Le satellite chinois Shijian-21 fait le ménage en orbite géostationnaire

Eric Bottlaender
Spécialiste espace
28 janvier 2022 à 15h30
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Shijian-21 satellite capture © COMSPOC
Suivi de trajectoire des satellites Shijian-21 et Beidou-2 G2 © Comspoc

Depuis son décollage en octobre, le satellite chinois Shijian-21 est suivi de près... Il faut dire qu'il s'est approché d'un ancien satellite Beidou en panne avant de s'y accrocher et de l'emmener à plus haute altitude. Une capacité très rare, sur laquelle la Chine ne communique pas.

Gouvernements et entreprises sont en pleine traque, même en haute altitude.

Un peu de rangement

La Chine, à son décollage, décrivait Shijian-21 comme un « satellite capable de gérer des débris orbitaux ». Une description qui n'a pas manqué de soulever l'intérêt des Occidentaux, gouvernements comme entreprises… Et Shijian-21 n'a pas déçu !

Après son lancement le 24 octobre, il a atteint rapidement l'orbite géostationnaire , à 36 500 km du sol environ. Puis, après un essai qui a vu l'éjection soit d'un sous-satellite, soit d'un petit dispositif de test manœuvrant, il s'est dirigé vers un autre satellite chinois, Beidou-2 G2 (positionnement, équivalent du GPS). Ce dernier est en panne depuis 2009 ou 2010, peu après son arrivée en orbite. Le genre de raté encombrant sur la « ceinture » géostationnaire, où les places sont précieuses. Beidou-2 G2 n'encombre plus rien depuis le 22 janvier, car après une approche, puis un amarrage (soit via un système consacré, soit avec un bras robotisé), Shijian-21 l'a embarqué pour remonter son orbite de 3 000 kilomètres… avant de revenir à sa place le 26 janvier.

Un nouvel outil ou une menace ?

La manœuvre de Shijian-21 est une rareté, dans l'état actuel des avancées technologiques des différents pays. Northrop Grumman a déjà réussi deux amarrages avec des satellites géostationnaires, mais ces derniers étaient actifs, tandis que Beidou-2 G2 était probablement totalement éteint.

D'autres entreprises préparent leurs propres solutions, en orbite basse ou en géostationnaire, mais c'est une véritable démonstration chinoise à laquelle les autres nations viennent d'assister. Pour ce qui est de la gestion des débris, c'est toutefois une bonne nouvelle, car un véhicule de service autonome, capable d'attraper ceux qui ne sont pas trop ennuyeux (rotation incontrôlée, trop petit…) est une aubaine pour faire le ménage ! À l'inverse, plusieurs entreprises et nations s'inquiètent légitimement de voir des véhicules capables de tracter leurs unités sans leur demander leur avis…

MEV Northrop Grumman © Northrop Grumman
Vue d'artiste du MEV de Northrop Grumman amarré à un satellite commercial © Northrop Grumman

Pas question de s'approcher trop près

Les États-Unis ont aussi un peu « joué » des biceps avec Shijian-21, en approchant leur propre satellite inspecteur, USA-270, juste après qu'il a éjecté sa petite unité de test.

Mais il n'est pas possible d'être si discret en orbite géostationnaire, et dès que les Américains se sont approchés trop près (à moins de 75 kilomètres), Shijian-21 et son petit compagnon ont mis les gaz pour une manœuvre d'évitement. Pour les États-Unis, c'est la preuve que la Chine dispose de moyens performants pour suivre les trajectoires des satellites proches des leurs, mais aussi d'une stratégie claire pour répondre à ces approches. Des capacités qui, une fois de plus, ne sont pour l'instant réservées qu'à de très rares acteurs.

Source : SpaceNews

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benben99
C’est une belle initiative de dépolluer l’orbite.<br /> Bravo à l’agence spatiale chinoise de s’y consacrer.
marc6310
Pourtant il y a bel et bien un satellite en plus et zéro en moins dans l’espace. Il n’a pas nettoyé mais juste déplacé l’autre. C’est donc pas pour dépolluer mais pour se débarrasser, comprendre polluer là où ca ne gène pas l’humain. Cette pas si subtile différence change tout sur l’intérêt réel de la manœuvre je trouve.
toast
Ah, tu vois que tu peux troller plus classe quand tu veux.
fabien00
Je ne crois pas qu’un tel programme spatial ait été financé pour nettoyer l’espace… Et vous ?
SPH
«&nbsp;… se sont approchés trop près (à moins de 75 kilomètres)…&nbsp;»<br /> Ha ouai !! J’aurais dit beaucoup moins. Genre : alerte à 50 mètres
Werehog
C’est dommage qu’il ne l’ait pas éjecté vers une orbite plus basse pour qu’il se désagrège, là il n’a fait que déplacer le problème…
calude_vincent
Je crois que le problème est de fond n’est pas la pollution mais le secret d’état. Tout le monde est curieux ou plus tôt tous les services secrets du monde sont curieux de ce nouveau genre de satellite qui à fait une manouvre publique d’une capacité que les plus grandes nations comme les USA ou la France se serais forcé de garder secret.
Martin_Penwald
Pour le faire revenir, ça aurait coûté cher en carburant, surtout si il avait fallu replacer Shijian-21 en orbite géostationnaire. Là, le Beidou est placé loin, sur une orbite de cimetière où l’on place déjà les satellites géostationnaires en fin de vie. Je ne pense pas que ces orbites soit utilisées pour autre chose, elles ne servent à rien.
Werehog
Je parlais de pousser les vieux satellites sur une orbite plus basse pour qu’ils se désagrègent. Shijian aurait pu continuer ensuite
Martin_Penwald
Oui, mais là, on est en orbite géostationnaire. Ça n’aurait aucun sens de le rapprocher. La question qui se pose est justement de savoir si cette technologie pourrait être utilisée en orbite proche et à quel coût.
taist
sur l’échelle de 36.000 klm, 75 klm c’est rien, de plus avec un satellite en approche direct, 75 klm ça fait très peu de temps pour dégager.
taist
tout à fait.
jardinero
Ca va devenir difficile d’espionner la Chine depuis l’espace
pecore
Combien de déplacement de ce genre un satellite peut il accomplir avant d’être en panne de carburant à votre avis.<br /> Quoi qu’il en soit je suis bien d’accord qu’il n’y aucune dépollution ici, juste du ménage pour pouvoir coller un autre satellite à la place. Certains devraient vraiment arrêter de jouer les pom-pom girls pour la Chine à la moindre occasion, cela devient gênant.
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