(Re)devenir anonyme sur Internet, la nouvelle tendance des années 2020 ?

26 juin 2022 à 16h24
8
anonymat vie privée banner #disc

Après l’essor des réseaux sociaux dans les années 2010, les années 2020 se placeraient sous le signe de l’anonymat. Messageries sécurisées, pseudonymes, photos qui ne montrent pas de visage, la gen Z s’éloignerait de la lumière des spotlights d’Instagram pour privilégier des espaces privés réduits.

C’est en tout cas ce qui ressort d’un article de The Atlantic, qui a enquêté sur ce phénomène de retour à « l’ancien » Internet par la nouvelle génération, celui d’avant les réseaux sociaux. Volonté d’exister différemment en ligne, outils sécurisés devenus plus faciles d’accès, prise de conscience politique, les raisons de ce changement de philosophie sont multiples.

Les années 2010, l'ascension d'un nouvel Internet désormais critiqué

Avec l’essor des réseaux sociaux et un smartphone dans chaque poche, les années 2010 ont vu apparaître une nouvelle façon d’exister sur Internet. Les internautes partageaient à chaque seconde leur image, leur localisation, des instants de vie et tout ça sous leur vrai nom, aussi bien à leurs proches qu’à de parfaits inconnus. Une démarche encouragée par ces nouveaux sites, qui apprécient peu pour certains d’entre eux l’utilisation de pseudonymes. Avec les conséquences que l’on connait : journalistes rattrapés par des discussions sur des groupes qu’ils pensaient privés, politiciens hantés par de vieilles publications sur leurs profils personnels mais accessibles à tous…

Durant ces années, dans un monde où il est possible de lier des actions virtuelles à une identité réelle, l’anonyme est presque devenu un ennemi. Il devient le visage de 4chan et de ses actions haineuses de type Gamergate, des subreddits discutables, du harcèlement en ligne où ces personnes sous pseudonymes profiteraient de leur avantage sur celles qui partagent leur vie sur les réseaux. Au point où le législatif s’en mêle, avec de nombreuses propositions de lois qui cherchent à casser l’anonymat sur Internet, aussi bien sur les réseaux sociaux que dans l’utilisation des cryptomonnaies. Avec en fond une seule question : si vous n’avez rien à vous reprocher, pourquoi vouloir se cacher ?

Mais les années 2010, ce sont également les révélations d’Edward Snowden, un manque de confiance grandissant dans les plus grandes entreprises de technologie et une augmentation de l’activisme en ligne et dans la rue. Lassée, une nouvelle génération semble donc prête à laisser tomber la mise en avant de soi et à privilégier des espaces plus restreints, où elle peut exister sans être scrutée à chaque instant, et ce, loin des yeux des GAFAM. Une tendance facilitée par l’apparition de nouveaux outils et espaces de discussion.

Suite aux révélations sur l’espionnage généralisé de nos communications par différents gouvernements et entreprises, les services de mail sécurisés donnent la possibilité à tout un chacun de pouvoir communiquer de façon sécurisée.
Lire la suite

L’anonymat, le nouveau cool

Une dizaine d’années après l’avènement des réseaux sociaux, une partie de la génération qui a le plus grandi avec eux se demande donc si ça vaut vraiment encore le coup d’être soi-même sur Internet. À part les quelques-uns qui arrivent à accéder ainsi à la célébrité et la richesse, les personnes décrites dans l’article de The Atlantic ont parfois l’impression de ne pas réellement réussir à exister dans un espace numérique où il est possible que demain, un futur employeur leur demande de se justifier sur chacune de leurs publications.

On voit ainsi le retour en force d’anciennes façons de communiquer. Au très personnel Facebook et au plus large Twitter, une certaine partie des utilisateurs actuels semble préférer un entre deux : la possibilité de discuter avec des inconnus que peut donner un Twitter, mais en privilégiant la création d’un cercle qui correspond à ses intérêts, le tout sous pseudonyme. Discord, un système de messagerie instantanée divisés en serveurs, continue de monter en puissance. On voit également le retour de Tumblr, tombé en disgrâce après sa volonté d’interdire les contenus NSFW, dont la majorité des nouveaux utilisateurs proviennent de la Gen Z d’après une porte-parole interrogée par The Atlantic. Aux vidéos permanentes de YouTube, plusieurs utilisateurs leur préfèrent l’éphémère d’un Snapchat. Et Reddit et ses petites communautés créées autour d’un centre d’intérêt commun deviennent désormais une part essentielle d’Internet, au point que certains se demandent si le forum ne pourrait pas devenir à force une alternative aux moteurs de recherche classiques.

Une prise de conscience

Mais plus qu’une volonté d’exister autrement sur le net, il y a également une prise de conscience de l’utilisation de nos données personnelles par les différentes entreprises dans ce retour de l’anonymat. Les révélations de Snowden, et plus tard l'affaire Cambridge Analytica, ont fait comprendre à tous que toutes nos actions, peu importe leur nature, sont scrutées à chaque instant par les gouvernements et les entreprises de tech. Nos mails innocents peuvent être utilisés pour de la publicité ciblée, nos publications deviennent un moyen de manipulation politique, nos recherches mettent invariablement plusieurs entreprises commerciales sur notre trace et chaque interaction est prétexte à nous vendre quelque chose. Nos réseaux sociaux sont passés au peigne fin par des gouvernements soucieux de protéger leur pays et par de peut-être futurs employeurs. Pour lutter contre cela, il a donc fallu prendre de nouvelles habitudes.

Les années 2020 fournissent désormais à tous et toutes des solutions à chacun de ces problèmes. Des outils qui semblaient être autrefois réservés à des personnes avec des besoins très particuliers de confidentialité deviennent des applications utilisées quotidiennement par tout un chacun. Exit Facebook Messenger et WhatsApp, bonjour Signal et Telegram, deux messageries instantanées sécurisées qui gagnent en popularité à chaque instant, aussi bien dans les groupes politiques que dans la vie quotidienne.

C'est un secret de polichinelle, la majorité des revenus de Google est basée sur la publicité. Alors pour la rendre plus pertinente, cette dernière doit être attractive et répondre aux besoins précis de l'internaute. Comment y parvenir ? Tout simplement en multipliant les techniques pour pister ce dernier.
Lire la suite

Sentant le vent tourner, plusieurs entreprises se sont engouffrées dans la brèche et proposent des alternatives aux GAFAM, respectueuses de la vie privée et sécurisées, sans trop rogner sur la facilité d’utilisation et les fonctionnalités. On peut par exemple citer Proton, qui s’est récemment fait une beauté, et qui se vante d’être une alternative crédible au géant de Mountain View. Il n’est plus si rare aujourd’hui de voir des personnes certes très connectées, mais pas forcément techniques, troquer leur adresse Gmail pour une adresse Proton. La popularité des logiciels VPN illustre également parfaitement cette volonté d'anonymat. De logiciels confidentiels, ils sont devenus les meilleurs partenaires commerciaux des influenceurs, utilisés régulièrement par le grand public. Avec l’avancée technologique, le chiffrement n’est plus l’apanage de quelques geeks, mais une fonctionnalité basique et essentielle pour de nombreux utilisateurs.

Les GAFAM eux-mêmes se font la guerre sur ce terrain. Quand Google cherche à faciliter la publicité ciblée, Apple, moins dépendant de cette source de revenus, donne des outils à ses utilisateurs pour l’éviter. Installer des adblocks et autres bloqueurs de traqueurs devient une habitude quasi automatique pour plusieurs millions d’utilisateurs, au point que certains navigateurs les incluent directement en leur sein tout en implementant les protocoles d'un Web3 décentralisé.

Après une dizaine d’années d’un entre-deux inconfortable, où les données personnelles étaient versées à intervalle régulier sur les serveurs des GAFAM et où tout un chacun partageait chaque détail de sa vie, le vent semble tourner. L’anonymat redevient peu à peu une part importante de la vie numérique, et la recherche de la protection de sa vie privée, une donnée essentielle dans le choix de ses applications et habitudes en ligne. Une tendance facilitée par un accès aisé à des outils de plus en plus avancés techniquement et de nouvelles façons de communiquer.

Comment choisir le meilleur VPN ? Clubic a testé et comparé les performances et le niveau de sécurité des meilleurs fournisseurs pour établir ce comparatif VPN
Lire la suite

Source : The Atlantic

Soyez toujours courtois dans vos commentaires.
Respectez le réglement de la communauté.
8
9
gothax
Merci Fanny<br /> Ensuite personne ne combat et ne veut révolutionner le monde des mobiles : avec les deux pires entreprises sur la collecte de donnees, géolocalisation etc… Google et Apple.<br /> Aussi, c’est pareil pour les OS des PC ou Mac … Même si c’est plus facile de passer par un linux<br /> On lutte mais on n’est pas aidé par nos politiques !<br /> Vive lineageOS mais quelle galère pour l’installer
luck61
Le nombre d’être humain sur cette planète est tel que nous sommes tous des anonymes, à part quelques un. Et ce n’est pas parce que google me met une pub d’un mac book pro ou d’une voiture que je vais acheter le produit…
CallMeLeDuc
Les anciens n’ont pas besoin de RE-devenir anonymes…
Belgarath
Bien dit ! C’est quoi encore les zéros zozios ?
bennukem
Et bien détrompe toi. Si la pub existe, c’est bien parce que ça fait vendre. Souvent de façon insidieuse que tu ne t’en rends pas forcément compte. Ça peut être un travail de longue haleine tel que Nike et autres. A qualité égale, la majorité choisirait un Nike plutôt qu’une marque blanche s’ils ont le choix.<br /> Donc aujourd’hui tu n’achèteras pas de mac, mais quid dans 5, 10 ans ?<br /> Sinon, sur le sujet principal, si on veut rester anonyme, faut pas utiliser les emails mais des des messageries comme tox
Remoss
Je me souviens des débuts de Facebook où les gens (jeunes) y mettaient absolument toute leur vie et photos personnelles…<br /> Je me souviens bien des photos prises en soirées avec nos premiers smartphones où beaucoup disaient déjà « hey tu me taggues pas sur FB hein! », moi le premier.
octokitty
Une partie de la génération Z qui se détourne des GAFAM aurait des points de vue sociétaux et politiques qui ne seraient pas compatibles avec ces entreprises. Certains d’entre eux ont des intentions nobles avec l’attachement/contribution aux projets open-source et à la volonté de décentraliser le web. Une autre partie, moins défendable, avec des groupes expulsés de grandes plateformes, violant une certaine interprétation des termes d’usage, et est constitué de personnes parfois haineuses et susceptibles de commettre d’actes violents. Mais malgré tout, la majorité de la gen Z reste tout de même sur ces plateformes peu respectueuses de la vie privée telles que Discord, TikTok, Snapchat ou Instagram…<br /> On peut imaginer dans un futur proche qu’il y aura une pression sociale et légale à passer par les GAFAM. Il faut une distinction plus large entre recherche de la vie privée et celle de l’anonymat.
_Troll
Le probleme n’est pas seulement d’etre anonyme ou pas. Le vrai probleme est qu’internet doit etre un net et non un systeme en etoile de type Minitel. Les gens sont lobotomiser, quelques stores et quelques sites internet, les gafam sont a eux seul internet. Les gens doivent reprendre le controle et cela passe par une certaine forme d’anonymat meme s’il ne doit pas etre complet.
Voir tous les messages sur le forum

Derniers articles

Zoom sur ces 7 acteurs du NewSpace européen invités à décoller depuis la Guyane
Rentrée 2022 : notre sélection pour équiper les étudiants, les télétravailleurs et tous les autres
Qu'est-ce que le split tunneling et à quoi ça sert ?
Akatsuki, la petite sonde pour observer la météo de Venus
Mais au fait, c’est quoi Falcon 9 ?
Que veut dire VPN ? Définition complète d'un réseau privé virtuel
VPN ou proxy : quelles différences ?
Est-ce légal de contourner le filtre géographique de Netflix avec un VPN ?
Un VPN me protège-t-il d’un piratage ?
Mercury Seven, les pilotes américains à l'assaut de l'espace
Haut de page