Entre les cyberattaques, les drones, le sabotage et la guerre économique, les menaces qui ciblent les armées et l'industrie de défense françaises n'ont jamais été aussi nombreuses et sophistiquées. La DRSD, service de renseignement du ministère des Armées, alerte et fait le bilan.

Les armées françaises sont face à une menace inédite mêlant drones, intelligence artificielle et guerre économique. © Es sarawuth / Shutterstock
Les armées françaises sont face à une menace inédite mêlant drones, intelligence artificielle et guerre économique. © Es sarawuth / Shutterstock

Le 28 mai 2026, le général Aymeric Bonnemaison, directeur de la DRSD, est intervenu au point presse hebdomadaire du ministère des Armées pour exposer les modes d'actions hostiles qui ciblent la défense française. « Nous avons changé de monde », a-t-il déclaré. Avec la montée en puissance des sabotages et des cyberattaques, la pression sur l'industrie de défense, et la désinformation amplifiée par l'intelligence artificielle, le programme lui donne raison. Une menace hybride, multiforme et en constante évolution, qui exige désormais une vigilance collective.

La DRSD se réinvente face à l'essor des cybermenaces et des conflits de haute intensité

À l'origine, la DRSD était surtout là pour traquer les espions capables d'infiltrer les rangs de l'armée. Dix ans plus tard, sa mission s'est bien élargie. La raison, c'est ce monde transformé, bouleversé avec la guerre en Ukraine, l'embrasement au Proche-Orient, et avec eux le retour de la menace nucléaire et des attaques dites « hybrides » qui, sans déclaration de guerre officielle, ciblent chaque jour le sol français.

Le cyber, l'IA, les drones ou le calcul quantique imposent de s'adapter plus rapidement. C'est ce que pointe le général Bonnemaison, avec « la vitesse de l'innovation » visible en Ukraine, où une solution militaire peut être testée et déployée en quelques semaines. De quoi placer les entreprises de la DefTech sous pression permanente. Car à chaque arme nouvelle, le bouclier doit être réajusté.

La guerre économique, elle, se mène dans l'ombre des contrats. Les industriels français naviguent dans un marché mondial de la défense en ébullition, où la concurrence ne se joue pas qu'à coups d'offres. La captation de technologies, la manipulation des normes et la réputation sabotée sont devenues monnaie courante. Le cas du Rafale bashing, cette tentative orchestrée de discréditer l'avion français à l'export, en est un exemple symbolique.

Le général Aymeric Bonnemaison. © Christian Hamilcaro / Défense / DICoD
Le général Aymeric Bonnemaison. © Christian Hamilcaro / Défense / DICoD

Le survol de drones sur des sites de défense a explosé, le sabotage ne faiblit pas

Les survols de drones au-dessus des sites de défense ont doublé en 2025, par rapport à 2024. À cette menace, il faut ajouter les vols d'ordinateurs, les tentatives de recrutement d'employés via les réseaux sociaux, et la désinformation passée à la vitesse supérieure grâce à l'intelligence artificielle. Aujourd'hui, une fausse vidéo ou une voix imitée à la perfection peuvent se fabriquer en quelques minutes, ce qui rend toujours plus difficile de distinguer le vrai du faux en ligne.

Le sabotage d'entreprises de défense inquiète aussi le ministère des Armées français, car lui aussi est en hausse. Des groupes d'ultragauche revendiquent d'ailleurs certaines de ces actions. Mais ce qui crispe davantage la DRSD, ce sont les proxys, ces individus recrutés discrètement en ligne, parfois liés au crime organisé, qui ont pour mission de mener des missions de sabotage sans jamais savoir qui, en coulisses, leur a passé commande.

Pour mieux appréhender ces risques, la DRSD a décidé de croiser les menaces, de les classer selon cinq grandes familles (terrorisme, espionnage, sabotage, subversion, crime organisé). C'est ce qu'on appelle le spectre TESCO. Elle pratique aussi le Red Teaming, qui consiste à jouer le rôle de l'adversaire pour repérer ses propres failles avant lui. Mais le plus redoutable ennemi, c'est peut-être encore soi-même. « 80 % des compromissions sont dues à de simples négligences », rappelle le patron de la DRSD.