Les militaires étaient en plein exercice de protection de la rade de Toulon quand de « gros engins » ont survolé de nuit la base navale et deux autres sites de l’armée. Malgré le brouillage, aucun n’a été récupéré, et les enquêteurs cherchent encore qui les pilotait.

Pendant l’exercice interarmées Typhon, organisé du 5 au 16 octobre, l’armée a entraîné ses forces à défendre le port militaire de Toulon, avec des manœuvres aériennes où des drones étaient engagés. D’autres drones, non autorisés ceux-là, ont survolé de nuit la base navale, un site de la Direction générale de l’armement (DGA) et le 54e régiment d’artillerie d’Hyères entre le 9 et le 13 octobre, selon ICI Provence. « Ils étaient en tout cas plusieurs à chaque fois, et des gros engins », a confié une source à nos confrères. La préfecture maritime a confirmé ces survols, et le parquet de Toulon a ouvert une enquête judiciaire. Même avec des équipes en alerte pour l’exercice, la Marine ne sait toujours pas combien d’engins ont survolé ses sites, ni à qui ils appartenaient.
Aucun drone récupéré malgré le brouillage
« À ce jour, aucune infrastructure sensible n’a été menacée », assure la Marine. À chaque survol, ses équipes ont réagi. « Pour chaque occurrence, les mesures de sécurité prévues ont été activées par le déclenchement de dispositifs anti-drone, coordonnées avec les forces de sécurité intérieures », indique le communiqué du commandement de zone Méditerranée. D’après la radio locale, les militaires ont utilisé un système de brouillage électromagnétique très perfectionné, sans récupérer un seul appareil.
Brouiller un drone, c’est perturber les signaux radio et GPS qui le guident, pour le faire tomber. Sur le front ukrainien, les belligérants brouillent les signaux satellites de façon quasi systématique, et les ingénieurs ont adapté leurs machines. En France, la DGA et la PME lyonnaise Elistair ont ainsi mis au point en quatre mois un drone de surveillance capable de voler sans GPS. Les drones reliés à leur pilote par un câble de fibre optique très fin, long de 20 kilomètres au plus, échappent au brouillage radio, et les militaires ne peuvent les arrêter qu’en tirant dessus.
Personne n’a pu déterminer le nombre exact des drones de Toulon ni leurs modèles. Faute d’épave, les enquêteurs ignorent donc quel guidage équipait ces engins. Aucun drone n’avait non plus été abattu en décembre 2025 au-dessus de l’île Longue, base des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, et aucun pilote n’avait été identifié, d’après le parquet de Rennes.

Une zone interdite de huit communes à surveiller
Avant de brouiller un drone, les militaires doivent le repérer. L’armée française dispose pour cela, entre autres, des systèmes PARADE et BASSALT, qui associent radars et capteurs radio. Pendant les Jeux de Paris, en 2024, les forces de sécurité avaient repéré près de 400 drones et stoppé une centaine seulement.
Autour de Toulon, les militaires surveillent une zone interdite de survol, la LF-P 62, qui couvre huit communes de l’agglomération jusqu’à 5 950 mètres d’altitude. Ils avaient repéré un drone non autorisé près du quai Cronstadt en mars, en milieu d’après-midi, et la base navale avait porté plainte auprès de la gendarmerie maritime.
Les survols d’octobre ont eu lieu de nuit. La Marine teste pendant Typhon un ballon captif chargé de détecter les drones au-dessus de la base navale, mais elle ne l’a hissé qu’à partir du 13 octobre, dernier jour des survols.
Sollicité, le commandement de zone Méditerranée n’a voulu préciser ni le nombre de survols ni le type de drones. Il n’a pas dit non plus si certains avaient été neutralisés. Les enquêteurs du parquet de Toulon doivent maintenant établir qui pilotait ces engins, et dans quel but.