Emmanuel Macron a annoncé, depuis l'Île Longue mardi, une évolution majeure de la doctrine nucléaire française, la « dissuasion avancée », à dimension européenne, avec une modernisation de l'arsenal tricolore.

La France ne change pas de doctrine ; elle l'étend. Devant les sous-marins nucléaires bretons et depuis l'Île Longue, avec en toile de fond Le Téméraire, nouveau lanceur d'engins qui prendra bientôt la mer, Emmanuel Macron a confirmé lundi 2 mars la modernisation de notre arsenal et ouvert la voie à une coopération stratégique nouvelle avec plusieurs voisins européens. Une première depuis de Gaulle, accompagnée d'une formule qui en dit long : « Pour être libre, il faut être craint. Et pour être craint, il faut être puissant. »
La dissuasion française, une continuité gravée dans le marbre depuis le général de Gaulle
Remontons un peu le temps. Le 3 novembre 1959, depuis l'École militaire, le général Charles de Gaulle évoque les deux piliers qui structureront la pensée nucléaire française pour des décennies, à savoir protéger la Nation face aux menaces existentielles, et le faire sans dépendre de personne. Chaque président depuis lors a retouché le cadre sans jamais en abattre les murs, une continuité rare en politique.
Ce modèle repose sur des caractéristiques jugées « indissociables » par le ministère des Armées. La dissuasion nucléaire doit être puissante et responsable, indépendante et gage de souveraineté, crédible, strictement défensive, et dotée d'une dimension européenne. Son ressort central, la certitude des représailles, reste échangé. L'idée est que toute agression jugée existentielle entraînerait une riposte nucléaire dont aucun adversaire ne se relèverait.
Sauf que le monde a changé. Prolifération nucléaire, guerre revenue sur le sol européen, conflits se multipliant juste en dessous du seuil atomique sont aujourd'hui autant de signaux d'alarme qui ont convaincu Emmanuel Macron qu'il fallait adapter la posture française. L'objectif est qu'aucun adversaire, ni même aucune coalition d'adversaires, n'envisage un jour de défier la France.

Nucléaire et conventionnel, les deux jambes de la nouvelle stratégie française en Europe
En évoquant une « dissuasion avancée », Emmanuel Macron a conscience d'avoir officialisé une rupture symbolique dans son discours de lundi. Derrière la formule, on retrouve la volonté de faire participer les alliés européens aux exercices nucléaires français. Des signaux stratégiques pourront être envoyés au-delà des frontières nationales, et des éléments de forces stratégiques pourraient être déployés chez des partenaires. Une extension du périmètre, sans transfert de pouvoir.
Sept pays ont accepté de rejoindre ce dialogue stratégique inédit : l'Allemagne, la Belgique, la Pologne, les Pays-Bas, la Suède, le Danemark et la Grèce. Le Royaume-Uni, lui, joue dans une autre catégorie, car en tant que puissance nucléaire indépendante, il est lié à la France depuis 1995 par un accord reconnaissant que leurs intérêts vitaux sont indissociables. Ce sont huit partenaires au total, donc, qui gravitent désormais dans l'orbite de la force de frappe française.
Une ligne rouge, toutefois, ne bougera pas. Appuyer sur le bouton reste le privilège exclusif du président français. Il n'est pas question de partager ni la décision de tirer, ni sa préparation, ni même la définition de ce qui constituerait une menace inacceptable pour la France. En complément, trois capacités militaires ont été jugées prioritaires à l'échelle européenne. L'alerte avancée par satellites et radars, la défense anti-missiles et anti-drones, et les frappes en grande profondeur demeurent indispensables.