Doom Patrol : le résultat inattendu d'une rencontre entre Misfits et DC

10 octobre 2020 à 15h15
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Récemment renouvelée pour une troisième saison, Doom Patrol a déjà été évoquée succinctement dans le Veilleur d'écran[s], notamment dans notre sélection des meilleures séries de 2019. Elle n'avait toutefois pas encore fait l'objet d'une chronique dédiée, et il était plus que temps de corriger cela.

Le veilleur d'écran[s] S04E06 📺 : Doom Patrol

Dans un contexte où l'offre en matière de séries n'a jamais été aussi pléthorique, le Veilleur d'écran[s] se propose d'être votre guide à travers les saisons. Qu'il s'agisse d'une ancienne série aujourd'hui culte, d'un carton récent ou d'un show plus anonyme, cette chronique vous aidera à ne perdre votre temps qu'en bonne compagnie.

Accompagnez la lecture de cet article avec la musique de la série :

Doom Patrol : une équipe casanière qui ne fait Pat'Patrouille

Depuis plusieurs mois maintenant, quand il est question d'une « série de super-héros différente », la plupart des regards se tournent, à raison certes, vers des shows comme The Umbrella Academy ou The Boys. Nous avons d'ailleurs déjà eu l'occasion d'évoquer les nombreuses qualité de cette dernière. Or, finalement, malgré une approche assez brute, un ton décomplexé et des héros corrompus jusqu'à l'os, la série d'Amazon Prime demeure relativement classique en termes de structure narrative et de pouvoirs des personnages.

De son côté, The Umbrella Academy, malgré une saison 2 mieux maîtrisée que la première, a quand même du mal à captiver son monde… Alors, pour celles et ceux qui voudraient quelque chose de véritablement différent, il y a Doom Patrol.

Introduits rapidement dans la série DCTitans (qu'il n'est toutefois pas nécessaire d'avoir vue pour saisir les subtilités du show), les personnages de Doom Patrol sont finalement à peine qualifiables de héros. D'ailleurs, tous subissent leur « pouvoir », qui ressemble, la plupart du temps, plus à une malédiction qu'autre chose. Dans le genre, difficile de ne pas penser à l'excellente série anglaise Misfits, par exemple.

Cliff Steele, a.k.a Robotman (incarné par un Brendan Fraser au langage spécialement fleuri), a subit un grave accident de voiture, ne laissant que son cerveau intact, désormais engoncé dans un corps robotique lowtech, dont il ne peut rien faire. Rita Farr (April Bowlby) a été infectée par une sorte de virus, lui permettant de rendre son corps élastique… Quand il ne le fait pas de lui-même, sans prévenir. Enfin, Jane (Diane Guerrero, dont la solide performance devant la caméra rappelle celle de Tatiana Maslany dans Orphan Black), elle, est dotée de dizaines de pouvoirs puissants… Mais chacun appartient à l'une de ses multiples personnalités qui n'en font qu'à leur tête.

With lame powers comes some responsability

Je pourrais continuer les présentations, mais vous avez sans doute saisi l'idée, je vous laisserai donc découvrir les autres personnages par vous-même. Notez cependant qu'un certain Cyborg (Joivan Wade) est également au casting et que tout ce beau monde a été recueilli dans un manoir appartenant au scientifique Niles Caulder (Timothy Dalton).

Au début, cette équipe de bras cassés n'a pas d'autre vocation que de vivre une vie compliquée en marge de la société, chacun apprenant à accepter ses différences.

Sauf que, vous vous en doutez, le destin va en décider autrement.

Quand l'ennemi juré de Caulder revient et enlève ce dernier, nos héros vont plus ou moins décider de former un véritable groupe et de partir à la recherche de ce formidable adversaire, incarné par le non moins formidable Alan Tudyk. Il faut dire que si Mr. Nobody - c'est son nom - ne possède plus de corps, il est devenu omniscient. Cela lui permet, notamment, de briser le 4ème mur régulièrement en devenant un narrateur très décomplexé.

« Doom Patrol est tellement étonnante, unique et solide qu'elle mériterait d'être qualifiée d'ovni »

Cette série de super-héros ne ressemble donc à aucune autre et rentre finalement à peine dans cette case. La dimension méta apportée de temps à autres par l'antagoniste, surtout durant la première saison, n'est évidemment pas étranger au succès comique et atypique de l'ensemble.

Bien que sombre et fortement psychologique en son cœur, à l'image de ce narrateur improbable, Doom Patrol est aussi hautement imprévisible, drôle et absurde, ponctuée de nombreux passages aussi « WTF ?! » que géniaux.

Smoke Patrol

Je résiste à l'envie de vous donner des exemples concrets pour vous laisser l'effet de surprise, tant il s'agit de l'un des ressorts essentiels du show. Je m'autorise cependant à souligner la présence de personnages secondaires barrés et dotés de pouvoir si aberrants que l'on est en droit de se demander ce qu'ont consommé leurs créateurs au moment de les inventer !

Le revers de la médaille, c'est que la série donne parfois l'impression de ne pas suivre de direction précise… Et risque ainsi de perdre quelques spectateurs en route. Le sentiment est bien sûr renforcé par ses nombreuses prises de risques narratives et visuelles, ou encore ses longs dialogues introspectifs.

On se laisse pourtant porter par les événements, les personnages attachants et les multiples histoires dans l'histoire que les scénaristes veulent nous raconter.

Il faut dire que Doom Patrol va toujours plus loin que les autres quand il s'agit d'aborder des problématiques de fond affectant de près ou de loin des personnages qui restent avant tout des humains. Au milieu des intrigues scénaristiques, la série se permet ainsi d'explorer et de détricoter les nombreux problèmes et démons de ses héros.

Affublés d'un passé encore plus compliqué que ne l'est leur présent, les membres de la Doom Patrol ne sont pas étrangers aux soucis familiaux, mauvaises décisions, crises d'identité ou autres problématiques plus spécifiques - comme l'homophobie pour ne citer qu'un exemple.

Tolérance héros

Au fil des épisodes, chaque héros essaie (ou non) de s'accepter et de s’accommoder du regard des autres. Et autant vous dire que ce n'est pas une partie de plaisir tant il y a du travail.

C'est aussi là que la magie opère. Sur le papier, l'équilibre entre humour absurde et réflexions profondes de Doom Patrol ne devrait pas fonctionner, pourtant le résultat est là et régulièrement le spectateur est emporté avec les personnages dans une direction tout à fait inattendue.

Pour parachever le tout, Doom Patrol jouit, dès son superbe générique d'introduction, d'une photo exemplaire et d'une excellente bande-son, signée Clint Mansell (que l'on retrouve également derrière le film Moon ou le jeu vidéo Mass Effect 3, entre autres). Vous le savez probablement si vous lisez cette chronique depuis un moment, je suis spécialement sensible à la réalisation et à l'enrobage de mes séries. C'est donc selon moi un très bon point pour le show, qui revêt dès lors une véritable patte et se dote d'une âme à part entière, renforçant encore un peu plus sa singularité dans le paysage des séries super-héroïques.

Sauf cas exceptionnel, j'essaie, au maximum, d'éviter de qualifier des séries de « pépites » ou d'« OVNI ». Mais ici, force est de reconnaître que Doom Patrol est tellement étonnante, unique et solide qu'elle mériterait un tel compliment.

À l'instar de ce show doté d'un important et joli message de tolérance envers les gens jugés « différents », je ne peux donc que vous inviter à ne pas vous arrêter à son atypique et déroutante couverture, pour lui laisser sa chance.

Cette série est pour vous si :
- Vous aimez les personnages riches et dysfonctionnels
- Vous voulez une série de super héros vraiment différente
- Vous appréciez les séries perchées et un peu méta
Cette série n'est pas pour vous si :
- Vous préférez vos héros avec plus de pouvoirs et moins de problèmes
- Vous n'aimez pas les shows aux directions étranges et peu claires
- La vulgarité vous gêne (il y a un nombre de « Fuck » non négligeable)

Diffusée sur DC Universe puis HBO Max aux Etats-Unis, Doom Patrol est proposée en France du côté de Syfy.

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