Heaven’s Vault : un pas vaut mieux que deux tu courras (🎧 article à écouter)

Par Kevin-J
le 18 mai 2019 à 13h01
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Heaven's Vault

Indiescovery, c'est votre rendez-vous avec le jeu vidéo indépendant. Une chronique libre rédigée avec passion après 2h12 de jeu exactement. Si on vous en parle, c'est qu'on a aimé. Bonne découverte !

Nouveau, vous pouvez désormais écouter votre Indiescovery ! Soyez tolérant, c'est une première ;)


Avant propos


Où l'on parle (calmement) de contemplation...

Les FPS, vous connaissez sûrement. Mais si vous, savez, ce que l'on nommait encore il n'y a « pas si longtemps » des Doom-like. Pour la faire courte, il s'agit de jeux de tir à la première personne popularisés par Doom donc, mais aussi Wolfenstein, Duke Nukem (You wanna dance ?) et autres Call of Duty plus récemment. Et bien ce n'est pas du tout de cela que nous allons parler aujourd'hui. Non, intéressons-nous plutôt aux FPW, ou jeux de marche à la première personne dans notre belle langue. Et si ces deux catégories partagent leur vue à la première personne (également appelée vue subjective) c'est bien le seul point commun qu'il existe entre eux.

« Les FPW pour leur part, nous prennent par la main »


Si nos amis les FPS n'aiment rien tant que nous envoyer voir du pays, arme chargée à bloc, pour dézinguer tout ce qui bouge à un rythme effréné, les FPW pour leur part, nous prennent par la main et nous invite à les découvrir calmement, sans hâte, et sans jamais courir un quelconque danger.

Connus aussi sous le nom de simulateurs de promenade, ces jeux reposent énormément sur leur scénario, et sur la construction de leur univers. Parfois purement narratifs, il leur arrive parfois de se teinter de puzzle game (à la manière de Myst par exemple) ou de tirer vers le jeu d'enquête (jouez à The Vanishing of Ethan Carter par exemple, vous ne serez pas déçu). Ce qui est intéressant avec ce type de jeu, c'est qu'ils se positionnent souvent à des années-lumière du canon du jeu vidéo actuel, qui se centre plus, comme le cinéma, sur l'action et ne laisse souvent que peu de temps pour la contemplation.

Vous le savez peut-être, car je l'ai déjà dit par le passé, mais une partie de mon boulot consiste à réaliser des solutions et guides de jeu. Une pratique particulière, qui me donne l'occasion de jouer à de nombreux AAA. Depuis quelques années, j'enchaîne quasi sans interruption les Destiny 2, Mass Effect Andromeda, Anthem, Assassin's Creed et autres titres du même calibre. Par exemple, en ce moment je « visite » Rage 2 de fond en comble. Ce jeu est la parfaite illustration de cette volonté des éditeurs de nous proposer en permanence des titres menés tambour battant, dans une fuite en avant perpétuelle qui ne s'arrêtera qu'une fois le générique de fin enclenché. Les ennemis et activités y foisonnent, et l'on se retrouve presque en permanence à devoir courir, sauter et tirer sans discontinuer, incapable de reprendre son souffle ou d'admirer le paysage qui nous entoure. Et laissez-moi vous dire qu'à la longue, cela commence à être usant.

Heaven's Vault
Préparez-vous à discuter, beaucoup, pour découvrir les secrets d'Heaven's Vault

Voilà pourquoi je chéris, autant que faire se peut, les titres qui me permettent, simplement, de prendre mon temps. Des titres dont je vous ai déjà parlé, comme Eastshade, Stardew Valley ou encore, Enterres-moi mon amour dans un genre un peu différent. Des titres qui invitent simplement à la contemplation de leur univers, qui laissent le temps de découvrir en profondeur leurs histoires, leurs décors, bref, ce qu'ils veulent nous raconter. Et aucun n'illustre mieux, à mon sens, cette école de pensée, que le Walking Simulator. Si ce nom a été utilisé péjorativement à ses débuts, de nombreux titres d'une grande qualité adoptant ce style ont réussi à faire évoluer les mœurs des joueurs. Et aujourd'hui, le Walking Sim a gagné ses lettres de noblesse, devenant un genre à part entière, avec ses codes, bien évidemment, mais bénéficiant très régulièrement d'évolution extrêmement intéressante, mettant l'accent sur une narration poussée pour certains ou une emphase sur des énigmes environnementales pour d'autres.

« Car au final, ce que j'aime par-dessus tout lorsque je joue à un jeu, c'est explorer »


Car au final, ce que j'aime par-dessus tout lorsque je joue à un jeu, c'est explorer, découvrir les moindres recoins du monde que l'on me présente, fureter à droite à gauche... Bref, dévier des chemins que l'on m'invite à emprunter pour voir tout le reste : des endroits, des panoramas, créés par les développeurs pour le simple plaisir des yeux. Des lieux qui ne servent à rien, qui ne sont pas exploités par le scénario du jeu, mais qui n'existent que pour le plaisir de la découverte. Tous ces petits endroits qui nous font, l'espace de quelques instants, poser la manette pour pouvoir mieux contempler ce que l'on a sous les yeux.

Ce phénomène atteint son paroxysme avec le principe que l'on nomme narration environnementale. Dans sa définition la plus simple, la narration environnementale consiste à raconter une histoire au joueur via les éléments constitutifs du monde qu'il traverse, et l'environnement qui l'entoure. Un jeu comme Bioshock est un parfait exemple d'utilisation réussie de ces principes. Lorsque l'on se déplace dans Rapture, la ville qui sert de décor au jeu, impossible de ne pas comprendre toute la tragédie qui s'y est déroulée. Si l'on peut en apprendre plus sur son histoire via des journaux audio disséminés un peu partout, de nombreux lieux suffisent, par leur agencement, la disposition des objets, des corps même, à montrer ce qui s'y est passé. Les productions d'Arkane (Dishonored et Prey) sont aussi de parfaits exemples de ce type de narration qui, lorsqu'elle est maitrisée, est absolument saisissante.

Heaven's Vault
Les phases de traduction, une jolie invention doublée d'une mécanique fascinante

En matière de narration environnementale, les simulateurs de promenade sont bien souvent dans le haut du panier. The Vanishing of Ethan Carter, que j'ai déjà cité un peu plus haut, est une petite merveille du genre. Chaque recoin du monde que le joueur visite, petite vallée isolée qui a vu disparaitre petit à petit ses habitants au gré de meurtres sordides, possède une force évocatrice incroyable. Et l'on voit, au fur et à mesure que l'on avance dans notre exploration, se dessiner l'histoire des lieux sans pour autant que l'on nous fourre toutes ses clefs dans le bec. C'est aussi ce qui se passe dans les formidables Everybody's Gone to the Rapture, What Remains of Edith Finch ou Firewatch. Autant de petites pépites sur lesquelles je ne saurai trop vous conseiller d'aller jeter un œil fissa.

« Cette solitude, loin d'être pesante, pousse à s'investir pleinement dans les lieux que l'on traverse »


Comme pour renforcer la force évocatrice de leurs univers, et pousser le joueur à s'impliquer, la plupart de ces jeux imposent la solitude. Il est très rare de croiser d'autres protagonistes, si ce n'est par le biais d'artifices narratifs, journaux, souvenirs ou autres fichiers audio que l'on trouvera au gré de nos errances. Cette solitude, loin d'être pesante, pousse à s'investir pleinement dans les lieux que l'on traverse, à les observer véritablement, sans les parasites occasionnés par la présence ou la voix d'autres personnages. Cela pousse aussi, du moins dans mon cas, vers l'introspection. Et quoi qu'on en dise, cela fait du bien, par moment, de prendre simplement son temps, et d'arrêter la fuite en avant perpétuelle à laquelle nous pousse le quotidien.

Heureuse « coïncidence », c'est exactement ce que nous invite à faire Heaven's Vault, l'Indiescovery de cette semaine...

Heaven's Vault


par Inkle (2019)

Heaven's Vault, c'est la toute dernière création du studio Inkle, qui s'est brillamment illustré par le passé avec 80 Days ou la série des Sorcery. Des titres qui mettaient une emphase particulière sur la narration, pour accoucher de résultats aussi étonnants que fabuleux. Et après quelques heures en compagnie de Heaven's Vault, laissez-moi vous dire que les bougres n'ont pas perdu la main. Mais de quoi est-ce qu'il cause ce « petit » jeu ?

Pour la faire courte, le petit dernier de chez Inkle nous colle dans les baskets d'Aliya Elasra, une archéologue/chasseuse de trésor que l'on envoie à la recherche d'un roboticien disparu, en compagnie de Six, un robot fort loquace. Avec pour seul indice en poche une broche antique sa dernière localisation connue, il faudra parcourir la Nébuleuse en long en large en travers pour parvenir à nos fins.

Heaven's Vault
Inspiré par le Moyen-Orient, Heaven's Vault propose des très jolis paysages

Car oui, je ne vous l'ai pas dit, mais Heaven's Vault nous emmène dans une galaxie lointaine, très lointaine, auprès d'une humanité établie dans la Nébuleuse. Une constellation de petites lunes et autres rochers flottant dans l'espace, reliés entre eux par des sortes de rivières éthérées. Fortement inspiré par l'orient, le monde que l'on nous dépeint ici est incroyablement riche, et se pose véritablement comme un protagoniste à part entière. Au fur et à mesure de nos pérégrinations dans la nébuleuse, il sera possible d'en apprendre plus sur le passé de ce petit bout d'espace, sur le mystérieux empire qui a gouverné les lieux des siècles auparavant, et dont on ne sait presque plus rien.

« ce passé oublié, [...] complexe que l'on prendra plaisir à découvrir par bribe »


De planétoïdes en astéroïdes, guidé par les indices laissés par l'homme qu'elle recherche, Aliya découvrira de plus en plus d'informations sur ce passé oublié, dévoilant une histoire riche, complexe que l'on prendra plaisir à découvrir par bribe. Et c'est là qu'intervient le génie d'Inkle en matière de narration. Là où le studio aurait pu se contenter de nous fourguer des notices explicatives à chaque objet découvert, il a décidé de nous coller dans les pattes une langue totalement inconnue que l'on se devra de déchiffrer. Disposant d'un vocabulaire étendu, de verbes et autres pronoms, la langue créée pour l'occasion s'inspire de l'ancien égyptien et du chinois pour nous proposer une écriture sous forme de glyphe.

La plupart des objets que l'on découvrira dans les différents lieux visités porteront des mots, ou des morceaux de phrases, et il faudra tenter d'en comprendre le sens en fonction de l'objet en lui-même, de l'endroit où on l'a trouvé, du contexte, mais aussi, des mots que l'on a déjà traduits. Un travail de reconstitution minutieux qui se complétera et s'affinera au fur et à mesure des découvertes, mais aussi des erreurs, jusqu'à finir par prendre tout son sens. Extrêmement fin et intelligent, ce système nous pousse en permanence à nous intéresser au monde qui nous entoure, à nous impliquer dans la destinée de ce petit bout d'espace lointain. D'autant plus que la narration proposée par Inkle est une pure merveille.

Heaven's Vault
Les phases de navigation proposent des visions somptueuses

L'autre force d'Heaven's Vault, c'est la multiplicité de ses embranchements narratifs. En fonction de votre implication dans le monde, vous pourrez découvrir des pans entiers du récit que d'autres n'auront fait qu'effleurer. Vous pourrez visiter des lieux inconnus d'autres joueurs, simplement parce que vous avez passé plus de temps à fureter dans telle ou telle ville, que vous avez parlé avec tel ou tel personnage croisé. Heaven's Vault est riche, foisonnant, et il ne se dévoilera pleinement que si vous lui consacrez du temps. Prenez le temps d'étudier les bribes d'informations distribuées par le jeu. Fouillez de fond en comble les lieux que vous visitez. Parlez, parlez et reparlez avec les habitants de ce monde, avec Six, votre compagnon robotique, et avec vous-même lorsque cela est nécessaire.

« Heaven's Vault est un jeu absolument fascinant... »


...de ceux qui vous hante même une fois arrêté. De ces jeux qui vous donnent envie de vous relever la nuit, qui vous obsèdent alors même que vous vaquez à d'autres occupations. Est-ce pour autant un jeu abordable, ou exempt de défaut ? Absolument pas. Il souffre déjà de l'obstacle majeur d'être uniquement disponible en anglais, ce qui pourra en rebuter plus d'un, surtout pour un jeu qui touche d'aussi près à la linguistique. On pourra aussi lui reprocher certaines phases de déplacement entre les différentes destinations qui tirent un peu en longueur. Mais bon sang de bois, cela n'est rien par rapport à la satisfaction apportée par la découverte de cet autre monde. Le frisson qui parcourt l'échine lorsque l'on parvient à décoder un morceau de phrase, et qu'un pan entier de l'histoire se dévoile alors, et prend tout son sens.

Je pourrais m'étendre des heures sur ce titre, vous dire que la direction artistique et la bande-son sont magnifiques, mais je ne voudrais pas gâcher le plaisir de la découverte tant elle est centrale dans ce jeu. Ce que j'ai envie de dire revanche, c'est que si vous avez fantasmé sur ce bon vieux professeur Jones durant votre enfance, que l'anglais ne vous rebute pas et que vous avez envie, ou besoin de prendre un peu de temps, vous pouvez foncez sur Heaven's Vault. Vous ne le regretterez pas, j'en suis persuadé.

On vous laisse avec ce trailer du jeu (déjà disponible sur Steam) :

Mots-clés :
Indiescovery
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