À Saint-Maixent, l'armée de Terre forme désormais ses sous-officiers avec des drones fabriqués en interne. Le FabLab de l'ENSOA répare et pilote ses propres engins.

Depuis l'automne dernier, l'École nationale des sous-officiers d'active de Saint-Maixent (ENSOA) dispose d'un laboratoire drones unique en son genre. Le FabLab de l'école forme chaque année près de 8 000 futurs cadres au pilotage, à la lutte anti-drone et à la fabrication de drones par impression 3D. Une révolution pédagogique qui s'inspire directement des conflits en cours.
Des drones de guerre dans les salles de classe de l'armée française
Le magazine TerreMag de l'armée de Terre a consacré un article à ce projet dans son dernier numéro de mars-avril 2026. Dès l'été 2024, l'ENSOA a fait des drones une priorité dans ses programme, sachant que les drones étaient devenus des armes centrales sur les champs de bataille, et qu'il était impensable de former des sous-officiers sans les y préparer concrètement.
Le FabLab dispose de 34 drones aux profils bien distincts. Certains, comme l'Autel Evo Nano ou le Parrot Anafi, sont conçus pour observer et surveiller, ce qu'on appelle des drones ISR. D'autres, les FPV tels le SL-450 ou le Meteor, permettent de voler en immersion à l'aide d'un casque, comme si l'on était dans le cockpit. Particulièrement techniques à piloter, ces engins nécessitent un stage dédié de quatre jours pour obtenir sa qualification de télépilote.
Le capitaine Hugo, responsable du FabLab et officier drone, rappelle que la menace que représentent les drones évolue si vite qu'il est impossible de former des soldats sur des acquis figés. Sa mission est donc double, avec d'abord l'enseignement du pilotage, et la veille constante des dernières évolutions technologiques, pour que la formation reste toujours en phase avec la réalité du terrain. L'urgence, c'est de former les cadres à « la réalité de la menace des drones, ô combien changeante et évolutive ».

Impression 3D et autonomie, l'ENSOA fabrique et entretient ses propres drones militaires
Le FabLab dispose de trois imprimantes 3D qui lui permettent de fabriquer lui-même ses pièces détachées. On peut y sortir des châssis, des pieds d'atterrissage ou encore des protections d'hélices. L'objectif à terme est de produire des drones entiers en interne, sans avoir à commander de composants à l'extérieur. Une autonomie stratégique qui, dans un contexte de tensions sur les approvisionnements, prend tout son sens.
Sur le terrain d'entraînement, les drones ne sont pas là pour faire joli. Ils simulent une menace réelle, celle que les soldats rencontreront s'ils partent en opération. Chaque exercice tactique se déroule donc sous surveillance aérienne, ce qui force les futurs chefs de groupe à s'y adapter dès l'école, pour que le passage de la formation au champ de bataille soit le moins brutal possible.
Pour aller encore plus loin, l'ENSOA organisera en juin 2026 la deuxième édition de son challenge drone, ouvert aussi bien aux civils qu'aux militaires. Il aura pour but de récompenser les meilleures innovations dans le domaine. Une façon de montrer que l'école ne se contente pas de suivre les évolutions technologiques, mais qu'elle entend aussi les stimuler.