Pour la première fois, les hélicoptères Caracal et Fennec de l'armée de l'Air et de l'Espace ont effectué cette semaine des tirs expérimentaux contre des drones Shahed, ces aéronefs fabriqués par l'Iran.

Les équipages de l'armée de l'Air et de l'Espace ont montré qu'ils sont de mieux à mieux armés face à une menace devenue omniprésente, le drone. Au large de Biscarrosse, depuis la base aérienne 120 de Cazaux, les hélicoptères Caracal et Fennec ont ouvert le feu sur des drones-cibles de type Shahed, fabriqués par l'Iran et beaucoup utilisés par la Russie. Le Caracal en a abattu deux avec ses propres armes embarquées. Voilà une expérimentation qui pose une brique supplémentaire dans ce que l'armée appelle la « défense aérienne multicouche », c'est-à-dire l'idée de pouvoir répondre à chaque type de menace avec le vecteur le plus adapté.
La France expérimente la chasse aux drones Shahed depuis ses hélicoptères militaires
Les conflits au Proche et Moyen-Orient ont mis en lumière un angle mort tactique. En effet, comment abattre un drone-suicide qui vole lentement et rase le sol ? Le Rafale, taillé pour les grandes vitesses, ne peut tout simplement pas descendre sous les 120 nœuds, soit environ 220 km/h, sans perdre toute efficacité. Or, un Shahed 136 file entre 80 et 100 nœuds, c'est-à-dire entre 150 et 185 km/h. C'est trop lent pour un chasseur, mais la vitesse est idéale pour l'hélicoptère.
C'est donc au large de Biscarrosse que la campagne s'est tenue, sous l'œil expert du Centre d'expertise aérienne militaire (CEAM), l'organisme chargé de valider les nouvelles capacités des aéronefs de l'armée française. Trois hélicoptères étaient en vol. Dans les airs, il y avait un Caracal de l'escadron « Pyrénées » et deux Fennec de l'escadron « Alpilles ». En face, il y avait des drones-cibles d'environ 2,30 mètres d'envergure, pilotés par la branche essais de la Direction générale de l'armement (DGA), l'équivalent du laboratoire d'expérimentation de l'armée.
Le Caracal embarquait deux mitrailleuses complémentaires : la MAG58, un calibre 7,62 mm (grossièrement, la taille d'une balle de fusil de guerre); présente à bord depuis plus de vingt ans, et la M3M en 12,7 mm, un calibre nettement plus puissant, équivalent à celui d'une mitrailleuse lourde. C'est d'ailleurs cette dernière, couplée à une caméra thermique pour viser avec précision, qui a permis d'abattre deux drones Shahed. Pour aider le tireur à rester stable dans un hélicoptère en mouvement, un appui spécifique fixé contre le torse a même été conçu pour l'occasion.

Du Proche-Orient à Djibouti, la montée en puissance de l'hélicoptère antidrone français
Du côté du Fennec, c'est l'association d'une caméra et d'un canon qui était à l'épreuve. La caméra optronique Trakka, qui remplace l'ancienne CHLIO, permet désormais d'évaluer avec bien plus de précision la distance entre l'hélicoptère et sa cible, un paramètre crucial pour ajuster le tir. Elle est associée au canon de 20 mm, fixé sur le flanc droit de l'appareil, une arme déjà utilisée pour des missions de surveillance et de contrôle de l'espace aérien. Les résultats de cette combinaison sont jugés encourageants aujourd'hui, mais pas encore suffisamment concluants pour être officiellement validés.
Le lieutenant-colonel Marc, pilote du Caracal et responsable de l'équipe en charge de ces expérimentations, explique qu'avant de déployer officiellement ces nouvelles capacités dans les unités, que ce soit sur le Fennec ou sur le Caracal, il faudra encore confirmer les résultats obtenus. En clair, l'armée ne déclare pas victoire avant d'être certaine que ces systèmes fonctionnent de manière fiable en conditions réelles. Les essais continuent.
La suite, pour le Caracal, c'est sans doute le déploiement prochain de cette nouvelle capacité antidrone depuis Djibouti, où la France maintient une base militaire permanente sur la Corne de l'Afrique. Le Fennec, lui, n'attend pas, et son canon de 20 mm est déjà opérationnel au Proche et Moyen-Orient, là où la France s'est engagée auprès de partenaires régionaux. Deux hélicoptères, deux théâtres d'opération donc, mais une même conviction, celle qui nous dit qu'à basse vitesse et basse altitude, l'hélicoptère s'impose peu à peu comme un maillon incontournable de la défense aérienne française