Escale à Yokohama : la douce torpeur d'après la fin du monde

« Post-apocalyptique, robots » : voici dans quels thèmes est classifié le manga Escale à Yokohama. Pourtant en feuilletant ses premières pages, on ne dirait pas ! Ce n'est qu'au cours du premier chapitre qu’on découvre que l’histoire se passe après la fin du monde, et que l’héroïne est en fait un robot humanoïde.

Clubic aime la science, Clubic aime l'avenir, Clubic aime la science-fiction. Avec · S | F · nous vous partagerons régulièrement nos recommandations dans le domaine de l'imaginaire : littérature, bande dessinée mais aussi films...  

Nous nous donnons 5 citations et 5 paragraphes pour vous convaincre.

Escale à Yokohama (1994, 2021 en France)

Hitoshi Ashinano

Yokohama est une ville portuaire située juste à côté de Tokyo, à l’Est du Japon. Elle borde la mer et les riverains peuvent y contempler chaque jour le bal des bateaux qui pénètrent et quittent le port. Enfin, ça, c’était avant.

La nouvelle Yokohama est située plus en hauteur, et elle est bien plus petite. Et pour cause, les eaux ont englouti une bonne partie du pays, et les habitants se font particulièrement rare. À quelque kilomètres de la ville vit Alpha, un robot humanoïde. Son propriétaire est le tenancier d’un café, mais celui-ci a mystérieusement disparu, depuis longtemps maintenant. Alors, en attendant le retour de son maître, Alpha s’occupe du café et sert les rares visiteurs qui y passent.

« Qui aurait cru que le déclin de la civilisation permettrait de profiter de la vie ? »

Vous l’aurez compris, l’ambiance de cette œuvre est plutôt paisible. On ne sait pas vraiment ce qui a conduit la civilisation à sa perte, mais ces événements semblent lointains et le danger relativement écarté. Ne restent que quelques individus qui profitent du calme ambiant.

Beaucoup d'œuvres de science-fiction imaginant l’après-fin du monde la racontent violente et dangereuse. Dans Escale à Yokohama, la violence est visiblement derrière l'humanité, et a laissé place à une douceur mélancolique, une certaine torpeur même. Alpha, elle, passe de longues journées au café, à fixer l’horizon, espérant voir le retour de son maître.

« C’est comme si la grande ville de Yokohama n’avait jamais existé »

Au fil des pages, les personnages vont évoquer la fin du monde comme un événement lointain, sans rentrer dans les détails. Un flashback par exemple va nous ramener au début des mystérieux événements, alors que deux personnages roulent en moto jusqu’à une route fermée à cause des dégâts créés par la mer.

Le sable a tout recouvert, sans violence, mais de façon inéluctable. Les deux protagonistes avancent péniblement sur leur moto : ils sont obligés de ralentir, presque de s’arrêter, comme une prémonition au rythme de vie qu’ils devront ensuite adopter.

Alpha n’est pas seule dans son village : le responsable de la station essence du coin, lui aussi en manque de clients, vient parfois lui rendre visite. Au fil des chapitres, quelques personnages viendront égayer sa vie, sans non plus l’envahir.

« Quoi ?! Vous êtes un robot ?! »

Le côté futuriste du manga est finalement peu visible, seulement signifié à travers quelques détails. Alpha se voit offrir un étrange appareil photo dont une partie doit être placée dans la bouche pour bien viser. Un nouveau visiteur se promène avec un drôle d’animal de compagnie hybride. Et lorsque notre protagoniste sera frappée par un éclair, une doctoresse se chargera de lui enlever la peau pour lui en mettre une toute neuve.

La façon dont Hitoshi Ashinano représente le futur est à la fois étonnante mais aussi logique : la technologie n’y a pas une place prépondérante, elle est plutôt visible par petites touches. Alpha est un robot, mais on a tendance à l’oublier tant cet aspect est secondaire dans l’histoire.

« Des fois, j’peux pas m’empêcher de m’demander… si Alpha n’est pas humaine »

L’héroïne de l’histoire a beau ne pas être humaine, on s’attache quand même à elle parce qu’elle est touchante dans son éternel optimisme. Son maître a disparu depuis très longtemps et rien n’indique qu’il reviendra un jour. Pourtant, elle attend quand même patiemment son retour, avec confiance.

Escale à Yokohama image 2 © Hitoshi Ashinano / Meian

Escale à Yokohama est presque une leçon sur l’importance de savourer les petites choses de la vie, goûter un quotidien paisible, sans enjeux, dans une société qui s’est tout simplement arrêtée. Et on en vient même à se demander : finalement, la fin du monde serait-elle si dramatique ?

« Pour toi, une année ou un jour, c’est peut-être la même chose… »

Evidemment, ce manga ne plaira pas à tout le monde. Avec son récit de type tranches de vie, il pourra perdre certains lecteurs en mal d’action.

Reste que Escale à Yokohama est sans nul doute une œuvre originale, touchante par sa simplicité, et pleine de bonnes idées. Un manga qu’il est bon de pouvoir enfin découvrir en français, presque trente ans après sa sortie au Japon. Les deux premiers tomes sont disponibles chez Meian, les deux suivants sortiront au mois de juin prochain, la série compte en tout dix-sept volumes.

Escale à Yokohama couverture © Hitoshi Ashinano / Meian

Escale à Yokohama est édité chez Meian .

À la recherche d'un roman, d'un film ou d'une BD ?

Retrouvez ici tous les épisodes de notre chronique · S | F ·

Soyez toujours courtois dans vos commentaires.
Respectez le réglement de la communauté.
1
2
Voir tous les messages sur le forum

Lectures liées

Le Dernier Voyage : l'apocalypse au clair de lune
La revue Métal Hurlant est de retour : rencontre avec Vincent Bernière, son nouveau rédacteur en chef
Jachère : votre chronique SF découvre une Terre hors du temps
Twitch a 10 ans : retour sur un pionnier du stream en direct et sur l'avenir de la plateforme
Asus ROG sort son premier manga dédié au... streaming ! Découvrez les premiers chapitres
Eden : à la recherche du paradis au cœur d'une pandémie
LEGO : l’inclusivité est-elle une question de plastique ?
Le puzzle game atmosphérique Lego Builder's Journey se montre en ray tracing avant sa sortie sur PC et Switch
Oxygène : plongée en apnée à la recherche d'identité
Terre… Siècle 24 : l’humanité face à l’IA responsable de son déclin
Haut de page