La Direction générale de l'armement (DGA) et la PME lyonnaise Elistair ont développé en quatre mois un drone de surveillance capable de localiser les fréquences des drones ennemis, même sous brouillage GPS, une avancée inspirée du conflit ukrainien.

Le Khronos, système de drone filaire développé par Elistair, la PME lyonnaise qui travaille avec la DGA sur la nouvelle génération de drones de surveillance français. © Elistair
Le Khronos, système de drone filaire développé par Elistair, la PME lyonnaise qui travaille avec la DGA sur la nouvelle génération de drones de surveillance français. © Elistair

C'est un bel exploit qui montre que la France continue de refaire son retard sur les drones à usage militaire. Entre le mois de mars et le mois de juillet, sur le site DGA Maîtrise de l'information de Bruz (l'expert technique du ministère des Armées), au sud de Rennes, les équipes de la Direction générale de l'armement ont travaillé main dans la main avec Elistair, entreprise française spécialisée dans le drone filaire, très présente en Ukraine. Avec la Direction générale de l'armement, elles ont développé un appareil monté sur véhicule militaire, déployable à distance, qui repère les sources radiofréquences des drones adverses sur le champ de bataille. C'est ce qu'a révélé La Lettre A, jeudi.

Ce drone français traque les fréquences des drones ennemis, même sans GPS

Embarqué sur un véhicule militaire, ce nouveau drone de la DGA et d'Elistair peut décoller à distance pour remplir une mission bien précise, à savoir capter les ondes radio émises par les drones ennemis, un peu comme une antenne volante qui écoute le ciel, afin de repérer leur position sur le champ de bataille. Son autre force, décisive sur le terrain, est qu'il n'a pas besoin du GPS pour voler et rester opérationnel. C'est un vrai atout, quand on sait que le brouillage des signaux satellites est devenu une pratique quasi systématique sur les théâtres d'opérations, en particulier en Ukraine, où de nombreux drones classiques se retrouvent aveugles ou hors service.

Derrière ce projet, donc, on retrouve une PME bien connue de la DGA : Elistair. Fondée à Lyon en 2014 par Guilhem de Marliave et Timothée Penet, l'entreprise s'est imposée parmi les leaders du drone filaire. Le drone filaire est une technologie qui, reliée au sol par un câble, assure une présence aérienne continue sans craindre la panne de batterie. Il a été développé en partenariat avec le tout nouveau Cergen, le centre d'expertise en guerre électronique de la DGA.

Elistair réalise aujourd'hui 90 % de ses ventes à l'export et compte parmi ses clients l'US Army, les Nations unies, la police d'État de New York ou encore le ministère britannique de la Défense. De jolis noms. La DGA la connaît bien, puisque dès mai 2022, elle l'avait choisie pour surveiller, avec ses drones Orion 2, ses zones d'essais de missiles et de vols.

© Alexandre Boero / Clubic
© Alexandre Boero / Clubic

La DGA de combat, une doctrine pleinement assumée

Ce nouveau drone est un peu l'illustration du changement de méthode voulu par Patrick Pailloux, le délégué général de la DGA. Depuis sa nomination en février, il défend l'idée d'une « DGA de combat », et milite pour une administration moins bureaucratique, capable de répondre vite aux demandes des militaires sur le terrain, plutôt que de suivre les longs cycles habituels de développement d'armement. Concrètement, deux méthodes permettent d'aller plus vite. Soit la DGA fait appel à une entreprise qui a déjà la technologie sous la main, comme Elistair pour ce drone. Soit elle imagine et met au point elle-même un premier prototype en interne, avant de le transmettre à un industriel de la défense qui se charge ensuite de le fabriquer en grande quantité.

Le projet KryptoJam illustre cette seconde voie. Conçus en interne par les équipes du Cergen, son logiciel et ses capteurs détectent le brouillage et le leurrage des signaux GNSS utilisés par les systèmes de navigation par satellite, une menace omniprésente sur le terrain. La production a ensuite été confiée au Service industriel de l'aéronautique d'Ambérieu-en-Bugey, dans l'Ain.

On notera que 200 exemplaires de KryptoJam ont déjà été livrés aux forces armées. Voilà qui montre que la DGA a bien retenu la leçon du conflit ukrainien. Sans contestation, la rapidité d'exécution compte désormais autant que la sophistication technologique.