Avec un décollage spectaculaire, Astra rate à nouveau un vol orbital depuis l'Alaska

Eric Bottlaender
Spécialiste espace
29 août 2021 à 20h00
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astra fusée 0006 échec © Astra Space/Nasaspaceflight
Elle a bien failli se coucher sur le pas de tir... Crédits : Astra Space/Nasaspaceflight

Depuis son dernier échec en décembre dernier, les équipes de la start-up du NewSpace californienne pensaient avoir trouvé la clé pour atteindre l'orbite. Le « vol 0006 » a cependant subi la panne d'un moteur juste après son décollage, condamnant cette nouvelle tentative du 29 août 2021.

Le fondateur de l'entreprise Chris Kemp annonce cependant être très fier des efforts accomplis.

Une longue liste de tentatives

Plus que la plupart des entreprises concentrées sur la fabrication et l'opération de lanceurs, Astra fonctionne par la méthode dite de l'itération par l'échec : à chaque vol, de nouveaux défauts sont identifiés et corrigés pour la tentative suivante, jusqu'à obtenir un résultat qui soit reproductible « en masse ».

Un concept intéressant, mais qui nécessite une solide résilience financière et des progrès constants ! L'histoire des fusées d'Astra se conjugue donc avec une complexe litanie de ratés, à commencer par deux vols suborbitaux en 2018 qui ont échoué après quelques poignées de secondes en l'air. Début 2020, Astra (qui entre temps s'est révélée au public) tente une double campagne orbitale avec des tirs qui devaient être espacés de seulement quelques semaines. Mais des soucis techniques clouent « Rocket 3.0 » au sol, et une séquence se termine par un incendie qui détruit la fusée et son infrastructure légère.

Le 31 août 2020, Astra remet le couvert, et les cinq moteurs Dolphin qui propulsent le premier étage l'élancent comme il faut… mais le contrôle de vol est une fois de plus défaillant, et le lanceur réalise d'impressionnants saltos dans le ciel du site de Kodiak en Alaska (toutes les campagnes sont menées sur place). Un nouvel essai prend place en décembre 2020, et l'entreprise déclare même que le vol est un succès… bien que l'ambition était d'atteindre l'orbite et que le deuxième étage ne propulse la charge utile de test que sur une parabole : il manque 500m/s !

Sans excès de confiance, après six mois de travaux et une légère extension des réservoirs de la fusée, les équipes d'Astra semblaient donc sur la bonne voie pour ce nouvel essai en août 2021. La première tentative le 28 s'était soldée par un échec à T-0 avec l'extinction automatique des cinq moteurs. Une seconde ce 29 août (00 h 45 Paris) a mené au décollage, mais une anomalie a très vite condamné le vol.

Quand la fusée marche en crabe

Les images sont spectaculaires. Une seconde après le décollage, l'un des cinq moteurs a subi une anomalie et s'est éteint. Malheureusement, la réduction de la poussée conséquente n'a pas permis à Rocket 3.3 de s'élever correctement dans les airs : malgré un contrôle de vol impressionnant pour garder la fusée droite, il fallut attendre près d'une trentaine de secondes de plus pour la voir prendre de la vitesse avant de dépasser la couche nuageuse au-dessus du site.

Le carburant utilisé, la poussée trop faible et le déficit de vitesse se sont traduits par une trajectoire trop peu optimale pour atteindre l'orbite… Les équipes au sol ont donc commandé l'extinction des moteurs restants avant que la fusée atteigne environ 50 km d'altitude. Les débris sont retombés dans l'océan et n'ont heureusement posé aucun danger.

Nouvel essai dans quelques mois ?

Ce vol était le premier avec une « charge utile commerciale » pour Astra. Toutefois, les guillemets sont de rigueur. En effet, il s'agissait d'un vol au service de la Space Force américaine, qui n'avait pas placé de satellite sous la coiffe, mais installé un bloc d'instrumentation afin de mesurer une multitude de paramètres lors de la montée vers l'orbite. L'objectif annoncé était d'obtenir des relevés précis pour qu'un satellite STP (Space Test Program) puisse y prendre place dans un second temps, les États-Unis ayant acheté deux décollages à Astra.

En faudra-t-il un troisième ? Il est trop tôt pour le dire. Néanmoins Chris Kemp , fondateur et Directeur général de l'entreprise a rappelé à quel point il était fier des efforts accomplis par ses équipes. L'ère à laquelle Astra pourra proposer ses lanceurs au prix super plancher de 2,5 millions de dollars n'est pas encore arrivée (et heureusement pour ses concurrents). Reste à savoir comment ce nouvel échec se répercutera sur la santé financière de l'entreprise, qui est cotée en Bourse depuis le 1er juillet (ASTR, Nasdaq).

Modifié le 30/08/2021 à 08h53
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