Pour les 19 ans du télescope Integral, l'ESA raconte son sauvetage le mois dernier

Eric Bottlaender
Spécialiste espace
19 octobre 2021 à 16h40
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ESA integral telescope © ESA
Vue d'artiste du télescope Integral en orbite. Crédits : ESA

La mission Integral , sur une grande orbite elliptique autour de la Terre, observe les sources d'émission gamma de moyenne énergie de notre univers. Elle fête aujourd'hui ses 19 ans… mais elle a bien failli partir en retraite anticipée en septembre. Les équipes ont dû réagir au quart de tour !

Les opérations sont depuis revenues à la normale.

Du haut de son grand âge…

Ce n'est pas une insulte que de dire que les opérations avec le télescope orbital Integral sont généralement de l'ordre de la routine. Car il fête ce 17 octobre les 19 ans de sa mise en orbite, avec un décollage en 2002 grâce à un lanceur russe Proton.

La mission ESA est gérée au jour le jour par le centre de contrôle de l'ESOC (aux Pays-Bas), le centre dédié aux missions astronomiques, l'ESAC (proche de Madrid) et par les équipes de maintenance d'Airbus Defence & Space qui s'occupent du satellite. Chacune de ses orbites l'emmène entre 1 900 et 147 500 km d'altitude, bien loin des perturbations terrestres, pour qu'il puisse observer avec ses quatre instruments scientifiques quelques-uns des événements les plus énergétiques de l'univers : trous noirs, étoiles à neutron , nuages de gaz, supernovas…

Malgré son âge, il fournit des résultats précieux pour cartographier les sursauts gamma, et ses données ont été cruciales pour mieux comprendre l'origine de l'antimatière dans l'univers proche. Toutefois, Integral a réservé une sacrée surprise à ses équipes le 22 septembre dernier.

Quand Integral joue des tours

En effet, alors que l'activité solaire n'était pas particulièrement élevée ce jour-là, le passage au sein des ceintures de Van Allen a généré une décharge électromagnétique (un SEU ou Single Event Upset) qui a stoppé l'une des roues gyroscopiques maintenant l'orientation du télescope.

En temps normal, ce dernier se serait mis en « mode de sauvegarde » le temps d'envoyer l'alerte aux équipes européennes, se reposant sur ses propulseurs principaux pour gérer son orientation. Sauf que… ces derniers sont en panne depuis plusieurs années. En réalité, les équipes au sol ont détecté le problème assez rapidement, mais même en remettant l'équipement en marche, Integral tournait sur lui-même (lentement, environ trois tours par heure), ce qui ne lui laissait plus que trois heures d'autonomie !

Il aura fallu un certain nombre de coups de fil et une équipe de choc pour prendre les bonnes décisions. D'abord, gagner du temps pour analyser calmement le problème : les instruments scientifiques ont été stoppés (vu la rotation, ils n'allaient pas produire grand-chose), ce qui a repoussé l'échéance de trois nouvelles heures.

ESA integral telescope sauvetage © ESA
Quand on ne sait pas quoi faire et que l'équipe est sur le coup, autant prendre une photo des gens qui bossent. Crédits : ESA

Ground control to major Integral

Puis, les équipes ont réussi à ramener doucement la rotation à quelque chose de contrôlable, en faisant varier les paramètres des trois roues gyroscopiques... ce qui n'était pas facile, car la rotation avait aussi affecté la communication avec Integral.

En fin d'après-midi, le satellite était revenu dans un état acceptable, et ses panneaux faisaient face au Soleil. Une autre dérive la nuit suivante fut gérée de la même façon. « Tout le monde a pu souffler, c'était un grand soulagement, car nous avons vraiment vécu une expérience de mort imminente pour la mission ! », explique Andreas Rudolph, responsable de l'astronomie à l'ESOC.

Depuis le 1er octobre, les instruments scientifiques ont tous repris leur travail. La mission se poursuivra au moins jusqu'au 31 décembre 2022.

Source : ESA

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Pck
Décidément après Hubble entre autres, c’est l’année! Comme quoi, l’espace, ce n’est pas si basique et certains satellites ont des missions bien périlleuses!<br /> La référence au Major Tom est amusante sauf que dans la version de Bowie, ce n’était pas la même «&nbsp;cause&nbsp;» et que la fin a été beaucoup plus … définitive.
juju251
Aller et opérer des machines dans l’espace, même si elles y sont depuis des années reste quelque chose de pas trivial du tout. <br /> Et les personnes qui bossent au sol pour faire tourner ces missions ne sont clairement pas des manches. <br /> Bravos aux gens de l’ESA / Airbus Defence in Space.
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