Au cœur du deuxième régiment d'infanterie de marine, les soldats français s'entraînent désormais à abattre des drones au fusil calibre 12. La guerre des drones redéfinit le combat terrestre.

Équipés de calibre 12 Benelli Supernova, les marsouins neutralisent des drones jusqu’à 50 mètres. © Nicolas Cotto / DICoD / Défense
Équipés de calibre 12 Benelli Supernova, les marsouins neutralisent des drones jusqu’à 50 mètres. © Nicolas Cotto / DICoD / Défense

Pour les membres de l'armée de Terre française, abattre un drone au fusil, guider une attaque grâce à des images filmées en direct depuis les airs, ou fabriquer ses propres engins dans un véhicule blindé, fait désormais partie du quotidien. Les marsouins du 2ᵉ régiment d’infanterie de marine (2e RIMa) expérimentent ces techniques de combat inédites. En cause, les enseignements du conflit ukrainien, où les drones seraient aujourd'hui responsables d'environ 70% des pertes sur le champ de bataille, un chiffre qui a tout changé.

Abattre un drone avec un fusil de chasse, une autre compétence des soldats français

En Ukraine, un nouveau modèle de drone avec de nouvelles capacités apparaît tous les deux ou trois mois en moyenne. La technologie militaire évolue donc plus vite que jamais, et l'armée française ne peut plus se permettre de prendre du retard. Le colonel de Lassus, chef de corps du 2e RIMa, explique que « celui qui n'a pas de drone est aveugle. Et celui qui n'a pas de moyens de lutte anti-drone est mort. »

La réponse du régiment passe entre autres par un outil surprenant, le fusil calibre 12, celui qu'on associe plutôt à la chasse. Équipés de fusils Benelli Supernova, les soldats peuvent abattre un drone jusqu'à 50 mètres de distance. L'atout de cette arme face à un drone est que, contrairement à une balle unique, le fusil propulse une nuée de plombs, ce qui augmente considérablement les chances de toucher un engin petit, rapide et difficile à viser.

Les opérateurs transmettent en temps réels les données au poste de commandement grâce à leur drone. © Nicolas Cotto / DICoD / Défense
Les opérateurs transmettent en temps réels les données au poste de commandement grâce à leur drone. © Nicolas Cotto / DICoD / Défense

La menace principale, ce sont les drones FPV, des aéronefs peu coûteux, pilotés en vue subjective comme dans un jeu vidéo, souvent modifiés pour transporter une charge explosive. Ils peuvent foncer entre 50 et 80 km/h et s'écraser délibérément sur des soldats ou des véhicules. Le fusil calibre 12 est un peu ici la dernière ligne de défense, combiné à du brouillage de signal, du camouflage et du renseignement. Une quarantaine de soldats ont déjà été formés au rôle de « tireur LAD », comprenez « spécialiste de la lutte anti-drone », avec l'ambition d'en intégrer un dans chaque groupe de combat.

Dans un Griffon, une imprimante 3D fabrique les drones des soldats français en temps réel

Le drone n'est pas seulement une menace à contrer. Il est aussi un outil précieux pour observer et préparer une attaque. Lors des exercices d'infiltration, des groupes de reconnaissance utilisent leurs drones pour filmer le terrain ennemi et transmettent ces images en direct au poste de commandement, depuis une application militaire appelée Delta Suite. Sur la tablette du lieutenant Cédric, chef de section anti-char, tout s'affiche en temps réel : les positions ennemies détectées, la localisation des soldats alliés, et le flux vidéo capturé par le drone.

La plus inattendue des innovations se cache peut-être à l'intérieur d'un véhicule blindé Griffon. À son bord, on retrouve carrément une imprimante 3D qui tourne en continu pour fabriquer des drones sur place. Le sergent Kévin, spécialiste systèmes d'armes, détaille le dispositif : « On imprime les châssis de drones. Cela prend environ une heure à une heure et demie. » Une caméra et une charge explosive sont ensuite ajoutées, et le drone est opérationnel, sans avoir besoin d'attendre une livraison ou un approvisionnement extérieur.

Équipés de calibre 12 Benelli Supernova, les marsouins neutralisent des drones jusqu’à 50 mètres © Nicolas Cotto / DICoD / Défense

Pouvoir fabriquer ses drones directement sur le terrain change la logique militaire. Il n'y a plus besoin d'attendre un réapprovisionnement lorsque les soldats réparent et adaptent leurs appareils eux-mêmes, au moment où ils en ont besoin. Pour aller encore plus loin, des partenaires industriels ont assisté à des démonstrations pour observer leurs équipements en conditions réelles et les améliorer en conséquence. Dans un secteur où une technologie peut devenir obsolète en quelques semaines, ce dialogue direct entre soldats et fabricants pourrait faire bien des différences.