Deux accords-cadres, Caméléon avec Greenerwave et NEXUS avec Eutelsat, ont été notifiés par la DGA pour renforcer les communications spatiales militaires et déployer davantage de terminaux SATCOM au sein des armées françaises.

Le terminal utilisateur multi-orbite GEO/LEO de Greenerwave. © Greenerwave
Le terminal utilisateur multi-orbite GEO/LEO de Greenerwave. © Greenerwave

Pour s'adapter à l'évolution rapide du contexte stratégique mondial, la Direction générale de l'armement (DGA) a décidé de muscler les communications spatiales militaires des armées françaises, avec deux accords-cadres notifiés coup sur coup à la mi-juin, officialisés le vendredi 3 juillet 2026. D'un côté, il y a l'accord-cadre Caméléon, qui confie à Greenerwave, une deeptech française épaulée par Airbus Defence and Space et Thales, le développement d'une toute nouvelle génération d'antennes intelligentes. De l'autre, il y a le marché Centaure, notifié à Eutelsat la veille, qui doit accélérer l'usage de la constellation OneWeb au sein des forces armées, dans une logique assumée de massification et de résilience stratégique.

120 millions d'euros pour connecter les armées françaises depuis l'espace

Annoncé le 17 juin dernier à l'occasion du salon Eurosatory, l'accord-cadre Caméléon confie à Greenerwave, aidée de ses cotraitants Airbus Defence and Space et Thales, la mission de multiplier les terminaux militaires SATCOM et diversifier les liens de communication des armées françaises.

Concrètement, l'entreprise planche sur des antennes dites « intelligentes », qui orientent les ondes électromagnétiques sans passer par une électronique lourde et coûteuse. L'objectif est de pouvoir compter sur des équipements performants, compacts et sobres en énergie, que la DGA espère aussi industrialiser à moindre coût. L'autre avancée prévue par l'accord-cadre, plus discrète mais tout aussi stratégique, ce devrait être des terminaux SATCOM plus polyvalents, capables à eux seuls d'assurer des transmissions jusqu'ici réparties entre plusieurs systèmes.

Sur le plan financier, l'accord-cadre Caméléon est prévu pour durer sept ans maximum, avec un budget plafonné à 120 millions d'euros. Il couvre tout le travail nécessaire pour faire naître ces antennes : de leur conception jusqu'à leur fabrication en série, en passant par les tests de validation, qu'elles équipent des installations fixes ou qu'elles soient embarquées à bord d'un avion, d'un navire ou d'un véhicule. Pour Greenerwave, la collaboration avec le ministère des Armées est assez logique, puisqu'elle a débuté dans des travaux de recherche, s'est poursuivie via plusieurs projets soutenus par l'Agence de l'innovation de défense, avant d'être renforcée en 2024 par l'entrée du Fonds innovation défense au capital de l'entreprise.

© Alexandre Boero / Clubic
© Alexandre Boero / Clubic

Eutelsat au service des communications militaires

Un peu plus tôt, le 16 juin, la DGA a signé avec Eutelsat le marché Centaure, qui s'inscrit dans l'accord-cadre NEXUS, pour Neo-Espace pour de multiples usages sécurisés. L'idée est ici de permettre aux armées françaises d'utiliser sans restriction la constellation en plein renouvellement OneWeb, un réseau de satellites en orbite basse, donc plus proches de la Terre que les satellites militaires classiques, pour renforce leurs communications spatiales.

Ces deux annonces nourrissent une logique d'hybridation, dans le sens où il ne faut plus tout miser sur un seul type de satellite. La DGA associe donc son système militaire Syracuse IV à des constellations civiles comme OneWeb, plus proches de la Terre. Une façon de gagner en résilience et de ne dépendre d'aucun système unique, qui plus est en 2026 et au-delà.

Au final, cette montée en puissance doit surtout profiter au combat collaboratif. Cela englobe le partage en temps réel d'informations entre avions, radars, navires, véhicules terrestres et centres de commandement. De quoi coordonner avec plus de finesse et de précision les opérations, avec des débits et des latences enfin à la hauteur des enjeux.