Phobos : embarquez pour une télé-réalité spatiale à haut risque vers la planète rouge

26 juin 2021 à 11h11
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Entre 2015 et 2017 les éditions Robert Laffont publiaient Phobos, une saga littéraire de Victor Dixen. Quatre ans plus tard l’œuvre est de retour sous forme de bande dessinée chez Glénat, toujours avec Victor Dixen au scénario. Un véritable page-turner.

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Nous nous donnons 5 citations et 5 paragraphes pour vous convaincre.

Phobos (2021)

de Victor Dixen et Eduardo Francisco

Dans le futur, la NASA a été rachetée par Atlas Capital, un fonds privé déterminé à rendre l’exploration spatiale rentable. Les choses n’ont pas changé, l’Humanité rêve toujours d’aller sur Mars . Et c’est justement ce qu’a décidé de faire le groupe industriel en créant la mission Genesis.

Le but : envoyer une équipe de douze astronautes sur Mars pour coloniser la planète, le tout… sous l'œil des caméras ! Les astronautes choisis sont six filles et six garçons, jeunes, charmants et célibataires… Un speed-dating spatial complètement dérangé qui risque de très mal se terminer !

« J’ai l’impression d’être la Cendrillon du Canigou »

Léonor est bien loin de toutes ces préoccupations. Abandonnée dans une poubelle quand elle était bébé, l'orpheline bosse dans une usine de pâté pour chien afin de gagner sa croûte. Lorsqu’elle tombe sur l’annonce de casting d’Atlas Capital, elle voit là un moyen de changer sa vie. C’est décidé : elle va tenter de s’engager dans la mission Genesis !

Phobos image1 © Eduardo Francisco - Glénat
© Glénat

Nous retrouvons Léonor un an et demi plus tard sur la zone de lancement du projet Genesis. Elle a réussi à se démarquer des milliers de candidats venus des quatre coins du monde, et a suivi une formation intensive pour se rendre utile à l’intérieur du vaisseau. Elle fait donc désormais partie des douze jeunes personnes choisies pour coloniser Mars !

« Acceptez-vous de représenter l’Humanité sur Mars ? »

Mais ce qui semblait être un bon plan pour se faire beaucoup d’argent d’un coup se révèle être le plus gros engagement de sa vie. Sous l'œil des caméras du monde entier, Léonor doit prêter serment, de même que ses onze compagnons d’aventure. Pendant tout le voyage, une femme sera régulièrement tirée au sort et devra choisir un homme pour une rencontre-éclair dans une boule de verre géante suspendue dans l’espace.

Ainsi, chaque semaine, les candidats établiront leur liste de cœur, en classant leurs prétendants préférés du plus au moins séduisant. Une manière de créer des couples de toute pièce avant d'arriver sur Mars, pour « peupler » cette nouvelle planète. Pourquoi ne pas envoyer des couples déjà formés, me direz-vous ? Parce que ça aurait beaucoup moins d’intérêt en termes d’audimat !

Durant tout le programme, les téléspectateurs peuvent aussi envoyer de l’argent aux candidats, lequel pourra être dépensé après leur arrivée sur la planète rouge. À peine la mission lancée, le programme captive déjà le monde entier, et Atlas Capital se frotte les mains. D’autant que la compagnie cache un terrible secret...

« Ce sont les prétendants qui vont mourir dans quelques mois, pas vous ! »

On l’apprend dès les premières pages de l'œuvre : la mission Genesis est en fait vouée à l’échec. Les animaux envoyés préalablement dans les locaux robotiquement assemblés sur Mars sont tous décédés. Et pour cause, les infrastructures vers lesquelles font route nos douze jeunes prodiges ne sont pas viables.

Dès cet annonce, Phobos prend une toute autre tournure : on pensait lire l’histoire légère, quoique malsaine, d’une télé-réalité hors du commun. L'œuvre se pare d’un aspect thriller, alors qu'une course contre la montre est engagée pour Léonor et ses potes.

Le scénario nous fait suivre à la fois l’histoire des « candidats » sur le vaisseau, et celle des pontes d’Atlas Capital, restés sur terre et occupés à enterrer la vérité. Soyons honnêtes : Phobos est, dans un premier temps, maladroite. La situation initiale est exposée de façon poussive, on sent que Victor Dixen essaie de présenter avec trop de précision son héroïne principale et son univers. Or la BD ne permet pas d’être aussi bavard que l'écriture en prose d'un roman.

Les premières pages peuvent donc rendre perplexe, peut-être même inquiéter un peu les lecteurs non avertis. Au fil de la lecture pourtant, on se prend au jeu : Léonor va-t-elle parvenir à conquérir le cœur des spectateurs ? Qui seront nos candidats préférés ? L’équipe va-t-elle sauver sa vie face à ce fonds d’investissements sans scrupule ?

« En ce qui me concerne, l’amour avec un grand A, j’en ai rien à cirer ! »

Phobos image2 © Eduardo Francisco - Glénat
© Glénat

Phobos est aussi portée par le charisme de Léonor, cette candidate « outsider ». Et si le trait d’Eduardo Francisco peut sembler un peu commercial, presque aseptisé, il est en fait tracé à l’image de cette télé-réalité diabolique.

Toutes les filles de l’expédition sont des Barbies en puissance, tous les garçons sont des Ken, et c’est finalement un choix graphique intéressant, parce que très vite, on apprend à gratter la surface. On découvre qu’une candidate a failli être mariée de force, une autre a de sérieux problèmes de nerfs… Dans une société entièrement tournée vers les apparences, Victor Dixen et Eduardo Francisco jouent alors habilement avec nos préjugés.

« Elle s’est grillée avec le Chinois, et je parie que les spectateurs ne lui enverront pas un centime ! »

En un sens, Phobos fait un peu penser à Punk Rock Jesus de Sean Murphy . L’histoire d’un monde perverti par la télévision, avide de spectacle, aussi vain et cruel soit-il. L’histoire d’un capitalisme galopant, qui ne recule devant rien pour se faire une montagne de pognon.

Si ce premier tome peut d'abord sembler un peu artificiel et maladroit, il vaut assurément le coup d'œil, et je vous invite à lui donner sa chance : Phobos captive, surprend, et nous donne envie de lire le second volume très très vite.

Phobos par Dixen x Francisco © © Glénat
© Glénat

Phobos est édité chez Glénat .

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