Le sous-marin nucléaire d'attaque De Grasse, quatrième représentant du programme Barracuda, a appareillé cette semaine pour entamer ses essais en mer. La Marine nationale se rapproche un peu plus de sa flotte de nouvelle génération.

Des années de chantier, de soudures et de nuits blanches dans les ateliers de Naval Group, et voilà que le De Grasse s'offre enfin l'horizon en prenant son premier bain. Ce sous-marin nucléaire d'attaque de type Suffren représente bien plus qu'un lancement supplémentaire dans le programme Barracuda : c'est un nouvel argument de poids pour la crédibilité de la dissuasion française. Sa livraison est attendue dans le courant de l'année 2026, une échéance qui s'inscrit dans un plan de renouvellement total de la flotte des SNA français avant 2030.
Les étapes suivies par le sous-marin nucléaire De Grasse jusqu'à sa mise à l'eau
L'histoire du De Grasse en mer a commencé à quai, en mai 2025. Le sous-marin quittait alors son hall de construction de Naval Group pour être mis à l'eau dans le bassin de Cachin, à Cherbourg. Pendant de longs mois, les équipes ont pu l'examiner sous toutes les coutures, et juger de la robustesse des équipements, de l'étanchéité et de la propulsion. Tout a été scruté, testé, validé. Normal, pour un engin qui devra opérer en pleine mer, propulsé par un réacteur nucléaire.
Le moment le plus symbolique de la jeune vie du sous-marin reste sans doute le 12 décembre 2025. Ce jour-là, la chaufferie nucléaire du sous-marin a été démarrée pour la première fois, dans le cadre de ce qu'on appelle la « première divergence ». Concrètement, c'est le moment où la réaction nucléaire s'emballe de façon contrôlée et produit de l'énergie. Le cœur du De Grasse venait, pour la première fois, de s'éveiller.

Depuis le mercredi 25 février 2026, les essais se poursuivent, mais en mer, d'abord dans la Manche puis dans l'océan Atlantique, sous la supervision conjointe de la direction générale de l'armement (DGA), de Naval Group, de la direction des applications militaires du CEA, et de TechnicAtome, avec des sous-mariniers de la Marine nationale aux commandes. L'objectif est désormais de valider progressivement l'ensemble des capacités du bâtiment avant sa livraison, prévue avant la fin de l'année en cours.
Barracuda, le programme qui va transformer la flotte sous-marine française d'ici 2030
Le De Grasse est le quatrième maillon d'une chaîne de six sous-marins nucléaires d'attaque prévus dans le programme Barracuda. Ses trois aînés, le Suffren (juin 2022), le Duguay-Trouin (avril 2024) et le Tourville (juillet 2025), ont déjà rejoint le service actif et la Marine nationale. Restent les deux derniers, le Rubis et le Casabianca, encore en construction et dont les livraisons sont attendues d'ici 2030.
Ces six bâtiments ont pour mission de relever les anciens sous-marins nucléaires d'attaque (SNA) de type Rubis, mis en service à partir des années 1980 et qui approchent doucement de leur limite. Quarante ans de bons et loyaux services, c'est respectable, mais ces vieux loups de mer approchent de la retraite forcée. Les Barracuda sont plus rapides, capables de tenir plus longtemps en mer, et surtout bien plus silencieux sous l'eau.
Mais ce qui change vraiment avec les Barracuda, c'est l'étendue de ce qu'ils peuvent faire. Ces sous-marins sont capables de déposer discrètement des commandos en zone hostile, ou de frapper des cibles situées sur terre à plusieurs centaines de kilomètres grâce à des missiles de croisière tirés depuis les profondeurs. Des capacités que peu de pays maîtrisent et qui permettent à la France de rester parmi les grandes puissances navales mondiales.