Neptune, la vraie planète bleue du Système solaire

Eric Bottlaender
Spécialiste espace
13 avril 2021 à 17h04
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Neptune Voyager 2
Neptune, vue lors de son approche par la sonde Voyager 2. © NASA/JPL-Caltech

Dernière destination au catalogue des planètes officielles, Neptune vaut un long voyage. Mais la véritable « planète bleue », avec sa météo tempétueuse, reste un monde à découvrir.

Même les lunes viennent y faire une pause.

Un minuscule point bleuté...

Dernier arrêt : Neptune ! Au-delà, l'agence de voyage ne propose plus que des charters vers des planètes mineures. Mais à 30 fois la distance Terre-Soleil en moyenne, Neptune est déjà extraordinairement lointaine. Elle n'est visible qu'au télescope, et fut découverte en 1846 grâce aux calculs de mathématiciens (l'anglais John Adams, puis le français Urbain Le Verrier) qui prédirent sa position en fonction de la mécanique céleste d'Uranus, et à l'observation de l'allemand Johann Galle.

Une aventure déjà rocambolesque puisqu'on s'aperçut ensuite que plusieurs astronomes avaient déjà observé Neptune, et pour certains avaient même noté un mouvement, mais n'avaient rien publié sur le sujet. Elle est la seconde géante de glace de notre Système Solaire : une planète gazeuse mais avec une composition différente de celle de Jupiter et Saturne. Neptune, c'est aussi ce bleu profond qu'elle doit à... à quoi d'ailleurs ? On ne sait pas exactement. En partie à cause de la présence de méthane.

Nuages Neptune Voyager 2 Vintage
bande nuageuse sur Neptune. Une douceur... Si on oublie la force des vents ! © NASA/JPL-Caltech

Avec un rayon quatre fois plus grand que celui de la Terre à l'équateur, Neptune reste une géante. Elle a d'ailleurs des anneaux, mais ces derniers ne sont pas vraiment visibles depuis la Terre : il faudra le survol de Neptune pour confirmer l'existence des cinq anneaux principaux, car contrairement à ceux de Saturne qui contiennent une part importante de glace, ici il s'agit de poussière sombre.

Sur Neptune, les saisons durent 40 ans, ce qui est suffisant pour terminer une partie de Monopoly (avec les hôtels) mais aussi et surtout pour qu'une différence de température significative se créé entre les pôles sur cet enfer froid où les températures moyennes (et ressenties) sont de -200°C.

Des lunes inconnues

Au moment du survol de Neptune par Voyager 2 le 25 août 1989, seuls deux satellites naturels de Neptune sont connus : Triton et Néréide. Une troisième lune, Larissa, n'a pu être observée en détail car sa position n'était pas encore établie. Le survol a permis d'en découvrir cinq nouveaux, tandis que des observations par les télescopes au sol et grâce à Hubble ont mené depuis à la découverte de six autres petits satellites. Dire qu'ils sont généralement mal connus est en dessous de la vérité : pour la majorité d'entre eux, ce sont des points de la taille d'un pixel se déplaçant sur les clichés pris à la faveur d'une occultation... Sauf Triton, bien sûr. La plus grande lune de Neptune est bien particulière.

Montage Neptune Triton composite Voyager 2
Voici un assemblage d'une mosaïque montrant Triton et d'une photo de Neptune pour imaginer ce qu'un survol pourrait un jour nous montrer... Les traces de suie à la surface, ce sont les cryovolcans de Triton ! © NASA/JPL-Caltech

Déjà, elle tourne à l'envers : son orbite est rétrograde (elle va dans le sens inverse de la rotation de Neptune), ce qui physiquement est intéressant puisque ses voisines, elles, vont dans le bon sens. Du coup, les scientifiques ont souhaité l'observer de près, et ont fait passer Voyager 2 à moins de 40 000 km de la surface de Triton. Sur les clichés, on découvre des nuages, des calottes polaires et même des traces de cryovolcans générés par des forces de marée. Avec sa composition et son orbite, on déduit qu'elle ne s'est définitivement pas formée autour de Neptune : Triton est une planète mineure capturée par la géante de glace ! On sait aujourd'hui qu'elle partage plusieurs points communs avec Pluton.

Voyager 2, et puis...

Comme Uranus, Neptune n'a connu qu'une seule visite à ce jour, celle de la sonde Voyager 2. Mais la situation pourrait bien changer : un projet d'étude de Triton (qui décidément interpelle) fait partie d'une liste de finalistes pour des missions NASA et dispose d'environ une chance sur deux d'être sélectionné. On parle, une fois encore, d'un survol ; car entrer en orbite de Neptune nécessiterait énormément de carburant... Mais c'est tout de même mieux que rien ! Il faudra être patients et attendre probablement la fin de la prochaine décennie.

Nuages Triton Neptune Voyager 2
Zoom sur la découverte des nuages de Triton. © NASA/JPL-Caltech

Bienvenue chez les trans-neptunéens !

En 2006, l'IAU (International Astronomical Union) a décidé de définir ce qu'était (ou non) une planète, ce qui a eu pour conséquence de déclasser Pluton, et de (re)propulser Neptune à la fin de la liste... sur des considérations qui font toujours débat aujourd'hui. Mais même lorsque Pluton était encore une « planète officielle », Neptune était périodiquement la plus lointaine du Soleil. En effet, à cause de son orbite elliptique, Pluton passe plusieurs années (terrestres) avec un périgée plus proche de notre étoile que l'orbite de Neptune.

Et c'est aussi le cas pour plusieurs petits corps célestes, et d'autres planètes naines. Cette famille a un nom : on les appelle les TNO, pour Trans-Neptuneans Objects. Mais cela ne veut pas dire qu'il y a en permanence des objets sur la trajectoire de Neptune : la grande majorité des TNO ont des orbites inclinées et n'ont aucun risque de rencontrer la grande bleue lorsqu'ils sont au plus près du Soleil.

Nuages Vagues Neptune Voyager 2
En plus des nuages, l'atmosphère de Neptune fait des vagues... © NASA/JPL-Caltech

Fun Fact :
Le 12 juillet 2011, Neptune avait fait exactement une révolution autour du Soleil depuis sa découverte en 1846. Durant cette période, elle n'a été visitée qu'une seule fois. Il ne tient qu'à nous d'augmenter le compte avant 2176 !

Notes touristiques :
  • Voyage 1/10 : Il a fallu une décennie que Voyager 2 atteigne Neptune dans les meilleures conditions... Pour un véhicule plus lourd, il faut imaginer plus du double. Et prévoir des piles nucléaires : les panneaux solaires sur place ne sont d'aucune utilité.
  • Paysages 6/10 : Quelques mordus de nuages viennent faire du vol à voile à Mach 2 sur un océan couleur saphir. Les physiciens se passionnent pour Triton et ses cryovolcans. Et si la prochaine découverte était la vôtre ?
  • Habitabilité 2/10 : Etant donné les températures globales sur place, le système planétaire est réservé à ceux qui se refusent à mettre un pull et une écharpe au milieu de l'hiver. Attention, les igloo en glace de méthane sont inflammables.


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cirdan
Merci pour cette série passionnante ! Un joli cadeau que vous nous offrez pour votre 20e anniversaire <br /> Serait-il possible d’envisager un dernier voyage sur Pluton ? Même si elle n’est plus officiellement considérée comme une planète, elle a un fort impact imaginaire : sa distance, sa taille et même son nom intriguent et je me souviens de la fascination qu’elle exerçait sur moi quand j’étais enfant.
lollu_1_1
Je prends mon billet
ebottlaender
Il y aura (un peu plus tard) quelques vols Charters autour du Système Solaire, vers Pluton sans doute, mais aussi Ceres, et potentiellement d’autres petits objectifs <br /> Content que ça vous aie plu !
cirdan
On attend avec impatience ! Par contre, il faudra attendre de pouvoir faire plus de 100 kms autour de chez soi ou alors prévoyez une autorisation spéciale de déplacement professionnel galactique, sinon vous serez mis à l’amende par l’implacable maréchaussée
ebottlaender
La space-gendarmerie n’est jamais très loin
buitonio
Merci beaucoup pour ces voyages dans le système solaire !<br /> Par contre, avez-vous le nom de celui ou de celle qui a ressenti les températures extrêmes de Neptune ? « les températures moyennes (et ressenties) sont de -200°C »
ebottlaender
C’était justement pour jouer sur cette donnée qui n’a aucune valeur que j’ai écrit ça ^^
nirgal76
Je choisi Neptune, je ne sais pas pourquoi mais c’est ma préférée
Ayetek
C’est le saint-lois Urbain Leverrier qui est considéré comme le découvreur de Neptune pour avoir publié ses travaux le premier.<br /> Avec la planète en pierre sculptée distinguant sa tombe (photo sur la page Wikipedia), il repose au cimetière du Montparnasse.<br /> Wikiwand<br /> Urbain Le Verrier | Wikiwand<br /> Urbain Le Verrier, né à Saint-Lô le 11 mars 1811, mort à Paris le 23 septembre 1877, est un astronome et mathématicien français spécialisé en mécanique céleste, découvreur de la planète Neptune et fondateur de la météorologie moderne française.<br />
ebottlaender
Oui, on l’évoque bien dans l’article. Mais l’histoire de la publication et de la découverte à part entière est à lire, car ce n’est pas si simple. Jeux de pouvoirs et course scientifique !
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