Soutien cyber à l'Ukraine, lutte contre la désinformation : les ministres européens des Télécoms se mobilisent

10 mars 2022 à 09h15
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Union européenne © freestocks.org / Pexels
© freestocks.org / Pexels

Réunis à Paris et à Nevers depuis deux jours, les ministres européens chargés des télécommunications et du numérique avaient des choses à se dire, sur fond de guerre en Ukraine. Des positions communes ont été arrêtées.

Le secrétaire d'État chargé de la Transition numérique et des Communications électroniques, Cédric O (qui quittera la politique à l'issue de la prochaine élection présidentielle ), recevait ces 8 et 9 mars ses homologues européens en France, dans le cadre de la présidence française du Conseil de l'Union européenne. Au terme de diverses réunions de travail, les représentants des États membres de l'UE – ainsi que la Suisse et la Norvège, invitées – sont tombés d'accord autour d'un soutien apporté à l'Ukraine et d'un renforcement de la résilience de la zone en matière de télécommunications et de cybersécurité, qui passera, entre autres, par une lutte plus intense encore contre la désinformation en ligne.

Une volonté de renforcer les capacités de cyber-défense de l'Union européenne

Les ministres européens ont échangé sur l'assistance à fournir à l'Ukraine dans des domaines comme l'informatique et les télécommunications. Ils ont évoqué l'intérêt des autorités à assurer la continuité de leur action, en fournissant du matériel informatique qui puisse aider à la poursuite d'un fonctionnement dit « normal » du gouvernement ukrainien, mais aussi au maintien des télécommunications dans le pays envahi par la Russie. La France sera, à ce titre, l'intermédiaire qui permettra aux États membres de se coordonner, en lien avec Bruxelles et la Commission européenne.

Concernant le secteur des télécommunications, les ministres de l'UE sont d'accord pour dire que ce secteur résiste mieux que d'autres à la menace cyber. Mais ils ont tout de même appelé l'Organe des régulateurs européens des communications électroniques (BEREC) et l'agence européenne chargée de la sécurité des réseaux et de l'information (ENISA), à répertorier les risques qui pèsent aujourd'hui sur les réseaux et infrastructures de la zone, et à formuler des recommandations pour renforcer leur capacité d'anticipation et d'adaptabilité. La situation en Ukraine accroît évidemment les risques d'effets cyber au sein de l'UE, d'où cette demande des ministres de renforcer et d'accélérer la coopération européenne en matière de sécurité informatique.

L'importance de l'adoption et de la mise en œuvre de la directive Network and Information Security (NIS2) a aussi été soulevée, de façon à relever le niveau de sécurité des réseaux et des systèmes d'information essentiels. Par extension, les ministres appellent la Commission européenne à concrétiser le Cyber Resilience Act, une réglementation qui renforcerait la cyber-défense européenne, outre le lancement futur d'un fonds d'intervention qui servira en cas d'urgence informatique.

Les ministres appellent les grandes plateformes numériques à anticiper la future réglementation européenne, afin de lutter contre la désinformation et la manipulation de l'information en ligne

La lutte contre contre la désinformation, au demeurant l'un des objectifs prioritaires du fameux Digital Services Act (DSA), est un enjeu qui, en marge du conflit en Ukraine, se fait encore plus pressant. « Les plateformes en ligne et notamment les réseaux sociaux ont un rôle décisif à jouer en la matière », note la France. Les 27 ministres de l'UE ont appelé les entreprises du numérique à prendre des mesures volontaires et supplémentaires, de façon anticipée et avant même l'adoption définitive du futur règlement, afin de lutter contre la désinformation et la manipulation de l'information en ligne. Les ministres souhaitent que les grandes entreprises du secteur s'y attèlent, et cette volonté commune a été formalisée par le biais d'une déclaration politique adoptée à l'unanimité.

Lors d'une réunion organisée le 8 mars à laquelle assistait notamment le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, et les représentants des grandes plateformes et réseaux sociaux, les ministres européens du numérique ont détaillé ce qu'ils attendent de ces différents services. Ils réclament, d'un front uni :

  • L'intensification de la protection des droits et libertés fondamentales sur Internet ;
  • La mobilisation de ressources supplémentaires pour superviser la modération dans les zones de conflit ;
  • L'adoption de mesures supplémentaires pour s'assurer que les outils des plateformes ne deviennent pas un facteur aggravant pour la haine en ligne et la désinformation, de même pour la propagation de contenus hostiles ;
  • L'application, dès maintenant, du Code de bonnes pratiques en matière de désinformation, cher à la Commission européenne ;
  • La priorisation des sources d'informations fiables et reconnues ;
  • L'adaptation rapide de politiques de modération et de gestion des risques, utiles en cas de crise ;
  • Le partage d'informations des données utiles, en temps réel, afin de coopérer avec le monde universitaire et celui de la recherche.

« Nos échanges ont permis de fixer un cap pour accroître encore la résilience de l’Union européenne à moyen terme. Les engagements pris aujourd’hui démontrent également la capacité de réaction rapide de l’Union européenne et la solidarité des partenaires européens envers l’Ukraine, y compris en matière de numérique et de télécommunications », a déclaré le secrétaire d'État Cédric O.

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yam103
L’Europe a perdu une étoile dans cette affaire ? (Illustration du drapeau)
nicgrover
Depuis 2015 il y a l’intervention d’une coalition sous bannière saoudienne au Yemen et que font les mêmes ministres depuis 7 ans… RIEN… Si la France qui a quand même « vendu » 80 Rafales aux Emirats arabes unis soit ladite coalition…<br /> Je ne cautionne pas l’intervention russe mais pourquoi deux poids deux mesures ?<br /> Quand on voit toutes les guerres du même type à travers le monde, il n’y a que celle en Ukraine qui « intéresse » l’Europe, économiquement entre autre… Elle a certainement à y gagner…
g-m1n1
L’Ukraine c’est à quelques heures des route de chez nous. Et elle se fait attaquer par un gars qui rêve de voir l’UE dégager de sa vue et qui nous menace d’une attaque nucléaire.<br /> C’est (malheureusement) normal qu’on soit plus sensible à ce qui se passe près de chez nous ou avec des populations culturellement plus proches de nous.<br /> Le Yemen c’est loin. 99% d’entre nous seraient incapables de le situer avec précision sur une carte.<br /> Possible néanmoins que pour les pays proches du Yemen, leur sensibilité au conflit soit la même que nous pour l’Ukraine.<br /> En tout cas, on n’a jamais parlé tellement du Yemen depuis la guerre en Ukraine.<br /> Je te rejoins qu’on devrait arrêter d’armer d’armer massivement les états du moyen orient.<br /> Entre les armes de guerre et les pistes de ski au milieu du désert, c’est des débiles fortunés qui ont 0 notion des enjeux (notamment écologiques) en cours (ou qui s’en foutent tout simplement).
nicgrover
Je suis d’accord mais le conflit au Yemen dure depuis 2015 dans la plus absolue indifférence de nos énarques européens… Il est vrai qu’il n’y a rien à y gagner…<br /> Ce qui intéresse l’Europe en priorité c’est son portefeuille…
Francis7
Ce que je retiens de l’article, c’est que UE veut contre carrer la désinformation sur la guerre en Ukraine.<br /> Ce que je retiens d’un autre, c’est que la Russie réfléchie à dépénaliser le piratage de logiciels en guise de représailles contre les Etats qui la boycottent afin de quand même s’approprier les ressources de ses ennemis.<br /> Et d’un autre, c’est que par conséquent, la Russie est un pays qui est à la limite de la cessation de paiement de ses dettes puisque les entreprises s’en vont.<br /> Et d’un autre, que la Russie a perdu une partie de son accès à internet.<br /> Et d’autres, les soldats Russes sont démoralisés et Poutine inquiète son entourage avec sa paranoïa. Il est isolé, hargneux, se sent insulté de toute part et prêt à tout.<br /> Une petite leçon de l’Histoire: C’est comme cela que Hitler a perdu sa foutue guerre à vouloir envahir les autres.
g-m1n1
L’Ukraine économiquement a 0 influence sur l’UE, même si elle est dotée de bcp de richesses naturelles. Je crois pas que c’est les € qui ont fait bouger les européens.<br /> La Crimée c’est passé crème.<br /> Le Donbass serait passé crème également. 2-3 petites sanctions pour la forme et basta.<br /> L’attaque totale sur l’Ukraine a vraiment rappelé à certains le danger que peut poser un dictateur avec une grosse armée nucléaire à la frontière de l’UE.<br /> Au moins ceci a (enfin) réveillé l’UE sur certains points, dont sa défense qu’il faut améliorer/construire en commun et son indépendance énergétique (mas aussi industrielle, technologique,…).<br /> Même l’OTAN est redevenu important pour bcp.<br /> Je ne suis pas fans des ricains qui nous considèrent comme des vassaux (vassales?), mais ils ne représentent pas un danger à notre encontre.<br /> @Loki1 t’habites où pour rire en coin? Parce que pour le moment, le karma c’est les ukrainiens qui le prennent dans la gueule et pas les méchants occidentaux responsables de tous ces maux.<br /> D’ailleurs en terme de massacre de musulmans, la Russie est bien placée, beaucoup semblent l’oublier.<br /> Quand on voit la galère des russes en Ukraine, heureusement qu’ils ont l’arme nucléaire, parce qu’aux yeux du monde, ils passent un peu pour des incompétents. L’armée US leur roulerait dessus sans sourciller.
pecore
J’entends partout « bien fait pour les occidentaux, surtout les américains et leur vassaux Européen » et tu sembles reprendre ce couplet.<br /> Il y a tellement de choses absurdes dans ce type de phrase toute faite, à commencer que le fait que d’être des alliés ferait automatiquement de quelqu’un le Maitre et l’autre le serviteur. Mais surtout, en quoi l’Ukraine doit elle payer pour de supposées mauvaises actions des USA/GB/France/etc pour te citer. Pourquoi la Russie n’a t’elle pas attaquée ces pays plutôt que de se jeter sur un voisin avec qui elle a énormément d’attaches culturelles et démographiques et qui n’a jamais participé à la moindre action militaire avec des pays occidentaux.<br /> Mais c’est vrai que c’est toujours plus facile de taper sur les petits et de s’abreuver d’autojustification à deux ronds.
gothax
@Pecore: va à Calais interroger un érythréen qui est là depuis 6 mois dans la boue sans aide sinon celui qui donne à manger part avec une amande.<br /> Sinon écoute France Culture le journal de 8h puis de 8h20 à 8h47<br /> Aider les ukrainiens OK<br /> Cracher sur le reste de l’humanité non , c’est l apothéose du rasisme en ce moment!<br /> Sinon Tracts chez Gallimard de Gérard Prunier - Cadavre Noir … Tu prendras une claque
pecore
g-m1n1:<br /> L’attaque totale sur l’Ukraine a vraiment rappelé à certains le danger que peut poser un dictateur avec une grosse armée nucléaire à la frontière de l’UE.<br /> Au moins ceci a (enfin) réveillé l’UE sur certains points, dont sa défense qu’il faut améliorer/construire en commun et son indépendance énergétique (mas aussi industrielle, technologique,…).<br /> Exactement, ce qui illustre bien qu’il faut, hélas, des crises graves pour faire bouger un peu les choses. Je rejoins également tout ce que tu écris mais j’ai tout de même envie de croire qu’une partie de ce qui a fait que les Européen ont autant réagi est que l’Ukraine est l’un des tous derniers pays à avoir revendiqué et obtenu un vrai régime démocratique et qu’on a l’impression que c’est cela qui en fait la bête noire d’un autocrate comme Poutine. Pour beaucoup d’Européen c’est le principe même de démocratie que Poutine attaque en attaquant l’Ukraine.<br /> Pour la défense cyber et la lutte contre le désinformation, je ne dirai qu’une chose : il était sacrément temps de se rendre compte que ces choses sont aussi des armes et que certains s’en servent contre nous de manière éhontée.
pecore
Encore une fois je ne vois pas, mais vraiment pas, en quoi le fait qu’il y ait des lois contre l’immigration clandestine justifie l’invasion de l’Ukraine. Tous les pays en ont, y compris les pays pauvres ou, à l’inverse, des pays bien plus riches que nous. On peut toujours trouver qu’il faudrait assouplir ces lois et les conditions d’accueil mais cela est un tout autre débat qui n’a strictement rien à voir. Il faudrait voir à pas tout mélanger.<br /> En outre je ne connais aucun texte de loi française qui interdit de donner à manger à quelqu’un, même sans papier. Désolé mais je pense que tu affabules.
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