Le sous-marin nucléaire d’attaque Rubis a commencé, vendredi à Cherbourg, son transfert vers le dispositif de mise à l’eau. Cinquième des six SNA de la classe Suffren, il prépare la relève des sous-marins de la Marine nationale.

Le sous-marin nucléaire d’attaque Rubis quitte son hall de construction de Naval Group, à Cherbourg, le 16 octobre 2026. © Naval Group
Le sous-marin nucléaire d’attaque Rubis quitte son hall de construction de Naval Group, à Cherbourg, le 16 octobre 2026. © Naval Group

Le sous-marin nucléaire d'attaque (SNA) Rubis a entamé, vendredi 16 octobre 2026 à Cherbourg, le déplacement qui doit le mener vers sa toute première mise à l'eau. Devant Catherine Vautrin, ministre des Armées et des Anciens combattants, ce cinquième exemplaire de la classe Suffren a quitté son hall de construction avec, sur la coque, un nom lourd d'histoire. Petit clin d'œil du calendrier, il porte celui de la génération qu'il est appelé à remplacer, à savoir les SNA de type Rubis, en service depuis les années 1980 et dont il ne reste qu'une poignée à Toulon.

Un sous-marin nucléaire pas encore à flot, mais déjà sur les rails

Il est pour le moment inutile de guetter les éclaboussures du Rubis, qui ne flotte pas encore. Ce vendredi, il a seulement commencé à rejoindre le dispositif qui permettra de le mettre à l'eau, dans le bassin de Cachin, dans la Manche. Il ne s'agit que d'une étape, mais elle est ô combien importante pour un bâtiment qui quitte le hall où l'industriel français Naval Group l'a construit. Patrick Pailloux, le délégué général pour l'armement, était présent, car c'est la Direction générale de l'armement (DGA) qui pilote le programme Barracuda, qui doit livrer à la Marine six sous-marins nucléaires d’attaque de la classe Suffren.

Ce transfert n’ouvre que la dernière ligne droite. Une fois sur son dispositif, le Rubis va recevoir ses travaux d’achèvement, autrement dit les dernières finitions, jusqu’à sa première mise à l’eau, le moment où il touchera la mer pour la première fois. Les équipes de l’État et des industriels passeront alors aux essais à quai. Le sous-marin reste alors amarré au port pendant qu’on démarre et qu’on contrôle ses systèmes un à un. Viendront ensuite les essais en mer, où il devra naviguer et plonger comme en conditions réelles. Ce n’est qu’après avoir franchi toutes ces étapes qu’il sera livré à la Marine nationale.

Mais à quoi sert un SNA ? C'est avant tout un chasseur. Il traque les sous-marins adverses et protège les sous-marins lanceurs d'engins (SNLE), ceux qui emportent les missiles de la dissuasion nucléaire. Il veille aussi sur le porte-avions et son groupe aéronaval, et recueille du renseignement. Sa propulsion nucléaire lui permet de rester longtemps sur zone, en toute discrétion. Les Suffren vont plus vite, tiennent plus longtemps et savent faire davantage que leurs aînés. Ils peuvent mettre en œuvre des équipes des forces spéciales et frapper, avec des missiles de croisière navals, des cibles situées loin à l'intérieur des terres. Rares sont les pays à disposer de tels outils.

Sous la bâche aux couleurs du Rubis, une cérémonie officielle a salué le départ du sous-marin vers son dispositif de mise à l’eau. © Naval Group
Sous la bâche aux couleurs du Rubis, une cérémonie officielle a salué le départ du sous-marin vers son dispositif de mise à l’eau. © Naval Group

Programme Barracuda, une relève de la Marine nationale bien avancée

Le Rubis n’est pas le premier de sa lignée. Le Suffren a ouvert la marche en 2022, suivi du Duguay-Trouin en 2024 et du Tourville en 2025. Tous trois sont admis au service actif, c’est-à-dire officiellement déclarés aptes à partir en mission. Livré à la Marine en juin, le De Grasse attend encore ce feu vert. Et le Casabianca, sixième et dernier de la série, est toujours en chantier. La loi de programmation militaire 2024-2030, qui fixe le budget et le calendrier des équipements des armées, prévoit sa livraison d’ici 2030. Les anciens SNA de type Rubis, dont le nouveau venu reprend le nom, pourront alors prendre leur retraite. Ces sous-marins compacts, longs de 73,6 mètres pour 2 670 tonnes en plongée, sont conçus pour naviguer 220 jours par an, avec deux équipages de 70 marins qui se relaient à bord.

Si deux équipages suffisent à faire vivre un sous-marin en mer, il faut des milliers de personnes pour le faire naître. Naval Group construit les sous-marins dans son site de Cherbourg, tandis que TechnicAtome conçoit leur chaufferie nucléaire, le réacteur qui produit l’énergie nécessaire à leur propulsion. Au total, plus de 10 000 personnes et 800 entreprises ont participé au programme partout en France, dans le cadre d’une coopération qui dure depuis plus de vingt ans, selon Naval Group. Aujourd’hui encore, 3 000 emplois directs y sont consacrés chaque jour, dont 800 chez des sous-traitants, qui fournissent pièces et savoir-faire. « Le Rubis est une réussite française », s’est félicitée Catherine Vautrin. La ministre a salué le travail du Cotentin, la presqu’île où se trouve Cherbourg, et l’alliance entre ceux qui construisent ces bâtiments et les marins capables de les mener au combat.

Puis il y a ce nom, choisi avec soin. Quand une unité a été décorée pour son action au combat, la Marine a coutume de transmettre son nom à un nouveau bâtiment. Le nouveau Rubis hérite ainsi des traditions du Q145 Rubis, sous-marin mouilleur de mines des Forces navales françaises libres. Son palmarès est impressionnant, avec 28 missions de combat, 683 mines mouillées, la Croix de la Libération remise par le général de Gaulle et la Croix de guerre 1939-1945. Le Casabianca saluera lui aussi un sous-marin qui s'est illustré pendant la Seconde Guerre mondiale. De quoi placer la barre très haut pour ceux qui serviront à son bord.