L'UFC-Que Choisir pointe du doigt les faibles débits en zones rurales et "l'inadmissible fracture numérique"

Alexandre Boero
Par Alexandre Boero, Journaliste-reporter, chargé de l'actu.
Publié le 27 janvier 2022 à 11h30
© Farbsynthese / Pixabay
© Farbsynthese / Pixabay

L'association de consommateurs déplore le trop grand écart de débits mobiles entre les zones rurales et les zones plus denses, dans une nouvelle étude publiée ce jeudi.

L'an dernier, l'UFC-Que Choisir lançait son application collaborative gratuite, QuelDébit, disponible sur Android et iOS, afin de permettre aux Français de mesurer la qualité de leur connexion internet, de façon à bâtir un baromètre des débits mobiles dans les zones rurales, intermédiaires et denses. Alors qu'elle compte près de 50 000 utilisateurs pour son outil, l'association de consommateurs a rendu son verdict. Elle dénonce une « inadmissible fracture numérique », matérialisée par des zones rurales qui ont du mal à accéder à un « bon haut débit », que ce soit en 4G ou en 5G.

Orange, meilleurs débits en 4G ; Free Mobile, priorité aux zones rurales

L'UFC-Que Choisir a publié jeudi ses indicateurs sur une base de 520 000 tests réalisés jusqu'au 30 novembre 2021, qui ont l'avantage de placer les différents opérateurs sur un pied d'égalité : 27 % des tests ont été réalisés sous Orange, 24,7 % sous SFR, 24,5 % sous Bouygues Telecom, et 23,9 % sous Free Mobile. Rappelons que l'on considère une zone urbaine (ou dense) toute agglomération de plus de 400 000 habitants. Les zones intermédiaires, elles, sont comprises entre 10 000 et 400 000 habitants, et les zones rurales rassemblent les agglomérations de moins de 10 000 habitants, ainsi que les plus petites communes situées hors agglomérations.

L'association de consommateurs fait un constat sans appel. Concernant la 4G, qui pèse pour 95 % des données collectées par l'appli QuelDébit, il n'y a pas vraiment de surprise : les disparités entre les zones sont réelles, et ce, chez tous les opérateurs, même si Orange offre par exemple de meilleurs débits descendants (téléchargement), avec une moyenne de 61,5 Mbit/s (contre 40,7 Mbit/s pour SFR, 37,5 Mbit/s pour Free et 36,6 Mbit/s pour Bouygues).

En zones urbaines, l'application de l'association fait remonter des débits descendants moyens de 55,3 Mbit/s. Dans les zones intermédiaires, on tombe à 42,3 Mbit/s, alors que dans les zones rurales, cette moyenne est la plus basse : 33,3 Mbit/s. On note tout de même que Free Mobile fait figure d'exception, en étant le seul opérateur à présenter de meilleurs débits en zones rurales (40,6 Mbit/s) qu'en zones intermédiaires (37,3 Mbit/s) et urbaines (31,8 Mbit/s).

© UFC-Que Choisir
© UFC-Que Choisir

Le constat est globalement le même s'agissant des débits montants (émission de données). Orange présente la meilleure moyenne (12,8 Mbit/s, devant Bouygues, SFR et Free), tandis que les zones urbaines sont une nouvelle fois les plus avantagées, avec des débits moyens de 13,6 Mbit/s, contre 10,7 Mbit/s en zones intermédiaires et 8,5 Mbit/s dans les zones rurales.

© UFC-Que Choisir

Une 5G faible en zones rurales et des débits filaires loin des attentes

Dans les zones urbaines donc, les débits moyens sont 66 % plus élevés qu'en zones rurales (55,3 contre 33,3 Mbit/s). Concernant la latence, c'est-à-dire la vitesse de transmission des données, les zones urbaines présentent là aussi de meilleurs résultats (67 ms) en comparaison aux zones intermédiaires (77 ms) et rurales (87 ms).

La 5G, de son côté, permet à ce stade un gain de vitesse tout bonnement considérable dans les zones urbaines et les zones intermédiaires, avec des débits quatre à cinq fois supérieurs au moment de basculer de la 4G à la 5G (qui dépasse les 200 Mbit/s en moyenne en download). En revanche, c'est beaucoup moins évident dans les zones rurales, où le débit moyen en 5G (48,9 Mbit/s) peut même être plus faible que la 4G des plus grandes villes et zones intermédiaires.

Pour accentuer le tout, l'UFC-Que Choisir a consacré un pan de son étude aux débits filaires, et celui-ci soulève un point critique. Alors que la qualité minimale évoquée devait être de 3 Mbit/s (ce qui reste particulièrement bas), 14,3 % des débits relevés sont inférieurs à ce seuil. Dans les zones rurales, c'est le cas dans presque 20 % des cas, on considère aujourd'hui comme un « bon haut débit » une connexion filaire supérieure à 8 Mbit/s. En l'occurrence, aujourd'hui, ce débit n'est pas atteint dans 25 % des cas au niveau national, et pour 32 % des consommateurs situés en zones rurales. L'UFC-Que Choisir évoque ici une fracture numérique, qu'elle juge « inadmissible ». Rappelons que d'ici la fin de l'année 2022, tous les Français seront censés bénéficier d'une connexion très haut débit filaire d'au moins 30 Mbit/s. Autant dire que ce n'est pas gagné.

© UFC-Que Choisir
Par Alexandre Boero
Journaliste-reporter, chargé de l'actu

Journaliste, chargé de l'actualité de Clubic. En soutien direct du rédacteur en chef, je suis aussi le reporter et le vidéaste de la bande. Journaliste de formation, j'ai fait mes gammes à l'EJCAM, école reconnue par la profession, où j'ai bouclé mon Master avec une mention « Bien » et un mémoire sur les médias en poche.

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xylf

Et ça, c’est sans parler des zones blanches. Avec la privatisation, c’était couru d’avance. La priorité c’est faire du benef, et c’est plus facile d’en faire la ou il y a du monde. L’investissement rurale rapporté peu, donc peu d’effort de fait.

LeToi

Attention juste à ne pas confondre les services de l’état et ceux des opérateurs téléphoniques :wink: (que l’état peut punir, certes)

chicour

Les investissements locaux sont aussi à la hauteur du prix de l’immobilier et des impôts fonciers
Il est compréhensible qu’en ville quand 10m de câble te dessert 30 personnes qui des impôts fonciers énormes tu es plus de services (internet, hôpitaux) qu’à la campagne ou pour le prix de 10m2 à Paris t’as 100m2 habitable
Malheureusement on ne peut pas tout avoir. C’est être demago que de promettre que tout le monde doit avoir accès égalitaire ment à tout

Pour certains vivre en ville ce n’est pas un choix mais une obligation du fait de l’emplacement de son travail

ld9474

« Il est compréhensible qu’en ville quand 10m de câble te dessert 30 personnes qui des impôts fonciers énormes tu es plus de services (internet, hôpitaux) qu’à la campagne ou pour le prix de 10m2 à Paris t’as 100m2 habitable »
De mémoire notre « pacte social » est juste le contraire de ce que vous dites… Qu’un citadin ait 100 mètres à faire pour un medecin et le rural 10km soit mais qu’on en arrive au point de ne plus rien avoir…
Pour ce qui est de la connexion, j’ai une chance extrême, c’est le département qui a fibré. Sans quoi je n’aurai toujours rien même si j’ai attendu très très longtemps…

chicour

Tout n’est pas rose en ville. Quand début décembre avant le télé travail ‹ obligatoire ›-belle blague- tu faisais 2km en 40 minutes à cause des bouchons ça te pourrit la vie
Chose que je n’ai jamais connu à la campagne il y a quelques années

Pour info c’était un déplacement pour acheter quelque chose sinon c’est en trottinette

dante0891

Pourtant l’Etat donne de l’argent pour qu’il y a de l’investissement de fait sur les zones à faible population.

Après c’est le serpent qui se mord la queue. Les villages veulent des habitants mais ne peuvent/veulent pas investir. Et les habitants veulent bien y aller pour avoir une meilleure qualité de vie mais ne peuvent/veulent pas à cause de cette inconvénient.

Je pense que beaucoup maintenant regarde le débit internet avant d’acheter. Avoir ses débits 4K, pouvoir télétravailler en bonne condition (avoir sa caméra pour la visio qui saccade car pas assez de débit c’est moyen)…

xylf

L’état donne dans une certaine proportion, et si l’état ne fait rien, le privé ne fera rien car pas sa priorité de rentabilité.

@chicour heureusement qu’il n’y a pas eu ce genre de réflexion des 10m a l’époque où a été déployée l’eau courante. C’est un choc générationnel que tu nous sors la (sans offense). Ça montre justement la différence entre un service public puis une privatisation : quand l’état fournissait le service l’objectif est de servir au bien commun, rendre le service accessible à tous, puis après rentabiliser/amortir les coûts; le privé rentabilisé et fait profit pour objectif et ira gratter les dernièrs clients ou non desservi en dernier recours

LeToi

Pour la fibre, oui, c’est largement subventionné par l’état et les collectivités, mais pour parler du réseau téléphonique et cellulaire, il me semble que c’est quasi entièrement à la charge de l’opérateur…

Steph29

Maintenant j’habite à la campagne et je ne vais pas me plaindre d’avoir des services moins bons que en ville, je suis bien content de ne pas y habiter. Il est logique qu’un operateur privé et même publique se concentrera là où il y a du monde. On ne peut pas tout avoir non plus.

xylf

Je suis à la campagne et heureux également (mais j’ai 20Mega ^^). Mais non il n’est pas logique qu’un service public ne se concentre que la où il y aurait du monde. Ce n’est pas une entreprise, c’est un service d’état au profit des citoyens, contrat social etc etc. Pour un privé oui, là c’est logique, je suis d’accord.