La France a tiré ce mardi un missile balistique M51.3 depuis le sous-marin nucléaire Le Vigilant, au large du Finistère. Un essai sans charge nucléaire, réussi, auquel Emmanuel Macron a assisté depuis une frégate.

Le missile M51.3 jaillit de l'océan au large du Finistère, quelques instants après son tir depuis le sous-marin nucléaire Le Vigilant, le 6 octobre 2026. © Ministère des Armées / Marine nationale
Le missile M51.3 jaillit de l'océan au large du Finistère, quelques instants après son tir depuis le sous-marin nucléaire Le Vigilant, le 6 octobre 2026. © Ministère des Armées / Marine nationale

Le missile balistique M51.3 a été tiré avec succès pour la première fois depuis un sous-marin nucléaire, ce mardi 6 octobre au large du Finistère. Mené sans charge nucléaire par le SNLE Le Vigilant, cet essai valide le retour du submersible dans le cycle opérationnel de la dissuasion nucléaire française, après près de trois ans d'entretien. Emmanuel Macron, présent sans annonce préalable, a salué un savoir-faire dont « très peu de nations » disposent aujourd'hui dans le monde.

Le Vigilant réussit le premier tir d'un missile M51.3 depuis un sous-marin nucléaire

L'opération de ce mardi, prévue de longue date, était baptisée SMERTRIOS, du nom d'un dieu de la guerre vénéré en Gaule romaine. Le Vigilant fait partie des quatre sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE) français, qui sont des submersibles capables d'emporter seize missiles chacun, qui se relaient en mer pour qu'au moins l'un d'eux soit toujours en patrouille, prêt à riposter. Après près de trois ans de révision, il devait montrer qu'il était de nouveau capable de tirer, comme en situation réelle. Conduit par la Marine nationale avec la Direction générale de l'armement (DGA), ce « tir d'acceptation » a permis de vérifier tout le processus de tir, des systèmes de bord jusqu'au missile lui-même. Sans ce feu vert, Le Vigilant ne pouvait pas reprendre ses patrouilles.

Pour le M51.3, c'était aussi un baptême du feu en conditions réelles. Lors de son tir de qualification, en novembre 2023, il était parti de Biscarrosse, dans les Landes, depuis un bassin reproduisant un départ sous-marin.

Cette fois, il a bel et bien surgi de l'océan, tiré depuis Le Vigilant. Les spécialistes de la DGA ont suivi tout son vol, notamment depuis le Monge, un navire truffé de radars. Bridé pour l'occasion à environ 4 700 km, soit à peu près la moitié de sa portée estimée, le missile est retombé en Atlantique Nord, loin de toute côte. Il y en aura pour une centaine de millions d'euros au total, pour ce seul essai. C'est un joli clin d'œil de l'histoire, puisqu'en 2013, un M51 tiré par ce même sous-marin s'était autodétruit quelques secondes après son départ.

Emmanuel Macron sur la frégate Auvergne, ce mardi 6 octobre 2026. © ministère des Armées
Emmanuel Macron sur la frégate Auvergne, ce mardi 6 octobre 2026. © ministère des Armées

Emmanuel Macron transforme le tir en message de dissuasion

En service depuis octobre 2025, le M51.3 est la troisième version du missile M51 et remplace peu à peu les précédentes. D'après le ministère des Armées, il gagne en portée, en précision et en capacité à franchir les défenses adverses. Long de douze mètres pour une cinquantaine de tonnes, il fonctionne comme une fusée à trois étages. Chacun d'eux brûle son carburant solide, puis se détache pour laisser le suivant prendre le relais. C'est le dernier, largement retravaillé, qui lui ajoute plusieurs centaines de kilomètres de portée. Celle-ci n'est pas communiquée, mais elle est estimée entre 9 000 et 10 000 km, à peu près un Paris-Tokyo. Le missile emporte de nouvelles têtes nucléaires océaniques (TNO-2), jusqu'à six, capables chacune de viser une cible différente et pensées pour percer les défenses antimissiles. Et son successeur, le M51.4, est déjà commandé et attendu vers 2035.

Emmanuel Macron, lui, a suivi le tir depuis la frégate Auvergne, un navire de guerre de la Marine, sans que son déplacement ait été annoncé au préalable. Sur les réseaux, le président de la République a vanté un savoir-faire dont « très peu de nations » disposent, et félicité toute la chaîne, avec la DGA, le CEA, qui conçoit les têtes nucléaires, ArianeGroup, qui fabrique le missile, Naval Group, qui construit les sous-marins, et la Marine nationale. « Pour être libre, il faut être craint », a-t-il écrit, sa doctrine. Le message tombe en tout cas après une série d'attaques « hybrides » imputées à Moscou (sabotages, cyberattaques, drones), dans un contexte international qui, selon le ministère, « se durcit ».

Le tir, lui, était prévu de longue date, comme nous le disions. Le chef de l'État a aussi rappelé que les futurs SNLE sont en chantier et que le programme de missile hypersonique ASN4G, plus de cinq fois plus rapide que le son, a été lancé cette année pour les avions de la dissuasion.