La Marine nationale voudrait tourner la page des chasseurs de mines avec équipage. Elle vient de présenter le programme SLAM-F, qui mise sur des drones de surface et des sous-marins, bardés de sonars 3D et d'IA, pour traquer les mines navales.

Avec SLAM-F, des drones vont sécuriser le passage des sous-marins nucléaires et du Charles de Gaulle. ©  DGA / Marine nationale
Avec SLAM-F, des drones vont sécuriser le passage des sous-marins nucléaires et du Charles de Gaulle. © DGA / Marine nationale

Présenté cette semaine au salon Euronaval sur le stand du ministère des Armées, le programme SLAM-F, pour système de lutte anti-mines du futur, doit faire basculer la guerre des mines française dans l'ère des drones. À terme, les chasseurs de mines avec équipage cèderont leur place à des drones de surface et sous-marins, mis en œuvre depuis la terre ou depuis des navires porteurs. La Marine nationale espère une première capacité opérationnelle avant la fin de l'année.

Avec le programme SLAM-F, la France va traquer les mines navales avec des drones

Arme ancienne, peu coûteuse et toujours redoutée, les mines navales restent une menace bien réelle, comme le soulignait encore la DGA cet été en évoquant leur « permanence » dans l’actualité géopolitique. Posées sur le fond ou dissimulées entre deux eaux, elles peuvent bloquer un port ou couper une route maritime. Jusqu'ici, la Marine nationale les traque avec des chasseurs de mines, des navires dont l'équipage doit s'approcher de la zone dangereuse. SLAM-F doit maintenir et renforcer les capacités françaises dans ce domaine. Pour l'ingénieur en chef de l’armement Patrick, directeur adjoint du programme à la Direction générale de l'armement (DGA), ce sera même « une révolution pour la guerre des mines ».

La Marine passe en effet « à une solution entièrement dronisée, basée sur des drones de surface mais aussi des drones sous-marins », détaille-t-il. Leur atout maître, c'est l'ouïe. Leurs sonars 3D haute résolution, dits à ouverture synthétique, combinent les échos successifs captés en avançant, comme s'ils disposaient d'une antenne bien plus longue, pour dessiner une image très fine du fond. L'intelligence artificielle aide à analyser ces données en temps réel, et des liaisons radio et satellite sécurisées maintiennent le contact.

La Marine dispose déjà de plusieurs de ces drones, que la flottille dronisée de lutte contre les mines, installée à Brest, met en œuvre depuis la terre. Le drone de surface, long de 12 mètres, peut même voyager en A400M pour être déployé en 48 heures. En juillet, la DGA avait commandé une douzaine de drones supplémentaires. Et pour aller plus loin, la Marine disposera de bâtiments porteurs de drones, et les premiers, à commencer par le Protée, sont attendus en 2028.

Un drone sous-marin mis à l’eau depuis un drone de surface du programme SLAM-F, lors d’essais en mer. © DGA / Marine nationale
Un drone sous-marin mis à l’eau depuis un drone de surface du programme SLAM-F, lors d’essais en mer. © DGA / Marine nationale

Une première capacité opérationnelle attendue avant la fin de l'année

Le SLAM-F reprendra les missions des chasseurs de mines et des bâtiments remorqueurs de sonar. D'abord devant Toulon et Brest, pour garantir le passage des sous-marins nucléaires et du porte-avions Charles de Gaulle. Le capitaine de corvette Mathieu, officier de cohérence d'état-major à la Marine, voit encore plus loin en ajoutant que les grands ports de commerce, voire potentiellement les ports civils, sont aussi concernés, « pour pouvoir maintenir le commerce » et « être sûr qu'aucun danger ne soit présent ». Il planche déjà sur les évolutions futures d'un système qu'il juge « très disruptif ».

Le système n'est pas encore pleinement en service. « Là, on est encore au stade d'essai », reconnaît l'officier, qui table, « si tout va bien », sur une première capacité opérationnelle sur la frange côtière française avant la fin de l'année. Du besoin initial jusqu’après la mise en service, DGA et Marine avancent en « véritable tandem », insiste Patrick. La Marine, qui utilisera les drones, apporte sa connaissance du terrain et définit ce dont elle a besoin en mission. La DGA, elle, met son expertise technique au service du projet et gère les contrats avec les industriels, ses ingénieurs restant en contact direct avec les futurs utilisateurs. Depuis le premier prototype livré en 2021, ses centres experts navals, aéronautiques (pour le transport par avion) et terrestres (pour les munitions) ont été mobilisés. À terme, l'objectif est un système expéditionnaire, capable d'intervenir partout dans le monde.

Au niveau industriel, SLAM-F est sans doute l'un des meilleurs exemples de « la force de la base industrielle et technologique de défense française ». Thales, maître d'œuvre d'ensemble, est en charge des drones de surface et du centre de commandement. Le chantier Couach modernise ces drones et fabriquera les prochains, Capgemini développe le système d'exploitation des données de guerre des mines, et Les Abeilles et les Chantiers de l'Atlantique travaillent sur le Protée. Des PME complètent l'ensemble, et le Royaume-Uni, la Belgique et les Pays-Bas sont aussi de la partie. Après l'UCUV et SMOKERS, SLAM-F confirme qu'à Euronaval, la Marine nationale se dronise sur tous les fronts.