A.I. Intelligence Artificielle : les robots aussi ont une âme d'enfant

Mathieu Grumiaux
Publié le 27 mars 2021 à 11h11
SF AI: Intelligence Artificielle

Si les androïdes et les algorithmes d'intelligence artificielle peuvent nous aider et nous comprendre… peuvent-ils aussi nous aimer ? A.I. Intelligence artificielle tente de répondre à cette vaste question à travers un conte futuriste et désenchanté.

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Nous nous donnons 5 citations et 5 paragraphes pour vous convaincre.

A.I. : Intelligence artificielle (2001)

de Steven Spielberg

Cette semaine, je vous propose de vous replonger dans l'un des projets de science-fiction les plus ambitieux jamais montés. Et pour cause, ce film marque la rencontre, hélas posthume, de deux monstres sacrés du cinéma de science-fiction : Steven Spielberg et Stanley Kubrick.

C'est en effet ce dernier qui eut, à la fin des années 1970, l'idée d'adapter la nouvelle de Brian Aldiss, Les Supertoys durent tout l'été, souhaitant rapidement que Spielberg en assure la réalisation. La technologie n'étant pas assez avancée à l'époque, le projet a toutefois été laissé de côté, jusqu'à la mort du maître en 1999.

Arrivé en salles en 2001, A.I.: Intelligence Artificielle m'a obsédé dès sa sortie, même si j'étais bien trop jeune à l'époque pour le comprendre complètement. Ce film est un objet étrange, profond, difficile parfois, qui m'a néanmoins touché dès le premier visionnage et qui, tel un bon vin, s'amende avec le temps.

« Je propose que nous fabriquions un robot... qui puisse aimer »

Nous sommes au XXIe siècle, et la Terre est au plus mal. La fonte des glaces a entrainé la submersion des principales villes côtières et l'humanité est soumise à un strict contrôle des naissances pour éviter une surpopulation.

L'époque est aussi celle des méchas, des androïdes conçus pour délester les humains des tâches les plus courantes et répondre à leurs désirs voire à leurs fantasmes.

Le docteur Allen Hobby, père de ces androïdes, souhaite aller encore plus loin et concevoir un « robot-enfant », capable d'aimer sans limites. Son premier modèle s'appelle David. À des fins de test il sera placé chez l'un des employés de l'entreprise, Henry, et son épouse Monica, dont le fils (Martin) est plongé dans un coma profond sans espoir de le voir se réveiller un jour.

© Warner Bros
© Warner Bros

« À quoi servaient ces mots Maman ? »

Les premiers pas de David dans sa nouvelle maison sont déroutants. Si le mécha ressemble trait pour trait à un enfant, ses réactions sont étranges, parfois dérangeantes, pour Monica et pour nous autres, spectateurs. Tant bien que mal, David apprend son rôle, et imite ses « parents », maladroitement, pour se lier à eux.

Cadre de l'action, la demeure, irradiée en permanence d'une lumière crue devient alors tantôt un cocon protecteur, tantôt une prison malsaine, en fonction des réactions de Monica face à David. Spielberg joue d'ailleurs avec les nombreuses vitres troublées présentes dans chaque pièce pour déformer le visage du jeune mécha réussissant à le rendre effrayant à plusieurs reprises, jouant ainsi avec nos sens et nos inquiétudes.

La mère, elle, finit tout de même par éprouver des sentiments envers l'enfant jusqu'à l'adopter, ce qui déclenche en lui un amour absolu pour elle… Bref, tout se passe bien dans le meilleur des mondes jusqu'au réveil de Martin, qui sort du coma. La vie de David bascule alors que le garçon le rejette et le rabaisse pour récupérer sa place.

À la suite d'un accident, Monica va finalement abandonner David dans les bois, dans une scène qui continue de me déchirer le cœur, même 20 ans après !

« Je regrette tant de ne pas t'avoir parlé du monde »

À partir de ce moment, David va errer dans les Etats-Unis avec une idée en tête : chercher la « fée bleue », pour devenir un vrai petit garçon. Avec cette référence évidente à Pinocchio, le film ne se cache plus d'être une relecture moderne du conte italien.

Sur sa route David rencontrera un ami, le robot prostitué Gigolo Joe, mais aussi le monde des humains, avec tout ce qu'il contient de bêtise et de cruauté.

Spielberg propose ici une vision du futur aussi fascinante, par sa complexité et le nombre de détails portés à l'écran, que cauchemardesque. D'une fosse où des robots abandonnés, aux designs stupéfiants, se réparent avec les pièces d'autres modèles hors-service, on passe à une « foire à la chair » où les humains mettent à mort des androïdes, pour se divertir.

Mais le clou du spectacle reste Rouge City, une ville décadente à l'extrême, jusque dans son architecture. Les ponts y sont des bouches ouvertes géantes, dans lesquelles on doit pénétrer pour accéder au cœur de la cité. Tout est dit...

© Warner Bros

« Elle aime ce que tu fais pour elle, comme mes clientes aiment ce que je fais pour elles... Mais elle ne t'aime pas »

Pourtant, malgré les obstacles, David reste déterminé, s'accrochant à son rêve de devenir un vrai petit garçon. Il ne souhaite qu'une chose : retrouver sa mère, qu'il aime toujours malgré son abandon.

Et la quête de sens de l'androïde passera par la fin de son innocence. Si Spielberg est souvent qualifié de grand enfant naïf, il se présente ici désabusé, considérant le futur, et par extension la société contemporaine, que comme un gigantesque gâchis, dévoré par notre égoïsme. Les idées initiales de Kubrick, qui n'était pas réputé pour être un grand idéaliste, ont probablement aussi leur rôle à jouer dans cette vision désenchantée.

Au milieu de la désillusion, David, lui, garde son âme et son regard d'enfant, pour s'accrocher à son idéal. C'est pour moi le message que le metteur en scène, et par extension Kubrick, souhaitent nous délivrer : prenons soin de cette petite partie de notre innocence passée pour accepter plus facilement le monde dans lequel nous vivons, et nous accomplir.

Ce n'est pas forcément la plus joyeuse des morales je vous l'accorde mais c'est à mon avis l'une des plus lucides qu'a pu nous transmettre la pop culture.

« Tu es si important pour nous David, tu es unique dans tout l'univers »

Après cette épopée un tantinet dépressive, peut-on s'attendre à un happy-end ? Désolé de vous décevoir mais cela se révèle bien plus complexe que cela.

Sans vous dévoiler ses dernières minutes, A.I.: Intelligence Artificielle revient vers l'intime pour clore l'aventure de David et son périple parmi les humains, dans une fin qui me paraît toujours un peu plus amère années après années. Le bonheur n'est-il qu'une illusion ? J'en ai déjà trop dit...

A.I.: Intelligence Artificielle fait pour moi partie des monuments du cinéma de science-fiction, qui parlent aussi bien au cerveau qu'au cœur et que je vous invite d'urgence à découvrir, ou à redécouvrir.

A.I. : Intelligence artificielle est disponible en DVD, Blu-Ray et en VOD chez Warner Bros.

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Par Mathieu Grumiaux

Grand maître des aspirateurs robots et de la domotique qui vit dans une "maison du futur". J'aime aussi parler films et séries sur les internets. Éternel padawan, curieux de tout ce qui concerne les nouvelles technologies.

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Commentaires (3)
Zakalwe

A.I. Meilleur film de Spielberg sans discussion.

pecore

Pas le meilleur, pas le pire selon moi mais certainement l’un des plus durs qu’il ait fait. Pas eu envie de le revoir malgré ses qualités et c’est peut être le seul Spielberg pour lequel cela m’est arrivé avec la liste de schindler.

Voigt-Kampf

Pas trop d’accord avec l’article… Si Kubrick avait été vivant avant sa sortie, je suis certain qu’il aurait été à 100% différent… On se retrouve ici avec un bête film de science-fiction, certes, très cohérent, propre, sans être exubérant, mais ennuyeux.
Du coup j’ai du mal à voir le côté « Kubrick y a réfléchi » que comme un moyen marketing…