Thales et Eviden annoncent l'intégration de la technologie Galileo PRS au sein du récepteur militaire P3TS, destiné aux véhicules de l'armée de terre française. Cette avancée doit renforcer la résistance au brouillage GPS et la souveraineté numérique européenne.

Dans un contexte où la guerre électronique s'intensifie sur les théâtres d'opérations, la navigation par satellite des véhicules militaires est importante, pour ne pas dire vitale pour l'armée française. Thales et Eviden ont annoncé ce mardi 28 juillet une avancée concrète sur ce terrain, à savoir une version renforcée du récepteur P3TS, capable de continuer à fonctionner même lorsque des adversaires tentent de brouiller ou de falsifier le signal GPS. Voilà qui devrait permettre à la France de s'appuyer davantage sur ses propres satellites, plutôt que sur le système américain.
Galileo PRS s'invite dans les véhicules blindés de l'armée française
Le principe de cette intégration est assez simple sur le papier. Il s'agit de greffer sur le récepteur militarisé P3TS d'Eviden, déjà utilisé par l'armée de terre, la capacité Galileo PRS développée par Thales, qui est un signal satellite militaire chiffré, réservé aux forces armées et bien plus difficile à brouiller ou à falsifier que le GPS classique. On devrait ainsi avoir des véhicules capables de garder une position fiable même sous le feu des brouilleurs ennemis, avec des données de localisation impossibles à truquer, y compris sur les théâtres d'opérations où la guerre électronique fait rage.
Ce système de géolocalisation multi-constellations ne fait pas qu'indiquer une position sur une carte. Il alimente directement les systèmes d'information de combat du programme SCORPION développés par Eviden, ainsi que les postes radio tactiques utilisés sur le terrain. Un rouage certes discret, mais essentiel de la chaîne de commandement.
Deux versions seront d'ailleurs proposées aux forces. La première, TopStar Galileo PRS Core Module, ouvre l'accès aux signaux Galileo PRS et aux signaux ouverts Galileo/GPS. La seconde repose au choix sur un GPS classique ou sur le TopStar Smart Receiver, ce dernier profitant en plus d'une fonction anti-brouillage dédiée. Les deux versions embarquent une horloge ultraprécise, capable de maintenir la synchronisation des radios tactiques même en cas de perte totale du signal GNSS.

Une brique de plus pour la souveraineté numérique
Il y a la prouesse technique, mais il y a surtout un vrai choix stratégique qui se joue ici. Aujourd'hui, la grande majorité des systèmes de navigation, civils comme militaires, s'appuient sur le GPS américain, un signal contrôlé par les États-Unis, et donc potentiellement coupé ou dégradé selon leur bon vouloir en cas de tension géopolitique. En misant davantage sur Galileo, le système satellite européen, Thales et Eviden offrent aux armées françaises une solution qu'elles maîtrisent de bout en bout, plus difficile à neutraliser face à la multiplication des tentatives de brouillage et de leurrage sur le terrain.
Et petit détail qui a son importance : le P3TS n'est pas une initiative industrielle traditionnelle, mais une innovation portée par la Section technique de l'armée de terre, avec le soutien de la Cellule innovation participative de l'Agence de l'innovation de défense (AID). Sa mission première est de limiter les tirs fratricides, en donnant aux soldats débarqués comme aux véhicules non numérisés une vision partagée et fiable du terrain.
Thales, qui pèse 22,1 milliards d'euros de chiffre d'affaires (en 2025), consacre chaque année 4,5 milliards d'euros à la recherche dans des domaines comme la cybersécurité et le quantique, des technologies qui irriguent directement ses solutions de navigation militaire. De son côté, Eviden capitalise sur son expertise déjà éprouvée avec le programme SCORPION et ses 720 brevets, au sein d'un Atos Group qui pèse près de 7,2 milliards d'euros de chiffre d'affaires. Voilà en tout cas une initiative qui confirme que la défense française continue de miser sur des solutions technologiques développées et maîtrisées sur son propre sol.