porteur de grandes promesses pour la médecine moderne. Il n’est alors pas impossible que notre espérance de vie dépasse plusieurs centaines d’années, et ce dès le milieu du XXIème siècle.

Or, il se pose encore une fois la question de savoir si une telle prouesse est nécessaire. Y’a-t-il réellement un intérêt à vivre mille ans ? Que ferions-nous d’une telle vie ? Au travers d’exemples simples, les deux auteurs nous invitent à réfléchir à cette belle promesse qui pourrait finalement cacher un véritable enfer. Ennui et solitude pourraient en effet être les deux mamelles d’une vie dans laquelle la mort ne s’invite pas…

Le principal intérêt de la vie n’est-il justement pas d’en profiter avant l’inéluctable fin qui nous attend tous ? Comme l’indique Laurent Alexandre, les grands papes du transhumanisme sont déjà sur le pied de guerre pour « tuer » la mort, que ce soit par des manipulations génétiques ou la cybernétisation. Google est l’une des premières entreprises sur ce front, avec sa société Calico fondée dans le but d’augmenter l’espérance de vie humaine. Si on ne vivra pas tout de suite un millier d’année, il semble bien que nous prospérerons de plus en plus longtemps sur notre planète.

« L’intelligence artificielle va-t-elle tuer l’Homme ? »

En 2015, industriels, scientifiques et dirigeants parmi les plus connus du monde signaient une tribune dénonçant les dangers de l’intelligence artificielle. Parmi eux : Elon Musk, Bill Gates, Stephen Hawking… Autant de pointures des nouvelles technologies invitant à se méfier des IA, ça fait froid dans le dos. La fameuse « singularité » prédite par Ray Kurzweil annonçant l’avènement de l’intelligence artificielle d’ici 2045 et sa prééminence sur le genre humain aura-t-elle lieu ?

Si nous n’y sommes pas encore, il convient toutefois de réfléchir un minimum à ce phénomène. Qu’on le veuille ou non, l’intelligence artificielle est déjà bien implantée dans nos vies, et les machines remplacent de plus en plus les humains dans le monde du travail. Elles nous surpassent dans de nombreux domaines, accomplissant mieux et plus vite la plupart des tâches répétitives.

Il faut toutefois relativiser les choses. L’IA consciente façon SkyNet n’existe pas encore. Les intelligences artificielles actuelles sont avant tout des algorithmes, des séries de calculs créés par les humains. Le jour où votre frigo vous sautera à la gorge n'est donc pas encore arrivé !

Jean-Michel Besnier nous rappelle ainsi qu’il est facile de se laisser impressionner par les prouesses de nos machines « intelligentes ». Elles ne sont pourtant qu’un assemblage de composants artificiels, certes efficaces, mais pas dangereux pour autant. Je rejoins néanmoins Laurent Alexandre sur un point : il est nécessaire d’encadrer rapidement la bataille de l’IA que se livrent les géants industriels. Si le Deus Ex Silicium n’est pas encore là, autant ne pas hâter sa venue…

« Faut-il légiférer ? »

Suivre l’évolution transhumaniste avec un œil critique semble essentiel compte tenu des points soulevés précédemment. Si le débat parait majoritairement centré sur l’impact scientifique et philosophique, il ne faut pas non plus oublier le point de vue politique. Nos états semblent en effet loin d’être prêts à la révolution technologique en cours, faute de vision à long terme. Les résultats des sondages avancés par les auteurs font froid dans le dos : 40 % des français seraient favorables à un pouvoir autoritaire, la faute revenant à une certaine impuissance politique actuelle…

La réflexion pour le futur de l’humanité doit donc englober tous les acteurs, à toutes les échelles possibles, afin que chacun puisse apporter sa pierre à l’édifice de l’humain de demain. Le débat proposé dans Les robots font-ils l’amour ? ne vous apportera pas de réponse toute faite sur un plateau d’argent. Il n’y en a pas. En revanche, il vous invitera a prendre du recul, à réfléchir à ce qui a été fait et à tout ce qui reste à faire pour dessiner notre futur.

Pour ma part, je compte bien continuer mon exploration de ce fascinant sujet qu’est le transhumanisme. Je vous invite à réagir dans les commentaires sur cette chronique un peu spéciale, à donner vos avis sur ce sujet brulant – tout en respectant bien entendu les règles de la charte Clubic – et je vous dis à très bientôt pour le décorticage en règle d’un nouveau roman SF !

Les robots font-ils l’amour ? (2016) est édité chez Dunod en version papier et EPUB. Il est aussi disponible sur Amazon en version Kindle .

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