District 9 : ce que la SF doit à la réalité

27 juin 2020 à 11h00
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Comment l'humanité pourrait gérer l'arrivée de plusieurs millions d'extraterrestres qui n'ont aucune possibilité de repartir sur leur planète ? C'est ce que nous allons découvrir avec notre film de la semaine.

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Nous nous donnons 5 citations et 5 paragraphes pour vous convaincre.

District 9 (2009)

de Neil Blomkamp

L'actualité du 7ème Art n'est pas des plus passionnantes ces derniers temps. En attendant de retrouver les sièges moelleux des salles de cinéma et de découvrir les nouveautés SF en attente sur les étagères des studios, je vous propose de vous replonger dans une oeuvre sortie il y a un peu plus d'une dizaine d'années et qui n'a pas pris une ride.

Dans ce film, les extraterrestres ont débarqué un peu par hasard au dessus de Johannesburg en Afrique du Sud. Au lieu de prendre contact et de les accueillir dignement, l'humanité a préféré les parquer depuis 20 ans dans un immense bidon-ville : le District 9. C'est là-bas que nous nous rendons pour cette chronique.

"Il s'agit d'expulser pratiquement 1,8 millions de crevettes de leurs maisons actuelles."

Le film nous immerge d'emblée dans son univers en prenant la forme d'un documentaire. On suit les activités de Wikus Van de Merwe, fonctionnaire d'une multinationale appelée MNU et chargée de déloger les près de 2 millions d'aliens, baptisés "crevettes" par la population, pour l'emmener dans un autre camp soi-disant plus sûr.

Notre "héros" est un imbécile, raciste et heureux de jouir de son misérable petit pouvoir pour asservir une race différente qu'il considère comme inférieure. Il aura fallu moins de cinq minutes de film pour que je le haïsse profondément, davantage encore à chaque fois qu'il s'adresse aux extraterrestres et les rabaisse.

Les humains présentés à l'image possèdent tous les pires défauts que l'on peut retrouver dans notre espèce. Violents, barbares, avides, prétentieux ou tout simplement abrutis, il n'y a pas un de mes semblables qui trouve grâce à mes yeux. Tout cela a évidemment pour but de nous placer du côté des aliens et nous faire adhérer à leur cause.

© Metropolitan Films

"Tout ce truc est sous votre baraque ?"

C'est durant ces premières minutes que l'on fera la rencontre de Christopher Johnson, un alien qui depuis son arrivée sur Terre cherche à la quitter en construisant une navette lui permettant de rejoindre le vaisseau mère, toujours en suspension au-dessus de la capitale sud-africaine. La raison ? Sauver son fils d'une mort certaine sur notre planète décidément hostile.

Le réalisateur se refuse à adopter un design trop anthropomorphique pour ses aliens et leur donne un look très particulier et assez rare dans le cinéma mainstream, qui tient plus de l'insecte que de l'humain. Leur langage est également composé de cliquetis incompréhensibles, et fort heureusement pour nous sous-titrés. Pourtant on comprendrait sans mal ce qu'ils disent même sans traduction.

Tout passe par le regard, très expressif, des « crevettes ». La caméra se pose très régulièrement sur eux, à la recherche de leur peur, de leur colère mais aussi de l'amour entre le père et son fils. Entièrement réalisés en images de synthèse, celle-ci n'empêche pas l'empathie envers ses réfugiés qui cherchent simplement à survivre.

"Va te faire foutre, on est pas pareils !"

À la suite d'un incident, Wikus Van de Merwe, qui se transforme progressivement en crevette, va découvrir le vrai visage de son employeur. Ce dernier cherche en effet à l'utiliser pour mettre la main sur de l'armement alien à revendre au plus offrant ; normal quoi.

Notre « héros » trouvera refuge chez Christopher Johnson et les deux devront faire équipe pour s'échapper.

C'est à ce moment précis que District 9 ne cherche plus à simplement dénoncer le racisme mais devient un vrai film en colère. La mise en scène est encore plus nerveuse qu'au départ, constamment en caméra à l'épaule et cherche à nous faire ressentir le chaos installé dans le bidon-ville. Pour amplifier ce sentiment d'insécurité, le film multiplie constamment les points de vue. Chaines d'info en direct, caméras de surveillance, drones, hélicoptères de l'armée mais aussi vue à la première personne depuis les armes des militaires, le metteur en scène ne nous ménage pas lors de la cavale des deux héros.

La mise en scène cherche également à donner de la chair au District 9. Les extraterrestres se sont faits à leur environnement et l'ont investi. On voit régulièrement du business réalisé avec des gangs locaux, de la criminalité jusqu'à la prostitution inter-raciale. Les baraques et les rues grouillent de détails. La ville pue, suinte et on le ressent constamment à l'écran.

© Metropolitan Films

"Je te réparerais mais je dois d'abord sauver les miens."

La quête de Wikus Van de Merwe et de Christopher Johnson ne sera pas de tout repos et ils devront affronter à la fois les milices de la MNU mais aussi un redoutable gang qui cherche à récupérer l'humain. Pour s'en sortir, ils pourront compter sur les armes extraterrestres toutes plus puissantes les unes que les autres.

Les scènes d'action sont bourrines et intenses mais jouissives. Le réalisateur ne lésine pas sur le sang qui gicle et les corps qui explosent, notamment lors d'une scène mettant en scène un mécha qui tend vers le jeu vidéo comme lorsque un joueur défouraille des dizaines d'ennemis à l'aide d'une arme lourde. C'est exactement la même sensation retranscrite à l'écran et c'est tout simplement jubilatoire.

Neil Blomkamp et son producteur Peter Jackson ont visiblement la rage et la rejettent directement à l'écran en faisant sauter la cervelle de leurs congénères racistes dans un univers de cinéma où tout est possible.

"C'était pas la peine que j'endure tout ça si c'était pour rien"

C'est dans une explosion inouie de violence que se terminera District 9, mais pas avant d'entrevoir un minuscule espoir dans un dernier plan empli d'une certaine poésie désenchantée.

Ce film m'a laissé sur les rotules, tout autant abasourdi par l'incroyable démonstration visuelle et technique qu'émotionnellement vidé par son propos. Il m'est impossible à chaque visionnage de quitter l'oeuvre le sourire aux lèvres mais seulement la gorge nouée et le cœur serré.

Je vous invite donc à découvrir ou à vous replonger dans les ruelles sordides de District 9, un de ces rares films qui prend aux tripes et vous accompagne aussi après le générique de fin.

© Metropolitan Films

District 9 est disponible en DVD, Blu-Ray et VOD chez Metropolitan Films et à la demande sur Amazon Prime Video.

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