La France a trouvé son champion de l'observation satellitaire. Le CNES a sélectionné Loft Orbital et Magellium Artal Group pour déployer une constellation de dix satellites d'observation de la Terre. Un contrat gagnant-gagnant.

France 2030 mise sur Loft Orbital pour révolutionner l'observation satellitaire avec une constellation de dix satellites. © buradaki / Shutterstock
France 2030 mise sur Loft Orbital pour révolutionner l'observation satellitaire avec une constellation de dix satellites. © buradaki / Shutterstock

Dans le cadre du volet spatial de France 2030, l'État français, par l'intermédiaire du CNES (Centre national d'études spatiales) et de Bpifrance, a officiellement désigné comme gagnant de son appel d'offres, le 30 avril, le duo Loft Orbital et Magellium Artal Group, pour la démonstration d'un service d'imagerie satellitaire multi-senseurs à haute revisite. La démonstration porte sur dix satellites boostés à l'intelligence artificielle, avec quatre types de capteurs chacun, et un premier lancement prévu dès la fin de l'année, pour voir la Terre sous toutes ses coutures.

Une constellation française de dix satellites pour révolutionner l'observation de la Terre

France 2030 ne finance pas n'importe quel projet spatial. Pour ce qui est de son enveloppe dédiée au spatial, le plan prévoit d'aider les acteurs du New Space français à s'imposer face aux géants américains et chinois, de soutenir des technologies vraiment nouvelles plutôt qu'améliorer l'existant, et surtout de répondre à des besoins concrets, ceux de la défense, de la sécurité civile ou encore de la surveillance environnementale, notamment. C'est sur ce troisième critère, l'utilité opérationnelle réelle, que le dossier de Loft Orbital a fait la différence auprès de l'État.

Chaque satellite de la constellation de l'entreprise française sera équipé de quatre types de capteurs différents. On y installera oh une caméra optique classique, un capteur infrarouge thermique pour détecter la chaleur, un capteur hyperspectral pour analyser la composition des surfaces, et un récepteur radiofréquence pour capter les signaux électromagnétiques. Concrètement, là où un satellite traditionnel ne prend qu'une photo, ces engins liront simultanément quatre « couches » d'informations sur une même zone, et c'est un vrai avantage pour repérer un changement discret ou suivre une activité dans le temps.

Jusqu'ici, un satellite collectait des données brutes, les renvoyait au sol, et des équipes les analysaient ensuite. Ce processus pouvait prendre des heures. Ici, l'IA travaille directement à bord : les satellites trient, analysent et ne transmettent que l'information vraiment utile, sans attendre d'atterrir quelque part. Du coup, on obtient des renseignements exploitables en quelques minutes à peine. Le CEO de Loft, Pierre-Damien Vaujour, le confirme en parlant bien de systèmes « capables, à terme, de livrer en continu des renseignements directement exploitables en quelques minutes ».

© Loft Orbital
© Loft Orbital

Magellium Artal Group, l'expert discret qui garantit la souveraineté des données

Alors, Loft Orbital s'occupe des satellites, mais quelqu'un doit gérer ce qui se passe une fois les données reçues sur Terre. C'est là qu'entre en jeu Magellium Artal Group. Cette ETI toulousaine de 300 ingénieurs et docteurs est responsable de toute l'infrastructure au sol, autrement dit, l'infrastructure dédiée au traitement sécurisé des données et au contrôle qualité, taillée pour les exigences des clients institutionnels comme le ministère des Armées. On parle ici de réception, de traitement sécurisé et de vérification de la qualité des données, avec la garantie d'une certaine souveraineté.

Magellium Artal Group est une société au pedigree solide. Artal Technologies, créée en 1998 par deux anciens ingénieurs de Matra Espace, a fusionné en 2015-2016 avec Magellium, elle-même née en 2003 pour travailler avec le CNES, l'IGN et SpotImage. Vingt-six ans plus tard, le groupe compte parmi ses clients Airbus, Thales Alenia Space et la DGA, rien que ça. Confier la souveraineté des données à une société qui a grandi dans l'écosystème spatial français, c'est finalement assez logique.

Le calendrier va vite se bousculer, puisque le premier satellite doit décoller dès la fin 2026, et la constellation complète de dix satellites sera opérationnelle fin 2027. Le service sera d'abord démontré sur un an, avec la possibilité de le prolonger deux années supplémentaires si les résultats sont au rendez-vous. Au-delà du calendrier, le signal politique est intéressant, car plutôt que d'attendre des années que ses grands programmes institutionnels aboutissent, l'État choisit désormais de s'appuyer sur des acteurs privés agiles pour aller plus vite et innover autrement.