En moins d'un an, les armées françaises ont fait produire 1 000 drones militaires à moins de 1 000 euros pièce. Le « pacte drones aériens » vient de passer son premier grand test haut la main.

Les micro-drones quadricoptères munis d’une caméra électro-optique utilisés par les armées françaises. © DGA
Les micro-drones quadricoptères munis d’une caméra électro-optique utilisés par les armées françaises. © DGA

Alors que le conflit ukrainien a imposé le drone comme pièce maîtresse du champ de bataille moderne, à la fois œil dans le ciel et vecteur de frappe, la France a décidé de changer de braquet. Le 20 février, le ministère des Armées et des Anciens combattants a dévoilé le bilan de son « pacte drones aériens », avec 1 000 appareils livrés, une carte électronique fabriquée en Europe, et un coût unitaire sans précédent. Le tout grâce à la société française Harmattan AI, dont les appareils sont désormais engagés dans l'exercice militaire Orion 2026.

Le « pacte drones aériens », la vraie réponse française à la guerre moderne

Depuis le conflit en Ukraine, plus personne ne peut ignorer le rôle central des drones de contact, ces engins de moins de 40 kilos capables d'observer, mais aussi de frapper à l'aide de munitions téléopérées. La DGA (Direction générale de l'armement) équipait déjà les armées françaises depuis une dizaine d'années, mais à un rythme dérisoire. Chaque industriel ne produisait guère plus de deux à trois cents appareils par an. Une paille, comme on dit.

Arnault Maury, ingénieur en chef à la Direction générale de l'armement, ne tourne pas autour du pot. « Aujourd'hui, nous devons accélérer les commandes et les massifier », expliquait vendredi celui qui est aussi l'animateur du pacte drones aériens de défense, au sein de la même DGA. Pour passer à la vitesse supérieure, il fallait un déclencheur concret. Ce sera l'exercice militaire interarmées et interalliés Orion 2026, une manœuvre de grande envergure qui offre un terrain d'expérimentation idéal. « C'était l'occasion trouvée pour expérimenter la production et l'usage des drones à grande ampleur. Nous avions un an pour nous préparer. »

Lancé en juin 2024 par Sébastien Lecornu, alors ministre des Armées, le pacte drones aériens fonctionne comme une table ronde permanente entre l'État et les entreprises de la filière, parfois des jeunes pousses, jusqu'aux grands groupes de défense. L'idée est de croiser les besoins militaires avec les capacités réelles de l'industrie. En décembre 2024, plus de 170 sociétés avaient déjà rejoint l'initiative. La DGA a lancé à ces dernières le défi de produire au moins 1 000 drones en moins d'un an, à un coût maîtrisé.

Le drone Sonora, d'Harmattan AI, choisi par la Direction générale de l'armement. © Capture d'écran Clubic
Le drone Sonora, d'Harmattan AI, choisi par la Direction générale de l'armement. © Capture d'écran Clubic

1 000 drones à moins de 1 000 euros pièce, une réalité ô combien prometteuse

Dès février 2025, une procédure d'acquisition était ouverte, avec une contrainte non négociable posée d'emblée : les cartes électroniques de contrôle des appareils devront être fabriquées en Europe, pour des raisons de sécurité d'approvisionnement évidentes. Une exigence de souveraineté assumée, dans un secteur où la dépendance à certains composants étrangers reste une vraie vulnérabilité.

C'est la société française Harmattan AI qui remporta le contrat, notifié en juin 2025. Après une phase de mise au point et de fabrication, le résultat est là : 1 000 micro-drones quadricoptères, chacun équipé d'une caméra embarquée, livrés aux forces armées pour moins de 1 000 euros l'unité. Pour donner un ordre de grandeur, un drone militaire coûte habituellement entre 10 000 et 20 000 euros. Un écart affolant.

Ces 1 000 aéronefs, destinés à l'entraînement des soldats, sont désormais utilisés dans le cadre de l'exercice Orion 2026. Mais le pacte ne s'arrête pas là, puisqu'il a déjà été mobilisé pour cinq autres projets. Arnault Maury est clair sur la suite : « Nous allons continuer de stimuler la demande, mais aussi la production des composants souverains ou européens, notamment dans le domaine des munitions téléopérées. » Autrement dit, après les drones d'observation, la France veut produire en masse ses propres drones capables de frapper des cibles. Le chantier ne fait que commencer.