Pour protéger ses navires contre la menace croissante des drones, la Marine nationale mise aussi sur les armes laser. Un système a été expérimenté sur le porte-avions Charles de Gaulle en juin dernier avec des résultats encourageants. Une technologie qui pourrait surtout faire économiser de précieux missiles.

Faut-il vraiment utiliser un missile à un million d’euros pour détruire un drone qui en coûte quelques centaines ? La question préoccupe de plus en plus les Armées, confrontées à la multiplication de ces engins bon marché. La Marine nationale explore donc d’autres solutions et vient de franchir une nouvelle étape en expérimentant une arme laser directement sur le porte-avions Charles de Gaulle.
L’essai s’est déroulé du 4 au 8 juin dernier, lors d’une escale pendant la mission La Fayette 26, mais n’a été révélé que dans le numéro d’octobre de Cols Bleus, le magazine officiel de la Marine.
Un laser installé en seulement quatre heures sur le pont d’envol
Pour cette expérimentation, des spécialistes de l’Armée de l’Air et de l’Espace, venus notamment de Mont-de-Marsan et d’Istres, ont pris place à bord du porte-avions.
En quatre heures, ils ont installé un dispositif composé d’une tourelle équipée de caméras, d’un LiDAR et d’un canon laser. Un système de refroidissement et un poste de commande complètent l'ensemble.
L'objectif était notamment de vérifier le comportement de cette arme dans un environnement naval, où les mouvements du bâtiment, les vibrations et les conditions atmosphériques compliquent le suivi des cibles.
Selon Cols Bleus, l’expérience a permis de « valider le comportement du laser dans des conditions opérationnelles inédites ». Le magazine ne précise toutefois pas si des drones ont effectivement été détruits durant ces essais.
Une technologie déjà utilisée pendant les JO de Paris
La Marine n’a pas dévoilé officiellement le nom de l’équipement testé. Mais selon Opex360, les photographies publiées ressemblent fortement au HELMA-P, développé par l’entreprise française CILAS, contrôlée par Safran et MBDA.
Ce système n’est pas nouveau. Il avait déjà été expérimenté avec succès en juin 2023 sur la frégate Forbin, avant d’être déployé pour contribuer à la protection des Jeux olympiques de Paris en 2024.
Dans sa configuration présentée il y a quelques années, le HELMA-P disposait d’un laser de 2 kilowatts, capable de neutraliser de petits drones jusqu’à un kilomètre de distance en quelques secondes. Ses capteurs pouvaient également détecter des cibles plus éloignées.
Quelques euros le tir, contre un million pour un missile
L’intérêt des armes laser est avant tout économique. Pour le HELMA-P, CILAS avançait déjà un coût par tir de quelques centimes d’euro, selon Forces Operations Blog. À titre de comparaison, un missile Aster 15 était évalué autour d’un million d’euros au Sénat en 2023. Le coût exact d’un tir du système testé sur le Charles de Gaulle n’a toutefois pas été communiqué.
Il faut évidemment ajouter le coût d’acquisition, d’entretien et de fonctionnement du système. Mais un laser présente un autre avantage considérable. Contrairement aux missiles, dont le nombre embarqué est limité, il peut multiplier les engagements tant que l’alimentation électrique et le refroidissement suivent.
Cette technologie possède néanmoins ses limites. Le faisceau doit rester suffisamment longtemps concentré sur sa cible, et son efficacité peut être perturbée par la pluie, le brouillard ou les embruns. Il ne remplacera donc pas les missiles antiaériens, indispensables face à des menaces plus rapides ou plus éloignées. La Marine étudie d’ailleurs d’autres solutions, comme le lanceur modulaire Rampart de Naval Group, testé récemment à bord du porte-hélicoptères Tonnerre, de la classe Mistral.