Test Beats Powerbeats (2020) : écouteurs sportifs et technologiques en semi-liberté

Guillaume Fourcadier
Spécialiste Audio
08 août 2020 à 18h01
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Si les premières années du rachat de Beats par Apple restaient dans la continuité poussive d’une marque certes populaire mais assez en retard techniquement, le constructeur à la pomme s’est, depuis la version 3 des Beats Studio, mais surtout depuis les Powerbeats Pro, décidé à enclencher la machine technologique. La même puce et même avancée que sur les Airpods 2 et AirPods Pro, mais dans une optique légèrement différente, plus colorée, plus sportive. C’est dans cette vision que s’intègrent les Powerbeats édition 2020. Ne dites pas Powerbeats 4, même s’ils constituent la suite des Powerbeats 3, car Apple nous refait le même coup qu’avec l’iPhone SE 2020, en sabrant le numéro. Équivalent avec petit fil (et sans boite de charge) des Powerbeats Pro, les Powerbeats sont-ils aussi intéressants pour 100 euros de moins ?

Le clone qui ne tient qu’à un fil

Pour qui aurait déjà testé les Powerbeats Pro, nous avons exactement les mêmes écouteurs, à quelques détails de conception près : le fil reliant l’un et l’autre, l’absence de connecteur métallique pour la recharge, un port
Lightning (et oui, nous sommes chez Apple) sur l’écouteur droit.

Pour des écouteurs dits tour de cou, le modèle Beats n’est pas un poids plume (26,3 g, contre 20,3 g pour les True Wireless Powerbeats Pro). Les deux écouteurs s’articulent autour d’une section principale presque rectangulaire (circulaire vers le logo, en biais vers le tour d'oreille) en plastique, terminée d’un côté par un tour d'oreille en silicone assez dur, et
de l’autre côté par la partie audio en elle-même, transducteur dans son châssis et couple embout/canule.

Si le design est assez volumineux, camouflé derrière les artifices colorés de la marque (qui est l’une des dernières à oser cela malheureusement),
cela ne se fait pas sans une excellente qualité de fabrication. Rien de
premium, aucune touche de métal, mais un assemblage largement à la hauteur et un plastique assez sérieux. Le câble reliant les deux écouteurs est également assez intéressant, car plutôt épais et visiblement assez solide au niveau de ses deux points de torsion (rentrants dans le crochet de l’écouteur).  

Seul regret, une certification IPX4 qui n’est vraiment que le minimum syndical pour des écouteurs sportifs, pas assez pour un petit passage sous le jet d'un robinet par exemple. En pratique sa résistance est peut-être supérieure, mais nous vous déconseillons de tenter le diable.

Difficile d’être trop regardant, puisque pour 150 euros, la qualité de fabrication est exactement la même que les Powerbeats Pro à 250
euros, Powerbeats Pro déjà très corrects dans leur tranche de prix.

Le produit est livré avec un jeu de 4 embouts, dont une paire (petite taille) dite biflange, à deux capuchons donc. Avant de s’étaler davantage, cela ne change pas grand-chose en pratique, ni le confort ni vraiment l’isolation. Ultime petit cadeau avec une toute petite pochette souple, permettant de protéger à minima les écouteurs. Clairement, la boite de recharge des Powerbeats Pro est un gros avantage par rapport au Powerbeats.

Le sportif pour presque toutes les morphologies

Modèle de la vie de tous les jours mais avant tout des super-sportifs, les Beats Powerbeats comptent sur une certaine universalité de l’oreille humaine, ce qui a de bons côtés mais également quelques écueils.

La tenue ne repose ainsi pas sur un système d’ailettes venant se loger dans la canule, mais du bon vieux système d’accroche tour d’oreille. Le tout fonctionne sur un léger système de vissage, permettant non pas de s’enfoncer mieux dans l’oreille mais d’ajuster le tour d’oreille. Plus le système est tourné, plus il se serre autour de l’oreille. Bonne idée, puisque c’est encore le meilleur système pour une tenue stable, le tout sans pression excessive. Ainsi les Beats Powerbeats se portent des heures sans que leur position ne s’altère, ou que les embouts ne viennent pousser vers l’extérieur (puisqu’aucune pression supplémentaire n’est là).

Mais… il faut également compter sur le poids des Beats Powerbeats (plus le câble) réparti sur le contour de l’oreille, ce qui n’est pas forcément agréable pour tout le monde sur le long terme. Il n’est pas possible de régler en hauteur ce crochet ou de vraiment l’ajuster. Pour les très petites oreilles ou les grandes oreilles, cela rend l’expérience un peu moins idyllique, même si le système de vissage permet un certain delta.  

La pose sur les oreilles n’est également pas l’opération la plus simple du monde. Il faut toujours légèrement tâtonner, jouer avec la rigidité du crochet en silicone pour, une fois le tout en place, avoir un ensemble à la tenue inaltérable.

Notons également un petit temps d’adaptation à ce système de crochet, pour ceux qui n’en ont pas l’habitude. De même, on ne peut pas oublier
ceux pour qui le contact avec le silicone (surtout via la transpiration)
poserait problème. Les embouts sont déjà dans cette matière, mais la surface de contact avec les crochets est largement plus grande, d'où une petite sensation d’irritation possible sur les longues sessions.  

Ceci étant dit, l’usage sportif est un peu différent dans son principe. Ici la tenue des Beats Powerbeats reste excellente, il n’y a pas le moindre ballottement ou décrochage même effectuant un petit trail. Mais comme souvent, le câble et sa bonne rigidité vont diminuer la liberté parfaite existante sur les Powerbeats Pro. On ne parle pas ici de tenue, mais plutôt de sensation de confort, d’impression que ce câble résiste, suit avec un peu de retard. Au moins, l’absence de commande ou de module permet d’éviter toute forme d’asymétrie, ce qui est déjà un plus. De plus, son bon placement évite l’effet de bruit microphonique (sensation de bruit amplifié lorsque le câble frotte), assez exaspérant sur un produit sportif.

On ne peut par parler de modèle sportif sans évoquer la topologie du produit, ici un modèle intra-auriculaire, mais paradoxalement très peu intrusif. Les embouts dépassant assez largement de la canule, ils vont
davantage se reposer sur le conduit que le pénétrer. Bien qu’une petite
impression de pression puisse apparaître, ce qui sera déjà insupportable pour certains utilisateurs, la tenue avec des crochets permet de ne pas concentrer la force vers l’intérieur, ce qui rend les Powerbeats assez agréables sur la durée. Pour les allergiques à ce genre en usage sportif, autant partir sur de vrais semi-intra, voire des écouteurs boutons (type Airpods).

La puce magique

On ne peut pas dire qu’Apple sous-exploite sa puce H1 (introduite sur les Airpods 2). Après une utilisation dans les Powerbeats Pro et dans le casque Beats Solo Pro, la marque l’intègre dans ces Powerbeats 2020, ce qui implique les mêmes qualités et avantages sous iOS que précédemment.

Premièrement l’appairage rapide, ce qui permet de ne même pas passer dans les options Bluetooth de l’appareil.

Cela permet, par extension, de déclencher l’assistant Siri à la voix, un avantage qui peut devenir très important en usage sportif.

La marque reste un peu paresseuse sur le reste, notamment en ne proposant aucune petite option tirant parti de l’écosystème. Pas d’égalisation, de système de localisation, ou de petite surprise.  

Enfin, pour les utilisateurs Android, une application officielle Beats permet d’enregistrer son produit et d’avoir accès au niveau de batterie.

Il n’y a clairement pas autant d’avantages pour un utilisateur iOS ici qu’avec des AirPods Pro, puisqu’il n’y a pas de très gros plus sportif (type GPS ou capteur cardiaque) qu’Apple aurait pu exploiter uniquement sur son OS. Oui, pour cela la marque vend déjà une montre, mais tout de même.

Ergonomie tout en bouton pour des gens tout en sueur

Apple et sa tout modernité, encore à utiliser des boutons ? N’importe quel sportif vous dira que cela reste bien plus pratique, ne serait-ce que parce que doigts en sueur et surface tactile ne sont pas les meilleurs amis du monde. Pour éviter cette imprécision, Beats concentre tous les boutons sur les écouteurs, et non plus sur un module séparé (comme sur les Powerbeats 3), ce qui évite les tâtonnements, en plus d’améliorer la tenue.

À gauche : un bouton d’allumage/appairage. À droite : un bouton multifonctions sur le logo (pause/lecture, passage de piste, appel à l’assistant, suivant le nombre de clics), et le réglage de volume sur la tranche. Clairement, cette solution est encore ce qu’il y a de plus simple,
puisqu’utilisable facilement et sans erreur, en pleine séance de course ou en salle, avec ou sans gant. On peut tout de même reprocher que le bouton multifonctions sur le logo oblige à presser l’écouteur contre l’oreille, ce qui n’est jamais agréable.

Pour aller de pair avec l’ergonomie, la connectivité des Powerbeats 2020 reste aussi bonne que sur le modèle Pro. A ce titre, les Powerbeats Pro se rapprochaient déjà plus d’un modèle tour de cou, la zone comprenant l’électronique étant grosse et assez éloignée du conduit auditif, il aurait été assez aisé de construire une antenne performante, beaucoup plus
performante que sur des True Wireless standards. Il était même presque
envisageable d’intégrer des codecs HD, même si encore une fois l’intérêt est presque nul sur des True Wireless (et iOS ne va pas plus loin que le AAC). Ici, même en étant dans un genre d’hybridation True Wireless/Tour de cou, la marque veut conserver l’excellente stabilité de connexion, ainsi qu’une bonne autonomie, et plafonne donc très logiquement sur du codec AAC.

Si l’on sent qu’une utilisation sur iPad pro lui permet d’exploiter encore mieux les avantages d’un pont 100% iOS mais surtout de la puissance de l’émission de la tablette, l’utilisation sur smartphone Android, même avec le très erratique Pixel 3 XL, est plus que satisfaisante, sauf pour quelques bugs imputables à ce dernier justement.

Légèrement se couper du monde, moins longtemps que prévu

Pas de réduction de bruit active, ce qui est assez logique pour un modèle sportif. Premièrement parce que cette réduction de bruit active n’est vraiment indispensable que dans des usages spécifiques. Deuxièmement,
parce que la suppression engendrée par la réduction de bruit, qui plus est
jamais parfaite, n’est pas forcément conseillée pendant le sport, où les
capillaires (petits vaisseaux) du conduit auditif sont plus gonflés, plus
vulnérables.

Comme nous l’avons déjà précisé, la marque choisit de rester sur une topologie en intra-auriculaire pas trop intrusive et toujours un peu
particulière. Cela donne une bonne isolation des aigus, mais vraiment pas plus, nous avons toujours l’impression de porter des semi-intra, soit une isolation suffisamment bonne pour légèrement atténuer les bruits les plus forts et diminuer les conversations environnantes, mais assez faible pour rester alerte. Pas un produit pour ceux qui souhaiteraient se couper du monde. Nous avons toujours tendance à privilégier ce type de modèle pour un usage sportif, même si Apple aurait pu augmenter cette isolation d’un côté, et proposer un mode transparence de l’autre. Les AirPods Pro ont montré que la puce H1 en était parfaitement capable.

L’autonomie annoncée à 15 h des Beats Powerbeats (contre 9 pour les Powerbeats Pro) reste une performance assez impressionnante sur le
papier, surtout lorsque l’on prend en compte qu’il n’y a pas de module
intégrant la batterie sur le câble. Ainsi, la marque profite très probablement de cette structure non True Wireless pour optimiser l’ensemble. Il est probable que l’un des écouteurs intègre la puce H1 (plus besoin d’en avoir une par côté), de l’autre la batterie.  

En pratique, nous avons plutôt mesuré les chiffres
suivant :

  • Sous Android (pixel 3 XL) en codec AAC : 13 h 45
  • Sous iOS (IPad Pro 2018) en codec AAC : 13 h, sachant que l’iPad donne généralement les meilleurs chiffres (volume probablement un peu plus élevé)

Ce chiffre n’est donc pas aussi fabuleux qu’attendu, et finalement assez proche de ce qui existait déjà sur les Powerbeats Pro, mini-déception
donc, puisque, cela c'est une performance assez classique pour un produit tour de nuque. La gestion de la batterie est également un peu étrange, puisqu’iOS ne permet ici pas vraiment de connaître son niveau précis. Quant à Android, il faudra passer par l’application Beats, ou une application tierce type AirBattery, permettant d’assez bien gérer cela pour les produits sous puce Apple.

Les basses d’une marque enfin à maturité

Les lieux communs ont la vie dure. Et si la réputation de grosses basses qui tachent est clairement justifiée sur la plupart des produits Beats depuis 2007, les récents modèles ont largement mis à mal ce que l’on croyait immuable. Le Beats Solo Pro était presque équilibré, les Powerbeats légèrement basseux mais plutôt maitrisé. Ici… le rendu nous semble à peu près équivalent aux Powerbeats Pro, peut-être même absolument identique. N’ayant pas les deux sous la main, tout cela se fait de mémoire.

La signature sonore est marquée par des basses commençant assez fort, mais s’adoucissant en arrivant sur les bas-médiums, ce qui donne une très légère lourdeur mais surtout une bonne assise dans l’écoute et, surtout à l’extérieur, une sorte de sensation d’équilibre, l’oreille humaine ayant besoin d’un petit boost dans les basses pour ne pas s’ennuyer. Ainsi, nous
retrouvons à la fois une bonne immersion, portée par ces basses profondes mais également étonnamment réactives, s’éloignant clairement du rendu mollasson que l’on avait encore sur le Studio 3.

Les Beats Powerbeats n’échappent pas à quelques petits débordements sur le médiums, ce qui fait que nous ne sommes pas au niveau des AirPods Pro sur cette gamme, mais tout ce qui se rapporte à ce registre demeure suffisamment clair et intelligible.

Une autre légère zone d’emphase fait son apparition dans les haut-médiums (autour de 2-4 khz), une zone que l’oreille humaine commence déjà à accentuer d’elle-même. Cela donne à la fois du tranchant, mais surtout une excellente clarté. N’importe quel morceau bien patateux sera parfaitement reproduit ici. En contrepartie, l’écoute n’est pas la plus douce du monde, il est préférable de conserver un volume modéré pour ne pas se fatiguer l’oreille ou se vriller le crâne.

Les aigus sont un peu à l’image de ce qui existe déjà sur les autres modèles de chez Apple, voire un peu plus raffinée. L’extension n’est pas mauvaise en soit, d’où un niveau de détails et une aération à la hauteur,
voire au-dessus de la moyenne, mais un niveau de précision qui n’est pas encore là, ce qui se ressent par exemple dans la séparation des instruments. À la décharge des Powerbeats, les marques sachant bien manier les aigus dans le domaine des écouteurs Bluetooth sont assez rares.

Au final, Beats conserve ce qui était déjà assez bien géré sur les Powerbeats Pro, mais ramené à un tarif moindre et à une catégorie un peu différente. Pour le coup, les Powerbeats 2020, sans être irréprochables,
rendent une copie assez technique, puissante, sans être caricaturale.

L’avis de Clubic sur les Beats Powerbeats (2020)

Totalement basés sur les Powerbeats Pro, les Powerbeats 4ème mouture déroulent avec la même aisance les bons points, la tenue absolument
irréprochable et la sonorité beaucoup plus maitrisée qu’on ne pourrait le
penser. Mais, dans l’impossibilité d’aller trop loin pour ne pas ringardiser son aîné, le modèle rate également la possibilité d’intégrer des améliorations. Un True Wireless excellent qui devient alors un tour de cou seulement très bon, plus que valable sur le rapport qualité-prix.

Beats Powerbeats (2020)

8

Sans être parfaits, les Powerbeats édition 2020 sont d'excellents écouteurs sportifs, tout aussi valables que les Powerbeats Pro dont ils empruntent pratiquement tous les points

Les plus

  • Tenue irréprochable
  • Son puissant mais bien maîtrisé
  • La qualité de la connexion
  • Déclenchement Siri à la voix (iOS)

Les moins

  • "Seulement" IPX4
  • Autonomie moins élevée qu'annoncé
  • Confort pas totalement universel

Fabrication 8

Confort 7

Tenue 9

Son 8

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